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mardi 25 avril 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 48

Le front de l’Est en 1944 (1ère partie)


Des soldats soviétiques à l’assaut

La campagne sur le front de l’Est, en 1944, a été caractérisée par le fait qu’au fur et à mesure que les troupes soviétiques avançaient le front restait toujours aussi étendu, alors que le nombre des forces allemandes allait en s’amenuisant. Cela entraînait comme résultat naturel que l’avance soviétique se poursuivait sans rencontrer de problèmes sérieux, à l’exception de celui de son propre ravitaillement.

Le déroulement des événements apporta la démonstration la plus évidente de l’importance décisive du rapport espace-force. Par ailleurs, les temps d’arrêt dans la progression furent à l’échelle de la distance que devait franchir le ravitaillement soviétique.

La campagne principale a consisté en deux grandes offensives soviétiques, sur chaque aile du front. Chacune de ces offensives a été suivie d’un long temps d’arrêt. La première a eu lieu au milieu de l’hiver 1943-1944, et la seconde au milieu de l’été 1944.

Au cours de la campagne secondaire, qui fut la conséquence de l’extension du flanc Sud à travers l’Europe centrale, les pauses furent plus brèves. Cette différence s’explique, dans une large mesure, par le fait que le rapport entre l’espace et la force des troupes allemandes était supérieur à celui du principal théâtre d’opérations, si bien que les Soviétiques avaient besoin d’une moins longue concentration avant d’affronter chacune des successives lignes de défense allemandes.


L’offensive soviétique de l’hiver 1944 a débuté de la même façon que celle de l’automne 1943. Les résultats identiques qu’elle a obtenus ne sont pas tant la preuve d’une erreur des Allemands que de leur incapacité croissante à « joindre les deux bouts ».

Le front ukrainien

Début décembre 1943, les Soviétiques avaient lancé un mouvement tournant pour anéantir les forces allemandes qui les avaient arrêté à Krivoi Rog, lors de la première tentative contre la boucle du Dniepr. Attaquant cette fois vers l’Ouest, à partir de la tête de pont de Krementchoug, ils ont avancé presque jusqu’à Kirovograd, mais ils ont à nouveau été contraints de s’arrêter. Néanmoins, cette offensive soviétique, associée à une poussée convergente lancée depuis la tête de pont de Tcherkassy, avait absorbé une partie considérable des maigres réserves allemandes.

Des artilleurs soviétiques dans la région de Krivoi Rog

Le maréchal Manstein se trouvait placé face à un dilemme cruel. Adolf Hitler lui interdisait le long repli que la stratégie lui aurait suggéré de faire. Il lui fallait donc colmater ces fissures dans le front s’étendant entre la boucle du Dniepr et Kiev, à l’intérieur duquel les forces soviétiques s’accumulaient comme les flots d’une inondation encore retenue par les digues.

Erich von Manstein

La nouvelle offensive soviétique a été déclenchée à la veille de Noël 1943, sous la protection d’un épais brouillard matinal. A l’aide de cet écran, elle a balayé les positions allemandes dès le premier jour et, après cette « explosion », elle a pris une telle extension que toute contre-attaque allemande était impossible. En moins d’une semaine, les Soviétiques avaient libéré Jitomir et Korosten, tout en gagnant vers le Sud.

Des Allemands capturés par les Soviétiques

L’armée soviétique pénètre en Pologne

Le 3 janvier 1944, des forces mobiles soviétiques qui se dirigeaient vers l’Ouest se sont emparées de l’embranchement ferroviaire de Novigrad Volynsk, 80 kilomètres au-delà de Korosten. Le lendemain, elles franchissaient la frontière polonaise d’avant-guerre.

Sur le flanc Sud, les Allemands ont abandonné Byelaya Tserkov et Berditchev pour se replier sur Vinnitsa et le Boug, afin de protéger la principale ligne ferroviaire latérale Odessa-Varsovie. Arrivé là, le maréchal Manstein a réuni quelques réserves et tenté une nouvelle contre-attaque. Mais celle-ci n’était pas fortement appuyée et les Soviétiques l’attendaient de pied ferme. Elle a momentanément contenu leur avance vers le Boug, mais en leur laissant le champ libre pour se répandre latéralement. Depuis Berditchev et Jitomir, les Soviétiques ont poussé vers l’Ouest, contourné l’obstacle de Shepetovka, et, le 5 février 1944, ils se sont emparés de l’important centre de communications polonais de Rovno. Le même jour, un mouvement tournant permettait de s’emparer de Luck, à près de 80 kilomètres de Rovno et à plus de 150 kilomètres au-delà de la frontière soviétique.

