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La Presse, 18 janvier 2013

Algérie : Le gangster djihadiste

par Agnès GRUDA


Des membres d’AQMI

On l’appelle monsieur Marlboro, pour le rôle qu’il joue dans le commerce illégal de cigarettes, l’un des nombreux trafics qu’il mène dans le Sahel. Ou encore Le Borgne, en référence à l’oeil qu’il a perdu lors d’un séjour en Afghanistan. Pour les services de renseignement français, il est L’Insaisissable, un sobriquet qui n’a pas besoin d’explication. L’homme qui a orchestré la prise d’otages au complexe gazier In Amenas, dans l’est de l’Algérie, ne manque ni de panache ni de surnoms. Avec ce dernier fait d’armes, l’Algérien de 40 ans est devenu une figure incontournable de la crise malienne. Son vrai nom : Mokhtar Belmokhtar.


Algérie

Ce grand seigneur du désert a commencé sa carrière de djihadiste en se joignant aux moudjahidin afghans, à l’âge de 19 ans. Rentré en Algérie en 1993, après deux ans de formation militaire, il retrouve un pays en proie à la guerre civile. Le jeune homme y participe activement, d’abord au sein du Groupe islamique armé, puis au sein du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Cette organisation finira par s’associer à Al-Qaïda et donner naissance à l’un des groupes qui contrôlent aujourd’hui le nord du Mali : Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). À la fois gangster et djihadiste, Mokhtar Belmokhtar tire sa force de sa connaissance intime des communautés touarègues, où il aurait rencontré ses quatre femmes. Dans son livre Une saison en enfer, où il raconte ses 130 jours de séquestration, Robert Fowler raconte sa première rencontre avec son ravisseur, quatre jours après avoir été pris en otage par le groupe de Belmokhtar, en décembre 2008. Ce qui le frappe d’abord, c’est la cicatrice qui traverse le visage de l’homme, du sourcil droit jusqu’à la moustache. Sa bouche fine se « tord parfois dans un sourire froid, presque narquois ». L’autorité naturelle qui émane de Mokhtar Belmokhtar ne laisse pas de doute sur son rôle de leader. Ses nombreuses conversations avec ses geôliers ont convaincu l’ex-diplomate canadien que ceux-ci sont animés par une foi fanatique. « Ce qu’ils veulent, c’est établir le domaine de Dieu dans le monde entier ».

Robert Fowler

Mais plusieurs chemins peuvent mener au royaume divin... Au cours des dernières années, Mokhtar Belmokhtar s’entendait de moins en moins avec le grand patron d’AQMI, l’émir Abdelmalek Droukdel. Des analystes croient que celui-ci lui reprochait de s’occuper trop de ses activités criminelles, et pas assez du djihad. Monsieur Marlboro aurait même perdu la direction de la 9e brigade d’AQMI, celle qui règne sur le Sahel. Ce qui est sûr, c’est qu’en décembre 2012, Mokhtar Belmokhtar claque la porte d’AQMI, pour fonder un nouveau groupe, coiffé d’un nom qui n’annonce rien de bon : Les signataires du sang. C’est ce groupe qui a réagi à l’opération militaire française au Mali avec la terrible prise d’otages de mercredi 16 janvier 2013.

Agnès GRUDA

Mokhtar Belmokhtar

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source