retour article original

samedi 25 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Histoire La seconde guerre mondiale en photos
La seconde guerre mondiale en photos 51

La bataille des Ardennes (1ère partie)


Un Focke-Wulf FW 190

Le plan de la contre-offensive allemande des Ardennes visait à remporter une victoire décisive sur le front Ouest en engageant deux armées de Panzer.

La 6ème armée Panzer SS, constituant l’aile droite, sous les ordres du général Joseph "Sepp" Dietrich, devait attaquer les alliés au Nord-Ouest, traverser la Meuse entre Liège et Huy, et avancer sur Anvers, le principal port de ravitaillement des armées alliées. La 6ème armée Panzer SS avait le rôle principal et disposait du gros des forces.

Joseph Sepp Dietrich

La 5ème armée Panzer, constituant l’aile gauche, sous les ordres du général Hasso von Manteuffel, devait avancer selon une ligne plus courbe, traverser la Meuse entre Namur et Dinant, et pousser en direction de Bruxelles, pour couvrir le flanc de la 6ème armée Panzer SS du général Dietrich.

Hasso von Manteuffel

Le but de toute l’attaque était de couper de ses arrières l’armée britannique enfoncée en Hollande et en Belgique, afin de la contraindre à un nouveau Dunkerque. Adolf Hitler s’imaginait que, s’il parvenait à provoquer ce nouveau Dunkerque, la Grande-Bretagne se retirerait pratiquement de la guerre et qu’il serait alors possible d’arrêter les Soviétiques et stabiliser la situation sur le front de l’Est.

L’idée, la décision et le plan stratégique de la contre-offensive allemande des Ardennes sont entièrement attribuables à Adolf Hitler. Il a élaboré ce plan en détail, avec son chef d’état-major Alfred Jodl.

Hermann Göring, Günther Korten, Hermann Fegelein, Adolf Hitler, un officier non identifié, et Heinz Guderian étudient le plan de l’offensive des Ardennes, en octobre 1944

Sur le papier, tout cela était brillamment conçu et aurait pu devenir un succès si Adolf Hitler avait encore eu des ressources et des forces suffisantes pour lui donner des chances d’atteindre ses vastes objectifs.


Mais ce plan ne tenait absolument aucun compte des conditions locales ou des problèmes individuels des exécutants. Il était tout aussi optimiste au sujet des besoins des forces engagées. Il n’y avait pas de renforts appropriés, ni de ravitaillement en munitions et, bien que le nombre de divisions blindées était élevé, elles disposaient de peu de Panzer. C’était, en grande partie, des divisions de papier.

La faiblesse la plus grave était le ravitaillement en carburant. Le général Jodl avait donné l’assurance qu’il y aurait assez d’essence pour que les Panzer puissent marcher à pleine puissance et réaliser leur percée. Mais le Quartier Général travaillait à partir d’une estimation mathématique et stéréotypée de la quantité d’essence nécessaire pour déplacer une division de 100 kilomètres. En réalité, dans les conditions du champ de bataille, l’expérience démontrait qu’il fallait deux fois plus d’essence. En tenant compte des difficultés supplémentaires, vraisemblables dans une bataille d’hiver, il aurait fallu prévoir un ravitaillement en essence cinq fois supérieur à la norme de base.

Alfred Jodl

Les ordres d’Adolf Hitler précisaient même la méthode et la chronologie de l’attaque. L’artillerie, qui était dispersée sur tout le front de l’attaque, devait ouvrir le feu à 07h30 et l’assaut d’infanterie devait être déclenché à 11h00. Entre ces deux moments, la Luftwaffe devait bombarder les QG et les communications des alliés. Les divisions blindées ne devaient pas attaquer avant que la masse de l’infanterie ait réussi à percer.