Les forces allemandes, bloquées par l’ordre d’Adolf Hitler leur interdisant toute retraite entre les têtes de pont soviétiques de Kiev et de Tcherkassy, allaient être prises en tenailles. La situation des Allemands, accrochés à leurs positions avancées près du Dniepr, appelait un encerclement qu’ils n’avaient pas la permission d’esquiver. Le 28 janvier 1944, quand les tenailles se sont refermées sur eux, des éléments de 6 divisions se sont retrouvés encerclés. Grâce aux efforts de deux corps de Panzer, des tentatives pour secourir les divisions encerclées ont fini par être couronnées de succès. Sur les 60000 Allemands encerclés dans la poche de Korsoun, 30000 ont pu se sauver en abandonnant leur matériel. 18000 sont restés pris au piège, prisonniers ou blessés.

Des Tiger

Ces efforts pour délivrer les troupes encerclées avaient coûté aux Allemands leur position sur la boucle du Dniepr, plus au Sud. Le 8 février 1944, ils ont dû évacuer Nikopol, perdant cet important gisement de minerai de manganèse. Deux semaines plus tard, les Allemands devaient encore évacuer Krivoi Rog, sous la menace d’un plus grand encerclement.

Les profonds saillants ouverts par les Soviétiques dans le front méridional, entre les marais du Pripet et la mer Noire, avaient allongé le front que les Allemands devaient tenir, tandis que les ordres rigides d’Adolf Hitler interdisaient de raccourcir ce front en se repliant sur une ligne droite. Les pertes de plus en plus lourdes, en particulier lors de l’offensive de Korsoun, avaient laissé des brèches qu’il était désormais impossible de combler. La conséquence des ordres d’Adolf Hitler fut donc une retraite bien plus importante qu’il n’aurait été nécessaire deux mois plus tôt.

La faiblesse de leurs effectifs et l’immensité de l’espace faisaient naître un sentiment d’impuissance parmi les troupes allemandes. Ce sentiment était accentué non seulement par les proportions de l’armée ennemie, mais par son indifférence apparente aux problèmes de ravitaillement. Les Soviétiques parvenaient à subsister là où n’importe quelle armée occidentale serait morte de faim, et ils pouvaient continuer d’avancer lorsque toute autre armée serait restée sur place à attendre la réparation des voies de communication. Les forces mobiles allemandes qui essayaient de freiner l’avance des Soviétiques en attaquant leurs lignes de communications trouvaient rarement une colonne de ravitaillement.

Les Allemands occupent la Hongrie

Début mars 1944, les Soviétiques ont déclenché une offensive de plus grande envergure. Le 18 mars, les blindés soviétiques traversaient le Boug sur les talons de l’armée allemande en retraite. Tandis que des mouvements de flanc isolaient les éléments de l’armée allemande qui avaient commencé de se replier trop tardivement, les Soviétiques continuaient leurs poussées vers l’Ouest. Avant la fin mars 1944, les Soviétiques étaient arrivés à proximité du massif des Carpates, le rempart de la Hongrie. En réaction immédiate à cette menace, les Allemands ont occupé la Hongrie.

Il est évident que l’occupation de la Hongrie avait pour but de s’emparer de la ligne défensive des Carpates. Il fallait aux Allemands maintenir cet obstacle, pour empêcher les Soviétiques de faire irruption dans les plaines d’Europe centrale, et pour assurer le pivot de leur défense des Balkans. Prolongées, au Sud, par les Alpes de Transylvanie, les Carpates constituent une puissante ligne de défense naturelle. Leur longueur apparente est diminuée, sur le plan stratégique, par le petit nombre de cols permettant un passage, ce qui représente une économie de forces. Entre la mer Noire et l’extrémité des montagnes, à proximité de Foscani, s’étend une plaine d’environ 190 kilomètres, mais la moitié orientale de cette plaine est occupée par le delta du Danube et une chaîne de lacs, ce qui réduit la « zone dangereuse » aux 100 kilomètres de la trouée de Galatz. Début avril 1944, il semblait que les Allemands devraient bientôt se replier sur cette ligne, qui était déjà menacée, à son extrémité Nord-Est, par l’avance des Soviétiques en direction du col de Yablonica -plus connu sous le nom de col des Tartars. L’avant-garde soviétique a atteint ce col le 1er avril 1944.

Dans cette région, la montagne présente un obstacle beaucoup moindre que plus au Sud et le col des Tartars n’atteint qu’une altitude de 600 mètres. Cependant, même une ascension aussi facile peut représenter un obstacle important si le défilé est défendu avec acharnement, car la capacité de manœuvre de l’attaquant est limitée. Ce fut le cas ici. L’avant-garde soviétique n’a pas pu ouvrir le passage.

Par contre, les Allemands profitaient de leur repli sur le réseau de communications entourant Lvov, tandis que leurs forces se retrouvaient plus concentrées du fait de leur retraite en Galicie. Ils en ont profité pour lancer une contre-offensive plus puissante que toutes celles qu’ils avaient pu lancer depuis longtemps. Pour les Allemands, il s’agissait de paralyser l’avance soviétique et de délivrer les 18 divisions de la 1ère armée de Panzer qui avaient été encerclées à l’Est du Dniestr.

