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Le Monde, 17 août 2013

Egypte : Un "vendredi de la colère" meurtrier


Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 16 août 2013

Les partisans du président déchu, Mohamed Morsi, ont manifesté, vendredi 16 août 2013, au Caire et dans plusieurs grandes villes, pour dénoncer la répression sanglante menée par la police et l’armée contre les pro-Morsi de mercredi 14 août. Une coalition islamiste égyptienne a elle appelé à des manifestations dès samedi 17 août et prévenu qu’il y aurait des défilés "tous les jours", après de nouveaux rassemblements meurtriers dans toute l’Egypte qui ont fait au moins 80 morts.


Egypte

Les partisans de Mohamed Morsi ont convergé vers la place Ramsès où ils étaient entre 20000 et 25000, selon notre correspondant sur place. Ils défilaient dans une ville cernée par les forces de l’ordre qui verrouillaient les "installations névralgiques" de la capitale. La place Tahrir, foyer de la révolution de 2011, était ainsi entièrement bouclée par les tanks et les barbelés. Des hélicoptères ont survolé la place Ramsès pendant les rassemblements. Les affrontements ont fait au moins 39 morts, selon le décompte effectué par l’Agence France-Presse dans des mosquées attenantes transformées en morgue. Elles accueillaient aussi de nombreux blessés, comme le signalait la photographe du Monde, qui faisait état d’une mosquée "pleine de blessés et de morts" en fin d’après-midi. Des témoins ont rapporté à l’AFP qu’ils entendaient des rafales de mitraillette, y compris dans le centre de la ville. Les télévisions égyptiennes montraient des hommes tirant d’un pont à la kalachnikov, mais il est impossible de savoir s’il s’agissait de manifestants ou de policiers en civil, qui quadrillent la ville avec les soldats.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 16 août 2013

Des combats à l’arme automatique ont également eu lieu dans de nombreuses villes, faisant au moins 31 morts selon des sources sécuritaires citées par l’AFP. Des affrontements ont eu lieu à Alexandrie, Ismaïlia, Damiette, Beni Soueif, Fayoum ou encore dans la ville touristique de Hourghada, au bord de la mer Rouge. D’après un responsable des services de sécurité, 24 policiers égyptiens ont été tués dans les violences en vingt-quatre heures dans le pays. Dans la soirée, à Suez, cinq personnes ont été tuées par les forces de l’ordre et des dizaines blessées lors d’une manifestation bravant le couvre-feu, selon des sources de sécurité. Les autorités égyptiennes ont évoqué un bilan total d’au moins 60 morts dans tout le pays.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 16 août 2013

Pour justifier la répression, le premier ministre égyptien, Hazem El-Beblaoui, a affirmé, dans un communiqué, vendredi 16 août 2013, que "ses membres, les forces armées, la police et le grand peuple d’Egypte sont unis pour combattre le complot terroriste malveillant ourdi par les Frères musulmans". Les forces armées avaient été autorisées par le gouvernement à ouvrir le feu sur quiconque prendrait pour cible la police ou les institutions publiques, comme ce fut le cas, jeudi 15 août, au Caire et dans le Sinaï. Dans son sillage, le Front de salut national, coalition allant de la gauche aux libéraux, avait appelé les Egyptiens à manifester contre les "actes évidents de terrorisme" commis par les islamistes. Des "comités populaires" pro-pouvoir quadrillaient notamment la capitale. Le couvre-feu, instauré mercredi 14 août, est à nouveau entré en vigueur, vendredi 16 août à 19h00. L’état d’urgence est réinstauré pour une durée d’un mois.

Avec AFP, AP et Reuters

Evacuation de manifestants blessés, au Caire, le 16 août 2013

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