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AFP, 29 janvier 2013

Egypte : L’armée met en garde contre un "effondrement" de l’Etat

par Christophe DE ROQUEFEUIL


Evacuation d’un manifestant, au Caire, le 27 janvier 2013

L’armée égyptienne a mis en garde, mardi 29 janvier 2013, contre un "effondrement de l’Etat", en cas de poursuite de la grave crise que traverse le pays, où plus de 50 personnes ont trouvé la mort en cinq jours de violences.


Egypte

Cinquante-deux personnes ont péri au total et des centaines ont été blessées dans les violences qui ont débuté jeudi 24 janvier 2013 au soir, au moment où le pays marquait le deuxième anniversaire du début de la révolte contre l’ex-président Hosni Moubarak. Les heurts les plus sanglants ont eu lieu à Port-Saïd, où 42 personnes ont péri dans des violences depuis la condamnation à mort, samedi 26 janvier, de 21 supporteurs du club de football local Al-Masry, impliqués dans des heurts meurtriers, en 2011, à l’issue d’un match contre le club cairote d’Al-Ahly. Ces affrontements, les plus meurtriers depuis l’élection de M. Morsi, en juin 2012, se déroulent sur fond de forte contestation du pouvoir de M. Morsi par l’opposition laïque depuis des mois, et de sévère crise économique. Au Caire, le calme est revenu, mardi 29 janvier 2013 au matin, aux abords de la place Tahrir, où des heurts sporadiques entre la police et des groupes de jeunes se sont poursuivis jusque tard dans la nuit. L’épave calcinée d’un fourgon de police était visible au milieu de la place. Les émeutes se sont toutefois poursuivies durant la nuit dans la région du Canal de Suez dans le nord-est du pays malgré le couvre-feu. Les manifestants criaient "dégage" et scandaient des slogans hostiles aux chef de l’Etat, Mohamed Morsi, et aux Frères musulmans, le mouvement dont il est issu. L’armée s’est déployée depuis plusieurs jours à Port-Saïd et Suez pour protéger des bâtiments publics et des installations vitales dans ces deux villes aux entrées du canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge. Le président Morsi a imposé dimanche 27 janvier 2013 au soir, l’état d’urgence, dans les trois gouvernorats jouxtant cet axe stratégique de navigation (Port-Saïd, Ismaïliya, Suez). Le Sénat a ratifié, lundi 28 janvier, un projet de loi autorisant M. Morsi à déployer l’armée, afin qu’elle participe temporairement au maintien de l’ordre. "Le peuple du canal défie l’état d’urgence du président", titrait, mardi 29 janvier, le journal indépendant Al-Chorouq.

Des manifestants parmi des nuages de gaz lacrymogène, au Caire, le 27 janvier 2013

"La poursuite du conflit entre les forces politiques et leurs divergences sur la gestion du pays pourraient conduire à un effondrement de l’Etat" a prévenu le ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi. Le ministre a appelé "toutes les forces politiques" à trouver une issue aux "problèmes politiques, économiques, sociaux et de sécurité" du pays, dans un message devant une académie militaire. Il a également insisté sur la protection des "infrastructures vitales et stratégiques", au premier rang desquelles le canal de Suez, axe majeur du commerce mondial, dans la région duquel les troubles les plus meurtriers se sont produits. Il s’agit de la première prise de position publique du général Sissi, qui est également commandant des forces armées, depuis le début, jeudi 24 janvier 2013 au soir, de cette nouvelle vague de troubles dans le pays. L’influente institution militaire, qui a dirigé l’Egypte pendant près d’un an et demi après la chute de Hosni Moubarak, en février 2011, est plus discrète depuis que le président islamiste, Mohamed Morsi, élu en juin, a écarté, en août, son ancien ministre de la Défense et adversaire, le maréchal Hussein Tantaoui. Elle s’était toutefois déjà manifestée, en décembre, pour appeler au dialogue et rappeler son rôle de garante de la stabilité du pays, lors d’une vive crise liée à l’adoption d’un projet de Constitution controversé.

Un policier matraque un manifestant, au Caire, le 28 janvier 2013

Les Etats-Unis ont condamné, lundi 28 janvier 2013, "avec force les violences qui se déroulent dans plusieurs villes égyptiennes", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney. Le pétrole s’affichait en hausse, mardi 29 janvier au matin, en Asie, soutenu notamment par les risques géopolitiques actuels en Egypte et en Algérie.

Christophe DE ROQUEFEUIL

Des manifestants, au Caire, le 28 janvier 2013

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