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Investig’Action, 24 décembre 2012

Histoire : Pourquoi la taxe sur les millionnaires est au cœur de la démocratie

par Marc VANDEPITTE


Des traders au New York Stock Exchange

Une grande majorité de la population est favorable à un impôt sur la fortune. Il n’en va pas de même des hommes politiques, ce qui n’est pas un hasard. Marc Vandepitte explique pourquoi la taxe des millionnaires est l’un des tabous les mieux défendus dans notre système politique.


Une mendiante à Paris

Notre structure politique telle que nous la connaissons aujourd’hui est le résultat d’un long avènement, avec un certain nombre de moments-charnières. Nous allons nous arrêter à trois de ces étapes importantes pour faire un gros-plan sur la question fondamentale du partage des richesses.

Les pionniers de la pensée politique en Occident étaient déjà confrontés à un dilemme fondamental. Démocratie signifie littéralement que le pouvoir appartient au peuple et donc à la majorité (plus) pauvre. Mais quand ces pauvres font effectivement jouer leur supériorité numérique pour faire valoir leurs intérêts (économiques), alors c’en est fini des richesses et des privilèges de l’élite, ce qui n’est naturellement pas le but.

Platon

Platon (427-347 av. JC) n’y allait pas par quatre chemins : il s’opposait fermement à une forme d’Etat démocratique. En effet, la démocratie oblige les politiciens à donner à la population tout ce qu’elle demande. Selon le philosophe il s’agit généralement de caprices, parce que les gens ordinaires ne sont pas développés et cherchent donc surtout à assouvir leurs petits plaisirs et leurs bas instincts. Cela ne mène évidemment pas à un bon fonctionnement du système. La forme d’Etat efficace suppose au contraire un contrôle des citoyens, car trop de liberté mène à la tyrannie.

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9publique

http://www.mc.maricopa.edu/ davpy35701/text/plato-democ2.pdf

Selon Platon, ce contrôle concerne aussi la conscience. Le gouvernement doit surveiller les affaires culturelles [http://fr.wikipedia.org/wiki/Culture] afin que la pensée des citoyens soit formée de la manière juste. Seules les idées justes sont admises, les idées mauvaises sont interdites. Artistes et artisans sont obligés de suivre la juste tendance. La gouvernance même revient aux philosophes car ils disposent de la sagesse nécessaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_%28Platon%29

Aristote

Son élève Aristote (384-322 av. JC) permet un peu plus d’ouverture et de liberté, mais lui aussi s’oppose à une forme d’Etat démocratique. Une démocratie est à ses yeux une dégénérescence de la « citoyenneté » idéale, parce qu’elle avantage les pauvres et ne s’adresse pas à la communauté entière. « Dans la démocratie, les pauvres sont rois parce qu’ils sont plus nombreux et parce que la volonté du plus grand nombre a force de loi ». Et cela n’est pas une bonne chose.

http://www.stoa.org/projects/demos/article_aristotle_democracy?page=7

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Politique/Livre_VII

Pour Aristote le pouvoir absolu est néfaste et la discussion politique est importante. La tyrannie et l’oligarchie (les riches qui exercent le pouvoir en exclusivité), tout comme la démocratie, sont des formes d’Etat dégénérées. De son point de vue, le débat politique est toutefois limité à une petite élite, environ 10 % de la polis grecque [Raimundo, 17 ; Novack 28-31]. Il s’agit des hommes « libres », c’est-à-dire les hommes qui ne doivent pas gagner leur vie. Les esclaves, les affranchis, les étrangers, les femmes, mais aussi les petits paysans, les travailleurs manuels, les artisans, les boutiquiers et les commerçants sont exclus de la vie politique.

http://avdm.nl/archief/lacusnet/documenten/letterkunde/documentatiemap1207.pdf

http://www.agora-europa.nl/243-Relatie-democratie-en-cultuur-in-klassiek-Athene.html

http://www.flw.ugent.be/cie/aristoteles/7politike.htm

Que retenons-nous de ces deux pionniers de la démocratie occidentale ?

1. Il y a une petite élite qui a tout à dire. Les classes inférieures (la majorité) sont opprimées. Elles n’ont pas voix au chapitre dans la prise de décision, et il est important de contrôler les esprits dans ce groupe.

2. Au sein de la petite élite il faut un débat contradictoire. Tyrans et dictateurs sont exclus. Ce ne sont pas les riches qui exercent (directement) le pouvoir. Cela se fait pas une classe « politique » ou par une minorité restreinte.

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