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RFI, 12 mai 2013

Erythrée : Un système pénitentiaire d’une cruauté inimaginable

par Léonard VINCENT


Vue d’Asmara

Amnesty International a publié, jeudi 9 mai 2013, un rapport accablant sur les nombreux prisonniers politiques érythréens, basé sur les témoignages d’anciens détenus. Publié deux semaines avant le 20e anniversaire de l’indépendance de ce petit pays de la Corne de l’Afrique, ce texte est gênant pour ceux qui souhaitent une normalisation des relations avec Asmara.


Erythrée

Dix mille prisonniers politiques sont détenus en Érythrée dans des conditions « d’une cruauté inimaginable ». Le vocabulaire utilisé par Amnesty International, dans son dernier rapport sur l’Érythrée, est exceptionnellement dur. Les nombreux témoignages d’anciens détenus compilés par l’organisation ne le sont pas moins. Ils décrivent un « vaste réseau de centres de détention » où les citoyens ordinaires sont incarcérés sans inculpation ni visite, pour une durée indéterminée, où « le recours à la torture est monnaie courante ». Une carte des nombreuses prisons du régime, faites de conteneurs métalliques bondés et de geôles souterraines, a été dressée. « Dans la grande majorité des cas, écrit Amnesty, les familles de prisonniers ne sont pas informées du lieu où ceux-ci se trouvent, et restent bien souvent sans nouvelles de leurs proches après leur arrestation ». On entre dans le système pénitentiaire au risque d’y disparaître à jamais, dit l’organisation. Amnesty fait ainsi état de nombreux « morts en détention à la suite d’actes de torture ou de suicides, ou encore en raison des épouvantables conditions qui y règnent. Des prisonniers meurent ainsi de maladies curables comme le paludisme et d’affections causées par une chaleur excessive ».

La réaction d’Asmara, la capitale, ne s’est pas fait attendre. Fait exceptionnel, l’ambassadeur d’Érythrée au Royaume-Uni, Tesfamichael Gerahtu, a immédiatement convoqué une conférence de presse pour rejeter les accusations d’Amnesty. Invité de l’un des programmes phares de la BBC le soir même, il a rejeté en bloc les 50 pages du rapport, selon une rhétorique désormais habituelle du régime érythréen : tout démentir en bloc, sans autre forme d’explication. L’après-midi même, le ministère érythréen des Affaires étrangères a publié un communiqué rejetant les « fausses accusations » contenues dans « l’agression manifestement politique » d’Amnesty International. Une ligne de défense reprise aussitôt par Yemane Ghebremeskel, directeur de cabinet du chef de l’État érythréen, sur son compte Twitter. L’organisation de défense des prisonniers serait, selon le gouvernement d’Asmara, « incapable de fournir des preuves » de ses allégations. Il reste qu’une telle mobilisation du maigre appareil de communication de l’Érythrée est rare. Il s’agit sans doute du signe que le rapport d’Amnesty, et le large écho qu’il a reçu dans la presse, ont été manifestement pris au sérieux. Car même si les informations sur le système pénitentiaire érythréen contenues dans le rapport ne sont pas nouvelles, elles ont été publiées à un moment critique pour le régime d’Asmara.

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