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jeudi 25 mai 2017
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rvrsn.wordpress.com, 28 octobre 2013

L’Afrique en slip

par Hervé RYSSEN


Vue de Cape Town, en Afrique du Sud

Le 1er janvier 2001, Alexandre Poussin et son épouse, Sonia, commencèrent leur long périple à travers l’Afrique. Ils avaient en effet décidé de traverser –à pied– tout le continent, du Sud au Nord, en partant du Cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Pendant trois ans, sur plus de 14000 kilomètres, seuls, sans sponsor ni logistique, ils ont traversé tous les pays de l’Afrique de l’Est, jusqu’en Égypte –“dans les pas de l’Homme”– avant de terminer leur voyage au lac de Tibériade, là où, selon les géographes, se termine la grande fracture du Rift africain. Le récit de leurs aventures a été publié sous le titre Africa Trek, en deux volumes, et a connu un important succès de librairie, avec plus de 130000 exemplaires vendus. Alexandre et Sonia Poussin ont été accueillis, nourris et hébergés quasi quotidiennement par de bonnes âmes, de toutes races, de toutes cultures, de toutes religions. Ils en sont sortis amoureux de l’Afrique. Mais leur livre, Africa Trek, montre aussi crûment certaines réalités que l’on ne voit jamais dans les documentaires qui passent à la télévision et qui ne sont jamais évoquées par les militants “tiers-mondistes”, toujours prompts à accuser les autres des malheurs du continent. Nous avons donc décidé de recopier certains passages éloquents de ce livre (les titres de chapitres sont de nous), afin que chacun puisse se faire une idée de ce que peut être l’Afrique, observée de près ; loin, donc, très loin du discours venimeux des intellectuels cosmopolites.


Sonia et Alexandre Poussin

La nouvelle Afrique du Sud antiraciste

Afrique du Sud, au 63ème jour de marche. Alexandre et Sonia sont prévenus par un fermier :

-“Vous entrez dans des régions où il n’y a ni justice, ni police. Tout peut arriver. Il y a quelques années, trois types ont tué mon cousin d’une balle dans la tête sous mes yeux. On venait de les surprendre en train de violer sa fiancée… Beaucoup de fermes isolées se font attaquer : nous sommes des proies faciles. Depuis, j’ai toujours sur moi un petit Beretta”.

Des femmes de fermiers apprennent à se défendre en Afrique du Sud

Ce fermier n’a pourtant rien d’un militant radical :

-“Nous avons été les premiers à crier de joie quand Vervoed [l’idéologue et inspirateur de l’apartheid, le régime de séparation des Noirs et des Blancs qui a eu cours jusqu’en 1992] a été assassiné au Parlement par un Grec… Vous imaginiez en Europe que nous étions tous racistes ? Même si nous l’avions voulu, nous n’aurions pas pu l’être. Quand nous étions injustes et que nous nous comportions mal avec nos gens, nous nous réveillions avec la moitié de notre cheptel décapité… Pendant l’apartheid, nous nous occupions de nos employés, nous leur procurions des habits, nous les emmenions chez le médecin, nous nous occupions de leurs écoles, nous les logions. Chaque année, nous les emmenions au bord de la mer. C’était très paternaliste, mais tout le monde était content. Pas de criminalité ou de problème de violence et de racisme. Tout le monde vivait heureux sur la ferme. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien… Est-ce que vous voudriez aller vous entasser dans ces horribles cases alignées hors des villes, ces nouveaux ghettos que le gouvernement leur construit sans leur donner le moindre espoir de travail ?… Quant à moi, je ne peux pas quitter cette ferme. Dès que je m’en vais, il y a un drame : on est cambriolé par les ouvriers des voisins. Ils s’entretuent. La semaine dernière, nous sommes partis un vendredi soir pour un mariage à Grahamstown, et au retour, une de mes ouvrières avait défoncé le crâne de son mari avec une brique. C’est pas de l’idéologie, ça. C’est du réel ! Et qui a fait cinq heures de route pour le conduire à l’hôpital de Port Elizabeth ? Qui a payé l’opération ? Qu’est-ce que je vais raconter à mon assureur ? Qu’il est tombé du tracteur ? Si je ne fais pas ça, ils vont tous témoigner et dire que c’est moi qui ai donné le coup de brique. Qui va-t-on croire ? Depuis, mon gars est en arrêt de travail, mais sa femme est quand même venue chercher son salaire. Je vous le dis, nous marchons sur des œufs, ici. Et qu’on ne vienne pas nous dire que nous sommes racistes. Ce sont des grands mots des gens de la ville. Moi, j’ai été élevé avec ces gens, nourri au sein de ma nounou, j’ai appris le xhosa avant l’anglais, je fais davantage partie de leur famille que de celle des donneurs de leçons qui se gargarise d’antiracisme mais qui sont verts quand leur fille épouse un Noir”.

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