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lundi 27 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Soudan (1ère partie) : Du 9 février 2004 au 31 août 2004
Reuters, 23 juillet 2004

Les Soudanais rejettent la qualification de "génocide" à propos du Darfour

par Nima ELBAGIR


Vue d’Atbara

KHARTOUM (Reuters) - Les Soudanais d’origine arabe ont violemment critiqué, vendredi 23 juillet 2004, la résolution parlementaire adoptée aux Etats-Unis qui qualifie de "génocide" la situation au Darfour, alors que, sur le terrain, les miliciens ne semblent pas avoir mis fin à leurs exactions.

Soudan


La chambre des Représentants puis le Sénat ont voté à l’unanimité cette résolution qui stipule que "les atrocités ayant eu lieu dans le Darfour, au Soudan, relèvent du génocide". Ses partisans espèrent qu’elle parviendra à mobiliser la communauté internationale afin que la sécurité de la communauté noire soudanaise, menacée par les milices arabes, soit à présent assurée. Mais l’emploi du terme de génocide demeure très controversé. Il n’a d’ailleurs pas été formellement repris par l’administration américaine, les Nations unies, les rebelles du Darfour ou les organisations humanitaires présentes sur le terrain.

Au Soudan, chaque champ est entouré d’une digue de terre dans laquelle on peut déverser l’eau d’un puits. Il suffit de démolir provisoirement une portion de digue pour que l’eau se déverse dans tel ou tel champ. Une fois ce champ irrigué, la brèche de la digue est colmatée

Les miliciens Djandjaouids, présentés comme étant soutenus par le gouvernement, sont accusés d’expulser avec violence de leur village les Soudanais qui ne sont pas d’origine arabe. Ce conflit, qui a pour origine le contrôle et l’exploitation des terres agricoles, aurait déjà fait près de 30000 morts en quinze mois.

Le village soudanais de Bandago, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

"L’Amérique veut que tous les Arabes paient"

Un analyste politique soudanais, Ibrahim Ahmed, pense qu’il n’y aucune base légale pour affirmer qu’un génocide est en train de se produire au Darfour. Dans le cas contraire, il estime que l’administration américaine aurait déjà repris le terme. "Mais ce qui est évident, c’est que les Américains vont dorénavant penser qu’il s’agit d’un génocide. Amener le Congrès à se prononcer sur ce point est un moyen commode d’amadouer l’opinion publique, tout en contournant la loi", a-t-il ajouté.

Le village soudanais de Korma, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

Un journaliste du nord du Soudan, Yasir Abdoullah, estime lui que le Congrès et le gouvernement américains n’ont pas compris les racines du conflit soudanais et l’ont traité superficiellement. "Ils ont une vision partiale de la situation, résultat de leurs propres impératifs. Les sanctions ne feront pas de mal au gouvernement. Elles feront mal aux gens. Ne l’ont-ils pas encore compris ?", a-t-il déclaré à Reuters.

"Est-ce que l’Irak ne suffit pas ? Veulent-ils nous détruire ? (...) L’Amérique veut que tous les Arabes (au Soudan) paient. Ils ne comprennent rien", s’emporte un habitant de Khartoum, Ismaïl Gasmalsid.

Le camp d’entraînement d’une milice islamiste, au Soudan

Les Etats-Unis ont soumis au Conseil de sécurité une résolution menaçant le Soudan de sanctions, si le gouvernement ne désarme pas les milices arabes djandjaouids accusées de viols, de meurtres et de pillages dans les villages de la communauté noire du Darfour.

Interrogé sur la pertinence des pressions américaines sur le gouvernement soudanais, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell s’était fendu, jeudi 22 juillet 2004, d’un : "Puisqu’ils l’ont déclenché, ils peuvent l’arrêter."

L’embarras de Khartoum

Acculé par les Etats-Unis et l’ONU, le gouvernement soudanais s’est dit prêt à procéder à ce désarmement mais a souligné que cela prendrait du temps. "Nous ne prétendons pas que la situation soit revenue à la normale", explique le ministre soudanais des affaires étrangères, Moustapha Osman Ismaïl, dans un entretien accordé au journal Le Monde, daté de vendredi 23 juillet 2004. "Il existe dans cette région un vrai problème qui doit être réglé aux niveaux humanitaire, politique et de la sécurité et nous entendons le faire (...) Mais il faut comprendre que nous appliquons un plan et que cela se fait par étapes", ajoute-t-il.

Mustafa Osman Ismail

Le chef de la diplomatie soudanaise établit également un distinguo entre les Djandjaouids -des "bandits qui pillent, tuent et trouvent dans la guerre un climat propice à leurs exactions", dit-il- et les milices "constituées par les tribus qui ont refusé de se rallier au mouvement rebelle, dans le but d’assurer leur propre défense et d’affronter la rébellion".

Une réfugiée soudanaise, avec les deux enfants à sa charge, au camp tchadien de Koumouangou, le 6 juillet 2004

Moustapha Osman Ismaïl avait assuré que les autorités soudanaises allaient envoyer un contingent de 6000 policiers dans la région du Darfour. Abou Bakr Hamid Al Nour, haut responsable du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), l’un des mouvements rebelles, a affirmé que ces policiers étaient en fait des djandjaouids déguisés, auxquels Khartoum a confié uniformes et nouvelles armes. D’après lui, ces policiers auraient déjà commis deux attaques meurtrières lors de la semaine écoulée.

Un nomade soudanais

Depuis le début de ce conflit, des milliers de personnes ont trouvé refuge dans des camps à l’intérieur du Soudan ou au-delà de la frontière, au Tchad. Elles sont aujourd’hui menacées par la faim et la maladie.

Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, deux personnes ont tuées dans un des ces camps lors d’une opération de maintien de l’ordre menée par l’armée tchadienne.

Nima ELBAGIR

Scène de la guerre civile au Soudan

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