Un Junkers JU 88

L’opération Greif

Le succès initial de l’offensive allemande des Ardennes allait être facilité par l’effet largement paralysant d’une trouvaille -l’opération Greif- ayant pour but de permettre une victoire sur les armées alliées, avec leurs millions d’hommes, en se servant audacieusement de quelques centaines d’hommes. Pour exécuter cette idée, Adolf Hitler a fait appel à Otto Skorzeny qui, l’année précédente, avait délivré Benito Mussolini après qu’il ait été renversé et emprisonné par les Italiens.

Otto Skorzeny

Telle qu’elle était prévue, l’opération Greif devait se dérouler en deux temps et représenter une version moderne et tactique du stratagème du cheval de Troie dans la légende d’Homère.

Dans un premier temps, une compagnie de commandos parlant parfaitement l’anglais, portant des battledress américains par-dessus leurs uniformes allemands, et se déplaçant à bord de Jeeps américaines, devait foncer en avant par petits groupes dès que le front aurait été percé, avec pour mission de couper les câbles téléphoniques, de retourner les poteaux indicateurs afin de lancer les réserves des défenseurs dans de mauvaises directions, d’accrocher des rubans rouges pour indiquer que les routes étaient minées et créer la confusion de toutes les manières possibles.

Dans un second temps, toute une brigade de Panzer camouflée en unité américaine devait aller s’emparer des ponts sur la Meuse. Cette deuxième partie de l’opération Greif n’a jamais été réalisée. Les services du Groupe d’armées n’ont pu se procurer qu’une partie des tanks et des camions américains nécessaires, et les véhicules manquants ont dû être remplacés par des véhicules allemands camouflés. Ce mince déguisement exigeait de la prudence, et aucune brèche importante n’a été ouverte dans le secteur Nord où la brigade attendait. Son avance a d’abord été remise à plus tard, puis elle a été abandonnée.

Réaction du maréchal von Rundstedt

A la fin du mois d’octobre 1944, le plan de la contre-offensive des Ardennes a été présenté au maréchal von Rundstedt -sorti de sa retraite et replacé à la tête du front Ouest- et au chef du Groupe d’armées, le maréchal Model.

Le maréchal von Rundstedt a été stupéfait en examinant le plan d’Adolf Hitler. Les forces disponibles lui ont semblé largement insuffisantes pour un plan aussi extrêmement ambitieux. L’objectif d’atteindre Anvers paraissait complètement irréalisable.

Gerd von Rundstedt

La date de cette contre-offensive a dû être repoussée du mois de novembre au mois de décembre, où les conditions étaient moins favorables.

Modifications mineures du plan d’Adolf Hitler

Le 12 décembre 1944, une conférence finale, présidée par Adolf Hitler, s’est tenue au QG du maréchal von Rundstedt, à Ziegenberg, près de Bad Nauheim.

Les attaques américaines aux alentours d’Aix-la-Chapelle, en novembre 1944, avaient absorbé des divisions originellement destinées à la contre-offensive allemande. Il en est résulté la réduction des effectifs initialement promis et du rôle dévolu aux armées de couverture. L’attaque convergente prévue contre Maastricht a dû être abandonnée, laissant ainsi aux alliés la faculté de faire venir des réserves du Nord. La 7ème armée allemande, dont l’avance devait couvrir le flanc de l’aile Sud de l’offensive, n’a conservé que quelques divisions, dont aucune de Panzer.

Un Nashorn

Dans le plan d’Adolf Hitler, le rôle principal incombait à la 6ème armée de Panzer SS du général Dietrich, qui constituait l’aile droite. 3 divisions d’infanterie devaient ouvrir une brèche de chaque côté d’Udenbrath, puis obliquer au Nord-Ouest pour former un solide épaulement face au Nord. Elles seraient renforcées par les 2 autres divisions d’infanterie. Les 4 divisions de Panzer SS s’engouffreraient dans la brèche et fonceraient sur Liège. Ces unités disposeraient de 500 Panzer, dont 90 Tiger.

