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infosud, 3 décembre 2013

Burkina Faso : Des Africaines brisent la loi du silence sur le sida

par Caroline LEFEBVRE


Vue de Bobo Dioulasso

Elles sont belles, épanouies et… séropositives. Mais si Safiatou, Aisha et Djenaba ont accepté de parler de leur maladie aux patientes des hôpitaux de Bobo Dioulasso, ces Burkinaées la cachent à leur entourage. Aujourd’hui, elles témoignent du tabou entourant toujours le VIH et ses conséquences désastreuses.


Burkina Faso

Pendant plusieurs années, j’ai aidé mon mari, malade, à prendre des médicaments sans savoir que c’étaient des antirétroviraux (ARV). En 2007, alors que j’étais enceinte de jumeaux, il m’a interdit d’aller en consultation prénatale pour éviter que je me fasse dépister. Mes bébés n’ont pas survécu. J’ai fini par faire le test en 2009 : il était positif. Mon mari a reconnu qu’il était infecté. Il est décédé peu après ».

Des victimes du sida

Alors qu’on célèbre dimanche la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’histoire d’Aïsha* résume les ravages du silence qui entoure encore cette épidémie au Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest où le taux de prévalence du VIH est passé de 7 % en 1997 à 1 % en 2012, selon l’Onusida (contre 0,4 % en Suisse). Une maladie honteuse, assimilée à la débauche sexuelle. Une maladie qui fait peur. « Le mot sida, c’est tabou, indique Joséphine*, séropositive âgée de 42 ans. Si tu dis que tu es infectée, tu es rejetée. Personne ne veut boire ou manger avec toi. ­Celles qui cuisinent pour vendre dans la rue perdent leurs clients ». Souvent, les femmes n’osent pas en parler à leur mari. Beaucoup ont été chassées de leur foyer. Agée de 27 ans, Aïsha suit désormais un traitement antirétroviral, gratuit. Elle va bien. Elle a intégré l’équipe de 40 médiatrices envoyées par l’Association espoir pour demain (AED) dans les structures médicales de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays. Formées par des médecins et des psychologues, ces femmes –pour certaines séropositives comme Aïsha– assurent la sensibilisation au dépistage, accompagnent les personnes vivant avec le VIH et annoncent le résultat du test. Un rôle crucial. « Il ne suffit pas de donner un traitement. Il faut beaucoup échanger, pour amener les patients à le suivre correctement, à ne pas renoncer », estime Christine Kafando, qui a fondé AED pour soutenir les enfants et les mères infectés. Première femme à dévoiler publiquement sa séropositivité au Burkina, cette « grande gueule » a fait de la parole une arme contre le sida en témoignant, dès 1997, auprès des malades dépistés. « A l’annonce du résultat, certains restent sidérés. Il faut quelqu’un pour leur tenir la main, leur dire : moi aussi, j’ai le virus, et pourtant je vis », note le Dr Adrien Sawadogo, responsable de l’hôpital de jour dédié à la prise en charge du VIH à Bobo-Dioulasso, qui a fortement impliqué les associations de malades dans son service.

Christine Kafando

Djenaba*, médiatrice âgée de 40 ans, a adopté une phrase clé : « Si tu prends bien tes ARV, tu seras en bonne santé comme moi. » Certains ont du mal à croire que cette mère de quatre enfants, épanouie et joyeuse, est séropositive : « Ils m’invitent parfois à la maison pour voir si je vais manger avec eux. Je montre mes ARV. Je deviens une confidente ». Les médiatrices sont devenues incontournables. « Elles sont plus discrètes, plus habiles pour mettre les patientes à l’aise et les encourager à accepter le traitement », constate Zamiéta Zambélongo, médecin dans un hôpital de Bobo-Dioulasso. Depuis l’arrivée des ARV, en 2000, l’annonce de l’infection n’est plus synonyme de mort certaine. Mais dissimuler sa maladie à son entourage n’aide pas à respecter la prise de médicaments deux ou trois fois par jour à heure fixe. Djenaba sait qu’on ne peut vaincre seul la maladie : « Sans Christine Kafando, je ne serais plus là. Elle m’a aidée à surmonter ma peur, à vivre avec le VIH ». C’est pourquoi elle témoigne à son tour aujour­d’hui… tout en veillant à ce que son secret ne sorte pas de l’intimité de l’association ou de la salle de consultation. Seuls son mari et sa mère sont au courant. Les médiatrices sont des femmes comme les autres.

Caroline LEFEBVRE

* Prénoms fictifs

Obi et sa fille Sheila, âgée de 10 ans, sont toutes deux victimes du sida

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