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mercredi 24 mai 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 41

La conquête des îles Mariannes et la bataille de la mer des Philippines


Des chasseurs américains Hellcats

L’attaque des îles Mariannes par les forces amphibies de l’amiral Spruance a marqué l’entrée des Américains dans la zone de défense intérieure du Japon. A partir de là, les forces de bombardement américaines pouvaient frapper le Japon proprement dit, de même que les Philippines, Formose et la Chine. En même temps, la prise des îles Mariannes faisait peser une menace d’étranglement sur les lignes de communication du Japon avec son empire méridional récemment conquis.


Dans l’archipel des Mariannes, les îles les plus importantes étaient celles qui comportaient des aérodromes : Saipan, Tinian et Guam. Elles étaient respectivement défendues par des garnisons de 32000, 9000 et 18000 hommes.

En théorie, les Japonais disposaient de 1400 avions. En réalité, un grand nombre d’entre eux avaient été envoyés en Nouvelle-Guinée et un nombre encore plus grand avait été détruit par l’aviation embarquée de l’escadre de porte-avions rapides de l’amiral Mitscher, qui avait commencé d’attaquer les bases japonaises à partir de février 1944.

Marc Mitscher

Malgré tout cela, les Japonais espéraient pouvoir disposer de 500 avions, à condition d’obtenir quelques renforts d’autres secteurs. Leurs forces navales, placées sous les ordres de l’amiral Ozawa, étaient organisées en trois groupes : celui des cuirassés, avec 4 cuirassés, 3 porte-avions légers, des croiseurs et des destroyers, aux ordres de l’amiral Kurita. Celui des porte-avions, avec 3 porte-avions d’escadre, des croiseurs et des destroyers, aux ordres de l’amiral Ozawa lui-même. Et un groupe de réserve comportant 2 porte-avions d’escadre, 1 porte-avion léger, 1 cuirassé et des croiseurs et des destroyers sous les ordres de l’amiral Joshima.

Les Japonais avaient prévu une parade à l’avance amphibie des Américains à travers l’océan Pacifique, et ils espéraient pouvoir l’utiliser pour prendre au piège les forces de l’amiral Spruance et détruire ses porte-avions. Ce plan avait été élaboré en août 1943 par le commandant en chef de la Marine, l’amiral Koga. Mais ce dernier a disparu, à bord de son hydravion, à la fin du mois de mars 1944, lors du repli de son QG de Trouk à Davao, aux Philippines. L’amiral Toyoda, qui lui a succédé, avait repris son plan, avec quelques modifications. L’espoir de l’amiral Toyoda était d’attirer les porte-avions américains dans les eaux situées à l’Est des Philippines, et là de les prendre en tenailles entre la puissante force de porte-avions de l’amiral Ozawa et l’aviation opérant à partir des bases situées sur les îles occupées par les Japonais.

Amiral Toyoda

L’armada d’invasion des Mariannes a quitté les îles Marshall le 9 juin 1944. Les débarquements sur Saipan étaient prévus pour le 15. Le transport de près de 130000 soldats, depuis Hawaï et Guadalcanal jusqu’aux îles Mariannes, était bien organisé et bien exécuté. L’armada américaine comprenait 3 divisions de Marines, 1 division d’infanterie en réserve, 12 porte-avions d’escorte, 5 cuirassés et 11 croiseurs. Derrière cette armada venait la 5ème flotte de l’amiral Spruance, comprenant 7 cuirassés, 21 croiseurs, 69 destroyers, ainsi que les quatre groupes de porte-avions de l’amiral Mitscher (15 porte-avions et 956 avions). Ces derniers se sont chargés de balayer les forces aériennes japonaises des Mariannes.

Un chasseur américain Wildcat

Le débarquement à Saipan

Au matin du 15 juin, la première vague de Marines a débarqué sur les plages de Saipan. Sous la protection du feu intense de l’artillerie navale et des tirs de roquettes de l’aviation, 8000 Marines ont débarqué en vingt minutes. A la tombée de la nuit, 20000 hommes avaient débarqué. Mais ils n’avaient pas beaucoup progressé, à partir des plages, à cause des farouches contre-attaques des Japonais qui contrôlaient les hauteurs.

Le cuirassé USS North Carolina a participé à la conquête de l’île de Saipan

Le porte-avions USS Enterprise, photographié au large de l’île de Saipan

Le cuirassé USS New Mexico tire contre les positions japonaises sur l’île de Saipan

Vue de l’île de Saipan

Débarquement de la première vague américaine à Saipan

Débarquement de la première vague américaine à Saipan. Deux Marines sont tués par un sniper japonais

Des navires de débarquement américains à Saipan

Un Marine s’apprête à lancer une grenade sur une position japonaise

Canon de montagne japonais capturé et utilisé par les Américains à Saipan

Des Marines engagés dans des combats de rue, à Garapan, sur l’île de Saipan

Le débarquement américain à Tinian

La bataille de la mer des Philippines

Des sous-marins américains ont repéré la flotte japonaise entrant dans la mer des Philippines, avec tous ses porte-avions et ses cuirassés.

En apprenant cette nouvelle, l’amiral Spruance a décidé d’annuler les débarquements prévus sur l’île de Guam. La division de réserve a été débarquée à Saipan et les navires de transport ont été évacués vers des eaux plus calmes. La 5ème flotte américaine s’est rassemblée à quelque 300 kilomètres à l’Ouest de Tinian, mais sans pousser plus loin, de crainte de rater la flotte japonaise.

