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La Presse, 25 janvier 2013

Algérie : La diplomatie d’Ottawa est critiquée

par Fabrice DE PIERREBOURG


Des secouristes algériens sortent un cercueil du bâtiment où a eu lieu la prise d’otages sanglante d’In Amenas

Le gouvernement Harper adopte une mauvaise stratégie en sommant publiquement l’Algérie de lui fournir des preuves de la présence d’un, voire deux Canadiens parmi les combattants islamistes des Signataires par le sang responsables de la prise d’otages sanglante d’In Amenas, estime un ex-patron des services secrets français en entrevue à La Presse. L’un d’eux s’appelait Cheddad ou Shaddad et s’exprimait en anglais avec un accent nord-américain. Les autorités algériennes soutiennent que ce djihadiste était canadien et qu’il a coordonné l’attaque qui a entraîné la mort de 38 otages, selon un bilan provisoire. Est-ce vrai ? D’où venait-il ? Était-il binational comme son éventuel complice, comme certains le pensent, ou n’avait-il de canadien qu’un faux passeport ?


Algérie

« Une source au sein de la Ketiba Moulethemoun de Mokhtar Belmokhtar, dit Bellaawar, nous dit qu’il y a des gens qui ont la nationalité canadienne parmi les ravisseurs, sans préciser leur origine ni leur nombre », a écrit à La Presse il y a une semaine un membre de l’agence Nouakchott Information, source bien informée. Le mystère demeure entier. Et ce silence d’Alger frustre tellement le Canada que le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a convoqué, lundi 21 janvier 2013, l’ambassadeur d’Algérie. Yves Bonnet, qui a été à la tête de la Direction de la surveillance du territoire (DST) française, connaît bien l’Algérie et le milieu du renseignement. Il comprend que le Canada veuille savoir s’il y avait un ou deux Canadiens parmi les preneurs d’otages, comme le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, l’a affirmé lundi 21 janvier, mais la méthode le laisse perplexe. « Les gesticulations diplomatiques sont contre-productives, surtout avec les Algériens qui tiennent à garder la maîtrise de ce dossier et vont se montrer discrets, explique-t-il en entrevue à La Presse. Il faut être patient et attendre le résultat de l’enquête. Si votre gouvernement veut savoir, la seule filière est de passer par les services de renseignement respectifs, ainsi que par la Gendarmerie royale du Canada. Pourquoi convoquer l’ambassadeur d’Algérie ? Il y a de grandes chances qu’il n’en sache pas plus ». La fameuse rencontre a eu lieu avec un représentant du ministère des Affaires étrangères, mais elle n’a rien donné, a appris La Presse. La réponse proviendra alors peut-être des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada et des fonctionnaires canadiens dépêchés sur place. La thèse de la présence canadienne au sein du commando djihadiste n’a rien de farfelu. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) estime qu’au cours des dernières années, une cinquantaine de jeunes Canadiens se seraient rendus en Somalie, au Pakistan, au Yémen et en Syrie -ou auraient tenté de le faire- pour participer à des activités « terroristes ». « Le retour au Canada de ces jeunes avec une expérience du combat et des idées extrêmement radicales pose un réel problème de sécurité nationale », a déclaré, l’automne 2012, le directeur adjoint des opérations du Service canadien du renseignement de sécurité en comité parlementaire.

John Baird

En Algérie, les informations filtrent encore au compte-gouttes. Mercredi 23 janvier 2013, le journal El Watan a fourni quelques détails supplémentaires « provenant de sources sécuritaires » sur le commando djihadiste. Il écrit que 29 des 32 « mercenaires », dont « le Canadien », provenaient de Libye, où l’attaque a été planifiée par Mokhtar Belmokhtar, chef du groupe islamiste armé des Signataires par le sang. C’est aussi en Libye qu’ils auraient obtenu leur armement lourd. « Leur équipement, tout comme celui des islamistes qui affrontent l’armée française au Mali, provient des arsenaux de Kadhafi, mais aussi des stocks fournis par la France aux rebelles, déplore Yves Bonnet. Malgré les mises en garde, nous avons puissamment aidé des islamistes qui étaient tenus en respect par Kadhafi ». Il regrette aussi que l’on n’ait pas perçu à temps le risque posé par ces islamistes issus de la filière du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien évoluant dans ce « no man’s land crapuleux » aux confins du Mali, du Niger et de l’Algérie.

Fabrice DE PIERREBOURG

Yves Bonnet

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