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Vous êtes ici Accueil Archives Archives Soudan (1ère partie) : Du 9 février 2004 au 31 août 2004
Reuters, 25 juillet 2004

Soudan : L’attitude des rebelles du Darfour remise en question

par Nima ELBAGIR


Scène de la guerre civile au Soudan

KHARTOUM (Reuters) - Les rebelles du Darfour font obstruction aux efforts pour mettre un terme aux combats dans l’Ouest du Soudan dans l’espoir que le calvaire de milliers de réfugiés obligera la communauté international à intervenir, a affirmé, dimanche 25 juillet 2004, un observateur occidental à Khartoum.

Soudan


"Il est évident que les rebelles pensent que s’ils font suffisamment d’agitation, ils peuvent obliger la communauté internationale à intervenir sur le terrain", a-t-il dit à Reuters sous le sceau de l’anonymat.

Des combattants du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), au Soudan

Les tentatives pour mettre un terme à la guerre civile ont échoué la semaine dernière à Addis Abeba quand les deux groupes rebelles se sont retirés des négociations pour protester contre le fait que le gouvernement ait rejeté leurs six préconditions. L’une d’entre elles portait notamment sur le désarmement des Djandjaouids, ces milices arabes accusées de graves exactions contre les civils et que Khartoum, affirment les rebelles, arme. Le gouvernement, qui parle de son côté de milices hors-la-loi, dit oeuvrer à l’amélioration de la sécurité et de la distribution de l’aide alimentaire au Darfour.

Le village de Tine, bombardé par l’aviation soudanaise, le 26 janvier 2004

Le conflit est à l’origine de la plus grave crise humanitaire actuelle au monde, selon l’Onu qui parle de 30000 morts et de plus d’un million de personnes déplacées.

Un rebelle examine les destructions consécutives au bombardement du village de Tine par l’aviation soudanaise, le 26 janvier 2004

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR) a annoncé, dimanche 25 juillet 2004, qu’il s’attendait à l’arrivée prochaine de 200000 nouveaux réfugiés dans les camps mis en place au Tchad.

Sanctions ?

Washington a élaboré un projet de résolution à l’ONU dans lequel le gouvernement soudanais est menacé de sanctions s’il ne désarme pas les milices. Mais Moscou, Pékin, Islamabad et Alger, membres du Conseil de sécurité, sont opposés au terme de "sanctions" et souhaiteraient que le texte ne comporte qu’une menace d’"actions supplémentaires".

Le Conseil de sécurité de l’ONU

Et samedi 24 juillet 2004 au soir, le chef de la diplomatie des Pays-Bas, qui occupe la présidence tournante de l’Union européenne, a jugé qu’il était trop tôt pour prendre des sanctions. Ben Bot, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, a estimé après une rencontre avec son homologue soudanais Moustafa Osmane Ismaïl que Khartoum devait agir davantage contre les Djandjaouids, responsables d’un génocide au Darfour selon les Etats-Unis. "Elles (les sanctions) ne nous mèneront nulle part à ce stade", a dit Ben Bot, cité par l’agence ANP.

Ben Bot

A Londres, un porte-parole du Foreign Office indiquait, samedi 24 juillet 2004, que Tony Blair avait mené toute une série de consultations avec la communauté internationale sur le Darfour. La Grande-Bretagne, premier bailleur de fonds du Soudan, n’a pas exclu la possibilité d’une intervention militaire. Le chef de l’état-major des forces britanniques, le général Michael Jackson, a été jusqu’à dire qu’il serait en mesure de mobiliser 5000 soldats pour intervenir, le cas échéant, au Soudan.

Michael Jackson

Alexander Downer, chef de la diplomatie australienne, a également dit, dimanche 25 juillet 2004, que son pays était prêt à contribuer à une éventuelle force de paix pour le Darfour.

Alexander Downer

Abdel-Wahid Mohamed Ahmed El-Nour, un des chefs de file des rebelles du Mouvement de libération du Soudan (SLM), a quant à lui réitéré son appel à une intervention internationale. "Les Etats-Unis, l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine doivent venir au Darfour parce que les Djandjaouids continuent d’attaquer les civils et de bloquer la livraison d’aide humanitaire", a-t-il dit à Reuters par téléphone satellite depuis le Darfour.

Le camp de réfugiés de Sissi, au Soudan, le 30 avril 2004

Il n’a pas dit si son mouvement participerait aux pourparlers à Addis Abeba avec le gouvernement qui ont été annoncés, vendredi 23 juillet 2004, par l’ONU.

Des combattants du SPLM, au Soudan

L’autre mouvement rebelle, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), a annoncé, samedi 24 juillet 2004, qu’il ne s’y rendrait que si les Djandjaouids étaient désarmés.

Des réfugiés soudanais au camp tchadien de Bahai, le 8 juillet 2004

"Les rebelles nous provoquent"

Du côté gouvernemental, on interprète ces exigences des rebelles pas leur volonté d’obliger la communauté internationale à agir. "Les rebelles nous provoquent pour qu’on brise le cessez-le-feu et attaquent les convois d’aide gouvernementale pour empêcher les personnes déplacées de rentrer chez elles", a accusé Mohamed Ahmed Abdallah Karrar, chef du renseignement soudanais dans le Nord Darfour.

Le village soudanais de Bandago, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

"Il va être impossible pour le gouvernement de désarmer ou de convaincre les responsables des milices de la nécessité de désarmer si les rebelles continuent de violer le cesse-le-feu", avance pour sa part l’observateur occidental.

Le village soudanais de Korma, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

Depuis sa résidence estivale de Castelgandolfo, le pape Jean Paul 2 a appelé à un sursaut de la communauté internationale. "Comment pouvons-nous rester indifférents ? J’en appelle de nouveau aux autorités responsables et aux organisations internationales pour qu’elles n’oublient pas nos frères durement éprouvés", a-t-il ajouté.

Après de multiples affrontements entre nomades arabes et pasteurs africains, deux mouvements rebelles ont pris les armes en février 2003 dans l’ouest du Darfour.

Nima ELBAGIR

Un nomade soudanais

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