La contre-offensive allemande s’est déroulée sur les deux rives du Dniestr. Sur la rive droite, les Allemands ont pénétré profondément dans le saillant soviétique du col des Tartars, reprenant l’embranchement ferroviaire de Delatyn. Sur la rive gauche, les Allemands ont repris Buczacz et ouvert un chemin permettant aux divisions isolées près de Skala de se replier. Après ce repli, le front de Pologne méridionale, s’étendant entre les marais du Pripet et les monts Carpates, a été stabilisé sur une ligne située largement à l’Est de Lvov. Ce front est resté tel quel d’avril à juillet 1944.

Des soldats allemands entourent un Panther à Lvov

Avance soviétique vers la Roumanie

L’avance soviétique au-delà du Prout -qui représentait la frontière roumaine- a également été enrayée, par les Allemands, peu après le franchissement de cette rivière. Toutefois, les Soviétiques avaient un objectif plus important. Leur aile gauche, ayant obliqué vers le Sud, descendait le Dniestr pour atteindre l’arrière des forces ennemies -essentiellement composées de divisions roumaines- aux abords de la mer Noire. Dans le même temps, les forces soviétiques parties de Nikolayev avançaient en direction d’Odessa.

Depuis que les Soviétiques avaient atteint les Carpates, le « Groupe d’armées d’Ukraine méridionale » était séparé des armées de Pologne et, pour ses communications, il devait recourir à tout un circuit passant par les Balkans et la Hongrie.

Le 10 avril 1944, les Soviétiques ont occupé Odessa. Mais la plus grande partie des forces ennemies s’était esquivée, pour se replier sur le cours inférieur du Dniestr.

Dans la première semaine de mai 1944, les Soviétiques ont lancé une forte offensive à l’Ouest de Jassy, le long des deux rives du Sereth. Ils ont employé les nouveaux tanks Joseph Staline. Les tanks soviétiques ont réussi à percer, mais les Allemands disposaient d’une réserve de Panzer assez importante. Ils ont empêché les Soviétiques d’exploiter la percée. Une bataille de blindés, dans laquelle 500 tanks ont été engagés, s’est terminée par un repli des Soviétiques et une nouvelle stabilisation du front. Trois mois plus tard, ce succès a tourné au désavantage des Allemands, en incitant Adolf Hitler à vouloir conserver le terrain, non seulement près de Jassy, mais aussi en Bessarabie méridionale, entre le Prout et le Dniestr. Cela voulait dire que les forces allemandes devaient rester sur des positions exposées, situées loin à l’Est de la ligne des Carpates et de la trouée de Galatz. Pendant ce temps, leur arrière s’effondrait sous la pression du désir de paix du peuple roumain.

Au cours du mois d’avril 1944, les Soviétiques ont également libéré la Crimée et capturé 37000 prisonniers près de Sébastopol. Le 13 mai 1944, la garnison allemande de Sébastopol -30000 hommes- a capitulé après avoir évacué la ville.

Des Allemands se rendent à un fusiller marin soviétique à Sébastopol

Le front Nord

A l’extrémité Nord du front de l’Est, et au début de l’année, les Soviétiques ont libéré Léningrad, contraignant les assiégeants allemands de se replier. La Finlande était désormais isolée des forces allemandes. Elle a entrepris des négociations en vue de faire la paix avec les Soviétiques. Au terme de leur repli, les Allemands se sont retrouvés sur une ligne s’étendant du golfe de Finlande -près de Narva- jusqu’à Pskov. Ce rétrécissement du front en une ligne droite a considérablement amélioré la situation défensive des Allemands. A la fin février 1944, les Soviétiques avaient une tête de pont sur la Narva, mais ils n’ont pas pu progresser plus loin.

Des soldats soviétiques submergent une position allemande sur le front de Leningrad

Un cimetière allemand sur le front de Leningrad

Tir de roquettes soviétiques contre les positions allemandes, près de Viborg, sur le front de Leningrad

Le 10 juin 1944, les Soviétiques ont lancé une offensive contre les Finlandais, entre le lac Ladoga et le golfe de Finlande.

La stabilisation du front de l’Est, obtenue au mois de mai 1944, n’a apporté aux Allemands qu’une amélioration superficielle de leur situation. L’usure de leurs forces avait atteint un tel point qu’ils ne pouvaient pas obtenir grand-chose en gagnant du temps, alors que les Soviétiques avaient besoin de temps pour monter leur prochaine offensive.

Un Tiger

Campagne de bombardements américano-britannique

Depuis leurs bases aériennes d’Italie, les alliés avaient entrepris une campagne de bombardements sur les Balkans. Le 2 juin 1944, des forteresses volantes américaines ont inauguré une navette aérienne en se posant sur des bases récemment préparées en territoire soviétique, pour refaire les pleins de munitions et de carburant, avant d’effectuer un nouveau bombardement en retournant à leurs bases méditerranéennes. D’un bout à l’autre, les bombardiers américains étaient escortés par des chasseurs à long rayon d’action. Le 21 juin 1944, les bombardiers britanniques ont commencé une navette identique.

Des B-17 américains (à l’arrière plan) sur un aérodrome soviétique

Suite dans Le front de l’Est en 1944 (2ème partie)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source