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Infosud, 25 févirer 2013

Burkina Faso : L’afflux de réfugiés maliens aggrave la situation

par Caroline LEFEBVRE


Un camp de réfugiés maliens

Un vaste champ de tentes s’étale à deux pas des petites maisons éparses de Sag-Nioniogo. Ce village burkinabé de 1500 habitants, à 30 kilomètres au nord de la capitale Ouagadougou, accueille depuis mi-octobre, dans l’un des trois camps aménagés dans le pays par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), près de 2700 Maliens qui pour la plupart ont fui les combats au printemps 2012.


Burkina Faso

« Leur arrivée n’a pas posé de problème, assure Maurice, un habitant du village, car certains avaient déjà vécu ici dans les années 1990 [ndlr : exilés suite à une rébellion touareg], nous les connaissions bien ». Les jeunes jouent ensemble au football. Les vieux se retrouvent pour des « causeries ». Une petite économie a même éclos, les réfugiés, en majorité Touareg, achetant lait, viande et thé –bases de leur alimentation– pour compléter les rations de céréales et d’huile. Mais la précarité de cet équilibre perce derrière la revendication lancée par une habitante à une équipe du Haut-Commissariat pour les réfugiés : pourquoi les Burkinabés n’ont-ils pas accès à la distribution de vêtements qui se déroule au même moment dans le camp ? Difficile de comprendre la vague d’assistance focalisée sur ces étrangers alors qu’on lutte soi-même pour la survie et qu’il faut désormais partager les terres, l’eau, le bois. A Sag-Nioniogo, réfugiés et villageois se disputent l’un des cinq points d’eau du camp, en attendant de nouveaux forages.

Des réfugiées maliennes au camp de Sag-Nioniogo

En un an, 43000 Maliens sont entrés au Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres du monde avec un PNB de 1,3 euro par jour et par habitant. Cet afflux pèse sur les ressources, d’autant qu’il s’est concentré dans des camps officiels ou spontanés au nord du pays, dont la vulnérabilité a été aggravée par de mauvaises récoltes. « On ne note pas pour le moment de grands conflits, affirme Hugo Reichenberger, chargé d’information au Haut-Commissariat pour les réfugiés. Seulement des querelles ponctuelles, souvent dues aux troupeaux. Les Maliens sont suivis par 60000 bêtes qui peuvent dégrader les champs des autochtones ou boire l’eau des puits ».

Une réfugiée malienne

Pour prévenir les tensions, les ONG et le Haut-Commissariat pour les réfugiés s’efforcent de maintenir une égalité de traitement entre les communautés. Dans le nord, là où la pression est la plus forte et les conditions de vie très précaires, les distributions alimentaires sont parfois étendues aux villages voisins. Les centres de santé proches des camps ou créés en leur sein par les organisations humanitaires reçoivent indifféremment Maliens et Burkinabés, ces derniers bénéficiant de la gratuité des consultations et des médicaments instaurée pour les réfugiés. Le centre de Sag-Nioniogo « est passé de 2 à 30 consultations par jour, dont 40 % d’autochtones », signale le docteur Jean-Baptiste Conseiga, médecin affecté par l’ONG Credo, avec une sage-femme et une infirmière, pour assister les deux agents de santé locaux. Le matériel fourni (ambulance, stérilisateur, lits d’hôpitaux) restera acquis. A l’école primaire, les 157 élèves de Sag-Nioniogo partagent désormais leurs bancs avec 205 petits Maliens. « Nous cherchons à faciliter l’intégration par des matches de foot, des causeries éducatives où chacun parle à l’autre de ses coutumes », indique Abdoul Karim Traore, coordinateur de terrain de Terre des hommes Italie, qui a réhabilité les locaux et affecté trois volontaires en renfort des six enseignants locaux. Alors que seuls 25 % des enfants sont scolarisés dans le nord du Mali, « certains élèves réfugiés figurent aujourd’hui en tête de classe », s’émerveille Doulalle Sawadogo, le directeur de l’école. Plus au nord, le camp de Goudebou –8000 réfugiés– fournit, avec près de 600 enfants, 95 % des élèves de l’école la plus proche. Des locaux sont en cours de construction et l’ONG Plan Burkina s’attache à accroître le taux de scolarisation tant au sein du camp que dans les villages alentours.

Des réfugiées maliennes

Si l’objectif du Haut-Commissariat pour les réfugiés reste que le travail effectué bénéficie ensuite aux populations hôtes, Maurice estime tout de même que « le village va perdre beaucoup après le départ des réfugiés ». Ce n’est probablement pas pour demain. Dans les années 1990, alors que la crise au Mali était de moindre ampleur, certains étaient restés quatre ans.

Caroline LEFEBVRE

Des réfugiés maliens à l’heure de la prière

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