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oumma.com, 29 octobre 2013

Corruption : Le non-lieu révoltant mais logique de Nicolas Sarkozy

par Ian HAMEL


Nicolas Sarkozy

Les magistrats, qui avaient mis en examen l’ancien président, lui ont finalement accordé un non-lieu. Mais loin de le croire innocent, les juges accablent Nicolas Sarkozy dans leur ordonnance de renvoi.


France

Le 5 février 2007, Patrice de Maistre, membre de l’UMP et gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, fait rapatrier de Suisse 400000 euros en liquide. Il a téléphoné à l’avocat René Merkt qui gère l’argent caché de la milliardaire sur les bords du lac Léman. Le 7 février, Patrice de Maistre rencontre, à 08h30, Eric Woerth, le trésorier de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Le même jour, à 19h30, Eric Woerth a rendez-vous avec Nicolas Sarkozy. Le 10 février, le candidat à l’élection présidentielle se rend, à Neuilly, chez Liliane Bettencourt. Il y retourne le 24 février.

Patrice de Maistre

De simples coïncidences ? Les magistrats qui ont mis en examen Nicolas Sarkozy pour « abus de faiblesse » ne le croient pas une seule seconde. Dans leur ordonnance de renvoi, ils écrivent que ce dernier « avait connaissance de l’état de vulnérabilité particulièrement apparent de Mme Bettencourt », et qu’il a bien essayé par « un comportement abusif » d’obtenir « un soutien financier occulte, nécessairement en espèces » de la part de l’actionnaire principale de L’Oréal. Seulement voilà, comment le prouver ? Il n’y a ni preuves, encore moins d’aveux. « Il n’existe pas de charges suffisantes établissant un lien direct entre le comportement abusif de Nicolas Sarkozy et les actes préjudiciables consentis par Liliane Bettencourt ». En clair, il n’y a pas de photos du candidat à l’élection présidentielle, sortant de l’hôtel particulier de la milliardaire, une enveloppe bourrée de billets de banque dans les mains. Nicolas Sarkozy s’est ensuite bien gardé de déposer de l’argent liquide le lendemain sur son compte en banque… Si l’ancien président s’en sort avec un non-lieu, en revanche, Patrice de Maistre et Eric Woerth, ancien ministre du Budget, sont, eux, renvoyés devant un tribunal correctionnel, mais pour d’autres motifs. Le 9 octobre 2013, Le Monde titre : « Face aux affaires, l’insaisissable Nicolas Sarkozy », et Mediapart : « Sarkozy épargné, Woerth renvoyé ».

Eric Woerth

Journaliste en Suisse, auteur cette année du livre « Les Bettencourt, derniers secrets » (*), je me suis penché sur la philosophie du groupe L’Oréal depuis sa création, en 1909, par Eugène Schueller, le père de Liliane Bettencourt. Pour réussir, répétait-il, il faut de bons produits, un marketing excellent, mais surtout être très proche du pouvoir. Et pour cela, L’Oréal a toujours généreusement arrosé la classe politique. Eugène Schueller est allé jusqu’à financer, avant-guerre, La Cagoule, une organisation fascisante, puis à prôner pendant l’Occupation une collaboration active avec l’Allemagne nazie. À la Libération, le fondateur de L’Oréal a échappé à l’épuration en se rapprochant de certains résistants, comme Pierre Guillain de Bénouville et François Mitterrand. Ce dernier, sans emploi, est devenu rédacteur en chef de Votre Beauté, le journal de L’Oréal. Un emploi très bien rémunéré mais qu’il ne lui demandait guère de travail… Quant à la fille unique d’Eugène Schueller, Liliane, elle a épousé André Bettencourt, le meilleur ami de François Mitterrand. André Bettencourt, journaliste à La Terre française, un journal collaborationniste pendant l’Occupation, a été ministre à de multiples reprises. Il est décédé en 2007. Claire Thibout, comptable de la société Clymène, gérant des avoirs de Liliane Bettencourt, en poste pendant quinze ans, raconte comment les politiciens français, de droite, du centre ou de gauche, se bousculaient pour venir empocher des enveloppes bourrées de billets de banque dans un boudoir aux portes capitonnées au premier étage de l’hôtel particulier à Neuilly. En compensation, le fisc “oubliait“ d’effectuer des contrôles fiscaux. Les Schueller-Bettencourt n’ont jamais été pénalisés par la justice pour avoir fraudé le fisc pendant plus de 70 ans. Comment peut-on imaginer que, dans sa grande générosité, Liliane Bettencourt ait pu oublier “d’aider financièrement“ Nicolas Sarkozy ? Alors que ce dernier a été maire de Neuilly, député de la circonscription, président du conseil général des Hauts-de-Seine ?

Ian HAMEL

(*) « Les Bettencourt, derniers secrets », Les éditions de L’Archipel, 293 pages.

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