Un Königtiger

Le général von Manteuffel, dont la 5ème armée de Panzer constituait l’aile gauche, a obtenu quelques améliorations du plan. Le spectaculaire succès initial allait être dû en grande partie à la nouvelle tactique que le général Manteuffel avait mise au point. L’assaut serait déclenché à 05h30, à l’abri de l’obscurité, sans aucun tir d’appui d’artillerie. Selon le général von Manteuffel, ces tirs d’artillerie auraient surtout réveillé les Américains, sans offrir un avantage décisif, car leur système défensif s’étendait sur une grande profondeur et comportait une chaîne de postes avancés, tandis que la principale ligne de résistance était située loin en arrière.

Le général von Manteuffel voulait que chaque division d’infanterie dispose d’un bataillon d’assaut composé des officiers et des hommes les plus expérimentés. Ces bataillons d’assaut allemands pénétreraient entre les postes avancés américains, en évitant d’engager le combat avant de s’être enfoncés profondément. Des projecteurs de DCA braqués sur les nuages et se reflétant sur le sol faciliteraient la progression des troupes. Les Panzer avanceraient dès le début de la nuit suivante, qui devait tomber à 16h00. Les Panzer progresseraient alors sous couvert de l’obscurité, à travers les rangs de l’infanterie allemande. A l’aube du lendemain matin, ils seraient en mesure de lancer leur propre attaque contre la position de défense principale des alliés, sur une voie d’approche dégagée des postes de défense avancés.

Les faiblesses du plan de la contre-offensive des Ardennes

Le premier point clé du plan d’Adolf Hitler est l’importance du temps nuageux. Les responsables de l’armée allemande savaient bien que les alliés pourraient, en cas de nécessité, jeter plus de 5000 bombardiers dans la bataille, alors que la Luftwaffe promettait l’appui d’un millier d’avions de tous types. En fin de compte, cette estimation du soutien de la Luftwaffe ne s’avérerait justifiée qu’un seul jour, et à une date où l’issue de la bataille terrestre était déjà décidée.

Beaucoup de choses dépendaient d’une avance rapide de la 6ème armée Panzer SS du général Dietrich, sur l’aile droite, qui se trouvait le plus près de la Meuse, dans le secteur clé. L’emploi de troupes aéroportées pour ouvrir le chemin aurait été particulièrement avantageux, mais ces troupes avaient été décimées au cours de combats défensifs terrestres. On n’a pu réunir qu’un millier de parachutistes, moins d’une semaine avant l’offensive, pour constituer un bataillon. Puis on s’est aperçu que les équipages des avions de transport prévus n’avaient aucune expérience des opérations aéroportées et qu’il manquait une partie du matériel nécessaire.

Finalement, les parachutistes allemands n’ont pas reçu pour mission de s’emparer de l’un des dangereux défilés se trouvant sur l’itinéraire des Panzer SS, mais de se poser sur le mont Rigi, à proximité du carrefour des routes de Malmédy, Eupen et Verviers. Ils devaient y établir un barrage, afin de retarder l’arrivée des renforts alliés venant du Nord.

Les préparatifs devaient être aussi discrets que possible. Les divisions de la 5ème armée Panzer du général von Manteuffel ont été rassemblées de manière très espacée, entre Trier et Krefeld, afin que les espions et la population ne puissent pas soupçonner qu’on préparait une offensive. On a raconté aux soldats qu’ils devaient se préparer en vue d’une offensive alliée dans le secteur de Cologne. Seul un nombre très restreint d’officiers d’état-major a été informé du véritable plan.

La 6ème armée Panzer SS du général Dietrich a été rassemblée encore plus en arrière, dans la zone située entre Hanovre et la Weser. Ses divisions avaient été mises au repos pour récupérer et se rééquiper. Ce n’est que beaucoup plus tard que le général Dietrich a été informé de la mission qui allait lui être confiée.

La plupart des commandants de divisions n’ont été avertis que quelques jours avant le début de l’offensive. Les commandants d’unités ont été informés si tardivement qu’ils n’ont pas eu assez de temps pour étudier leur problème, reconnaître le terrain et faire leurs préparatifs. Il en est résulté de nombreuses négligences et, lorsque l’offensive a débuté, il y a eu de nombreuses anicroches.

