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AFP, 14 août 2013

Egypte : Bain de sang après la dispersion des pro-Morsi

par Samer AL-ATRUSH


Des manifestants fuient devant un véhicule de la police, au Caire, le 14 août 2013

Au moins 149 personnes ont été tuées, mercredi 14 août 2013, en Égypte, dans la dispersion sanglante, au Caire, des manifestations réclamant depuis plus d’un mois le retour du président islamiste, Mohamed Morsi, destitué par l’armée, ainsi que dans des violences qui ont vite gagné l’ensemble du pays. Ce bilan, fourni par les autorités, est probablement bien plus élevé, un journaliste de l’AFP ayant décompté 124 cadavres sur la seule place Rabaa al-Adawiya, QG des manifestants pro-Morsi au Caire. Face à ce bain de sang, le prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradei, a démissionné, refusant « d’assumer les conséquences de décisions avec lesquelles il n’était pas d’accord ».


Egypte

Pour tenter d’endiguer le flot de violence qui a gagné de nombreuses villes du pays en proie à des heurts meurtriers, les autorités ont décrété l’état d’urgence et un couvre-feu dans la moitié des provinces égyptiennes, dont Le Caire et Alexandrie. Outre l’état d’urgence et le couvre-feu décrété dans la moitié des provinces du pays -de 19h00 à 06h00-, le gouvernement a annoncé que le trafic ferroviaire en direction et depuis Le Caire était interrompu pour prévenir de nouveaux rassemblements.

Sur la place Rabaa al-Adawiya, le plus important des deux rassemblements islamistes au Caire, un journaliste de l’AFP a compté 124 cadavres -dont plusieurs atteints par balles- dans une morgue de fortune. Aucun bilan n’était disponible dans l’immédiat pour la place Nahda que l’Intérieur dit désormais contrôler « totalement ». Des correspondants de l’AFP y ont vu quatre cadavres, certains calcinés. Au cours de la dispersion des manifestants, un caméraman de la chaîne britannique Sky News a été tué par balle. Les Frères musulmans ont de leur côté annoncé que la fille âgée de 17 ans d’un de leurs principaux leaders, Mohammed al-Beltagui, avait également été tuée par balle. Au total, les Frères parlent de 2200 morts et plus de 10000 blessés, tandis que les autorités disent avoir recensé 149 décès, dont au moins sept membres des forces de sécurité au Caire, et 1403 blessés à travers le pays et affirment que les manifestants ont ouvert le feu sur la police.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 14 août 2013

En début de soirée, des centaines de pro-Morsi quittaient la place Rabaa, les forces de l’ordre leur ayant ménagé un couloir d’évacuation. Après la dispersion, des heurts avaient lieu dans différents quartiers du Caire et ont fait plusieurs morts dans d’autres villes du pays. À Alexandrie, la deuxième ville du pays dans le nord, des échanges de tirs nourris à l’arme automatique avaient lieu, a constaté un journaliste de l’AFP. Au moins quatre églises ont été attaquées, les militants accusant les pro-Morsi de mener « une guerre de représailles » contre les coptes, dont le patriarche avait lui aussi soutenu la décision de l’armée de destituer M. Morsi, toujours retenu au secret.

De son côté, M. ElBaradei, qui avait apporté sa caution morale à la destitution de M. Morsi, le 3 juillet 2013, par les militaires, a démissionné de son poste de vice-président, mettant au jour les profondes divisions au sein des autorités de transition, installées par la toute-puissante armée. Il avait à plusieurs reprises plaidé pour une solution politique à la crise, répétant que les Frères musulmans devaient participer à la transition. Dans la matinée, une autre figure morale s’était désolidarisée de l’opération meurtrière des forces de l’ordre : l’imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite, qui avait expliqué n’avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l’ordre comptaient employer.

Un manifestant blessé est évacué par un policier et un soldat, au Caire, le 14 août 2013

La communauté internationale, qui avait tenté une médiation pour éviter une issue dramatique au bras de fer entre pro-Morsi et nouveau pouvoir, a condamné l’usage de la violence pour disperser les deux rassemblements de milliers d’islamistes venus avec femmes et enfants réclamer le retour au pouvoir du premier président élu démocratiquement du pays. La Maison-Blanche a condamné « avec force » le recours à la violence et s’est opposée au retour de l’état d’urgence dans le pays en proie à des heurts meurtriers. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a « condamné dans les termes les plus fermes les violences ». Ankara, qui s’était opposé à la destitution de M. Morsi, l’Iran et le Hamas ont dénoncé un « massacre ». Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a dénoncé « la méthode utilisée contre des manifestants pacifiques », tandis que Paris et Berlin lançaient des appels au calme dans le pays où les violences entre pro et anti-Morsi et entre pro-Morsi et forces de l’ordre avaient auparavant fait plus de 250 morts depuis fin juin 2013, essentiellement des manifestants islamistes.

Samer AL-ATRUSH

Scène d’émeute, au Caire, le 14 août 2013

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