Jusque là, le plan de l’amiral Toyoda semblait bien se dérouler, à cette importante différence près que la seconde mâchoire de sa tenaille ne pouvait pas intervenir, l’aviation basée sur les îles Mariannes ayant été détruite.

Le 19 juin 1944, à partir de 08h30, les porte-avions de l’amiral Ozawa ont lancé quatre attaques successives. Mais elles ont toutes été détectées par les radars américains. Des centaines de chasseurs américains ont été envoyés à la rencontre des bombardier-torpilleurs japonais. Les pilotes américains se sont assurés un avantage écrasant sur les pilotes japonais, moins expérimentés.

Combat aérien au-dessus de la flotte américaine

Des navires japonais attaqués par l’aviation américaine

Pendant ce temps, les porte-avions de l’amiral Mitscher attaquaient à nouveau les bases aériennes japonaises de la région. Le résultat de cette bataille aérienne a été le massacre des avions japonais, 218 d’entre eux étant abattus, contre 29 avions américains.

De plus, 2 gros porte-avions japonais, le Shokaku et le Taiho, ont été torpillés par des sous-marins américains et ont coulé avec de nombreux autres avions dans leurs flancs.

Le porte-avions japonais Shokaku

Le porte-avions japonais Taiho

L’amiral Ozawa, croyant que ses avions embarqués s’étaient posés sur l’île de Guam -au lieu de couler avec les porte-avions-, est resté dans la zone des combats. Le 20 juin 1944, dans l’après-midi, il a été repéré par des avions de reconnaissance américains. L’amiral Mitscher a alors lancé 216 de ses avions embarqués à l’attaque, tout en sachant qu’il lui faudrait les récupérer dans l’obscurité.

Trois heures après le repérage des navires japonais, les avions américains ont déclenché leur attaque. Ils ont coulé 1 porte-avion d’escadre. Ils ont endommagé 2 porte-avions d’escadre, 2 porte-avions légers, 1 cuirassé et 1 croiseur lourd. En même temps, ils ont abattu 65 appareils japonais. Seuls 20 avions américains ont été perdus au combat, mais 80 autres ont été perdus au cours du vol retour, dans l’obscurité. Bon nombre des pilotes naufragés ont pu être sauvés. Quant à l’amiral Ozawa, il s’est enfui en direction d’Okinawa, dans les îles Rioukiou, au Sud du Japon.
Jizaburo Ozawa
Conséquences

Au cours de la bataille, les Japonais avaient perdu environ 480 avions, soit plus des ¾ de leur effectif total. La plupart des équipages n’avaient pas pu être sauvés. La destruction d’une telle proportion d’avions et de porte-avions japonais représentait une très lourde perte. On pouvait remplacer les avions et les porte-avions, mais on ne pouvait pas remplacer un tel nombre de pilotes. Cela impliquait que, dans toute bataille du futur proche, la flotte japonaise serait lourdement handicapée et forcée d’avoir surtout recours à son armement plus traditionnel.

La bataille de la mer des Philippines s’est donc révélée une très grave défaite pour les Japonais. La route des Philippines était maintenant grande ouverte et la victoire était assurée dans les combats terrestres sur les îles Mariannes.

Fortement appuyées par l’US Navy et par l’aviation, les 3 divisions débarquées dans le Sud de Saipan ont régulièrement progressé vers le Nord. Le 25 juin 1944, elles se sont emparées du mont Tapotchau.

Le 26 juillet 1944, les deux plus hauts gradés japonais de Saipan se sont suicidés. Le lendemain, les 3000 soldats japonais survivants ont lancé une charge suicidaire contre les lignes américaines.

Des Japonais -soldats, femmes et enfants- se sont suicidés en masse en se jetant du haut de cette falaise

Quant à l’île de Guam, malgré une résistance japonaise vigoureuse -facilitée par un réseau complexe de défenses souterraines-, elle a été complètement occupée par les Américains le 12 août 1944.

Le cuirassé USS New Mexico au large de l’île de Guam

La chute des îles Mariannes et la défaite navale écrasante qui l’a précédée ont fait apparaître très clairement l’affaiblissement de la situation du Japon, même si l’orgueil des Japonais les empêchait encore de regarder la réalité en face. Cependant, d’une manière significative, ces événements ont été suivis, le 18 juillet 1944, par la démission du gouvernement du général Tojo.

Le 22 juillet, le général Koiso a formé un cabinet destiné à créer une meilleure défense contre l’avance américaine. La campagne de Chine devait être poursuivie, mais le souci primordial était la défense des Philippines. Le gouvernement japonais se rendait compte que la perte de ce grand archipel serait fatale aux forces japonaises en les privant du pétrole des Indes néerlandaises.

Déjà, les Japonais étaient lourdement handicapés par la raréfaction du ravitaillement en carburant. Les responsables de cette situation étaient les sous-marins américains, dont l’action contre les pétroliers japonais représentait un facteur stratégique d’une importance capitale.

En raison de leur ravitaillement très restreint en hydrocarbures, les Japonais ont dû restreindre les programmes d’instruction de leurs pilotes et maintenir leur flotte à Singapour, à proximité des sources de ravitaillement. Lorsque cette flotte devait appareiller pour combattre, elle n’emportait pas une quantité de mazout suffisante pour le retour.

Le cuirassé japonais Yamato

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source