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Le Monde diplomatique, 4 mars 2013

Afrique du Sud : Trois émeutes par jour

par Sabine CESSOU


Vue de Cape Town

En dépit d’accusations de corruption, le président Jacob Zuma a été réélu à la direction du Congrès national africain (ANC) le 18 décembre 2012. Mais les signes de fragilisation se multiplient, comme la création du parti Agang (« Construisons ») par la célèbre militante antiapartheid Mamphela Ramphele, en vue de l’élection présidentielle de 2014. La sanglante répression de la grève des mineurs de Marikana, le 16 août 2012, a révélé l’ampleur de la crise sociale et les débats qu’elle suscite dans le pays.


Afrique du Sud

Etendus sur un trottoir, dans le centre-ville du Cap, des hommes en combinaison de travail profitent de leur heure de pause au pied d’un échafaudage. Pas question d’en perdre une minute ou de faire du zèle. « On est payés au lance-pierre », sourit un maçon, dévoilant une dent en or. Pourtant, avec l’équivalent de 1100 euros par mois, il n’est pas à plaindre. Il est vrai qu’avant la Coupe du monde de football, accueillie par l’Afrique du Sud en 2010, les syndicats de la construction ont obtenu des augmentations substantielles, de 13 % à 16 %, en menaçant de ne pas finir les chantiers à temps…

Vue de Cape Town

Mais cette situation reste exceptionnelle. La tension sociale est palpable depuis que, le 16 août 2012, la police a tué trente-quatre mineurs en grève à Marikana, une mine de platine proche de Johannesburg (1). Pour la population, quel symbole ! Les forces d’un Etat démocratique et multiracial, dirigé depuis 1994 par le Congrès national africain (African National Congress, ANC), tiraient sur des manifestants, comme au temps de l’apartheid ; sur ces travailleurs qui constituent sa base électorale historique, l’écrasante majorité noire et démunie de l’Afrique du Sud. Dans ce pays industrialisé, seul marché émergent au sud du Sahara, les ménages pauvres, à 62 % noirs et à 33 % métis, représentent plus de vingt-cinq millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, selon des chiffres publiés fin novembre 2012 par les institutions nationales.

Des victimes du massacre de Marikana, le 16 août 2012

L’onde de choc est comparable à celle du massacre de Sharpeville, dont les événements de Marikana ont réveillé le souvenir. Le 21 mars 1960, la police du régime d’apartheid (1948-1991) avait tué soixante-neuf manifestants noirs qui protestaient dans un township contre le pass imposé aux « nonBlancs » pour se rendre en ville. Quand la nouvelle du drame était arrivée au Cap, la population de Langa, un township noir, avait réduit les bâtiments publics en cendres.

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