Un Jagdtiger

Les services de renseignement alliés

Considérant le secteur des Ardennes comme étant mal approprié à une attaque contre l’Allemagne, les armées alliées l’avaient contourné par le Nord et par le Sud et y avaient réduit leurs effectifs afin de concentrer un maximum de forces sur les axes de pénétration choisis. Dans ce secteur, il y avait seulement 4 divisions américaines pour défendre une ligne de 130 kilomètres de long.

Depuis le mois d’octobre 1944, les services de renseignement alliés savaient que les Allemands étaient en train de retirer des premières lignes des divisions de Panzer, afin de les rééquiper en vue de nouveaux combats. Ils savaient également qu’une partie de ces divisions avaient été réunies pour former la 6ème armée de Panzer SS.

Début décembre 1944, les services de renseignement alliés ont appris que le QG de la 5ème armée de Panzer avait été transféré du secteur de la Roer -à l’Ouest de Cologne-, vers le Sud, à Coblence. De plus, des formations de Panzer avaient été repérées alors qu’elles faisaient route vers les Ardennes, où les divisions d’infanterie nouvellement constituées avaient fait leur apparition en ligne.

Dès le 4 décembre 1944, un soldat allemand, capturé dans le secteur des Ardennes, a révélé qu’une grande offensive y était en cours de préparation, et ses propos ont été confirmés par de nombreux autres prisonniers capturés les jours suivants. Ils ont tous déclaré que l’attaque allemande était prévue pour la semaine avant Noël.

Les 12 et 13 décembre 1944, les services de renseignement alliés ont appris que 2 divisions blindées allemandes, particulièrement célèbres pour leurs opérations éclair étaient arrivées dans le secteur des Ardennes.

Le 14 décembre 1944, des rapports ont signalé que les Allemands avaient remorqué du matériel de construction de ponts jusqu’au bord de l’Our, la rivière qui couvrait la moitié Sud du front américain des Ardennes.

Un M24 Chaffee

Le chef des services de renseignement de la 1ère armée américaine n’était pas en très bons termes avec le chef des opérations, ni avec le chef des services de renseignement du Groupe d’armées. Il était considéré comme un alarmiste ayant tendance à crier « Au loup ! ». De plus, il n’était pas parvenu lui-même à tirer des déductions claires des renseignements qu’il avait réunis.

Quant au 8ème Corps d’armées US, qui se trouvait menacé de façon imminente, il en était arrivé à la conclusion que l’apparition de nouvelles divisions allemandes sur son front était simplement due à l’habitude de donner aux troupes allemandes l’expérience du front dans un secteur calme avant de les utiliser ailleurs. Ces mouvements de troupes étaient supposés manifester, de la part des Allemands, un désir de conserver à ce secteur du front son caractère calme et inactif.

Les alliés menaient l’offensive depuis si longtemps qu’ils pouvaient difficilement imaginer les Allemands reprenant l’initiative. Les alliés considéraient que la victoire sur l’Allemagne n’était plus qu’une formalité. Ils estimaient que, même si les Allemands tentaient de lancer une contre-attaque, celle-ci prendrait la forme d’une réponse directe à l’avance alliée sur Cologne et les centres industriels de la Ruhr. Sachant que le maréchal von Rundstedt avait été réintégré au commandement du front Ouest allemand, les alliés s’attendaient à de l’orthodoxie militaire.

Un M7 Priest

Dans le cas des forces du général von Manteuffel, le mouvement vers la ligne de départ a été réalisé en trois nuits.

Le soir du jour précédant l’offensive des Ardennes, les camions promis ne sont pas venus chercher les compagnies de parachutistes allemands pour les emmener aux aérodromes. L’opération de largage prévue sur le mont Rigi a dû être reportée au lendemain soir.

Un Panzer 4

Suite dans La bataille des Ardennes (2ème partie)

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source