retour article original

jeudi 23 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Histoire La seconde guerre mondiale en photos
La seconde guerre mondiale en photos 55

La ruée soviétique de la Vistule à l’Oder (janvier-février 1945)


Les troupes soviétiques tirent des roquettes contre les positions allemandes

L’offensive soviétique s’est déclenchée le 12 janvier 1945, à 10h00. Parties de la tête de pont de Baranov, qui mesurait environ 50 kilomètres de large et de profondeur, les forces du maréchal Koniev -10 armées, dont 2 armées de tanks- se sont déployées. Elles représentaient quelque 70 divisions appuyées par 2 armées aériennes.

Un soldat allemand tire contre les troupes soviétiques, en Pologne, en janvier 1945


Au début, la progression a été ralentie par le brouillard qui recouvrait le champ de bataille et forçait l’aviation à rester au sol. Mais ce brouillard a contribué à dissimuler les troupes d’assaut. L’énorme quantité d’artillerie, habilement dirigée, a régulièrement pulvérisé les défenses allemandes.

Le troisième jour, l’attaque soviétique avait atteint Pinczow, à plus de 30 kilomètres de la ligne de départ, et traversé la Nida sur un large front. Puis la phase d’exploitation a commencé. S’engouffrant dans la brèche, les corps d’armée blindés soviétiques se sont répandus dans la plaine polonaise comme un torrent en crue. Pour l’instant, l’élargissement de la brèche était plus significatif que son approfondissement.

Le maréchal Joukov est passé à l’attaque le 14 janvier 1945. Le 15 janvier, Kielce a été prise par une colonne soviétique qui fonçait vers le Nord en contournant l’extrémité des collines de Lysa Gora, menaçant ainsi l’arrière des forces allemandes situées en face du secteur du maréchal Joukov. La veille, ce dernier avait déclenché une double attaque : en direction de l’arrière de Varsovie et en direction de Radom, qui est tombée le 16 janvier.

Des troupes allemandes dans le secteur de Kattenau, le 14 janvier 1945

Gueorgui Konstantinovitch Joukov

Le même jour, les avant-gardes du maréchal Koniev traversaient la Pilica, à moins de 50 kilomètres de la frontière silésienne.

Ivan Koniev

De leur côté, les forces du maréchal Rokossovsky avaient, elles aussi, attaqué le 14 janvier 1945, à partir de deux têtes de pont sur la Narev, et elles avaient percé les défenses protégeant l’entrée Sud de la Prusse-Orientale. La brèche faisait plus de 300 kilomètres de large et, dans l’ensemble, un flot de près de 200 divisions -avec les réserves- avançait maintenant vers l’Ouest.

Constantin Rokossovski

Le développement de l’offensive soviétique

Le 17 janvier 1945, Varsovie est tombée aux mains du maréchal Joukov, qui l’avait contournée de chaque côté et dont les avant-gardes blindées atteignaient presque Lodz.

Les ruines de Varsovie, en Pologne, en janvier 1945

A la fin de la première semaine, l’offensive soviétique s’était enfoncée de plus de 150 kilomètres sur un front de 650 kilomètres.

Dans un effort tardif pour protéger les approches de la Silésie, 7 divisions allemandes stationnées en Slovaquie ont été dépêchées vers le Nord. Mais l’arrivée de 7 divisions supplémentaires sur le versant Nord des Carpates pesait maintenant moins lourd que n’aurait pesé celle de 2 divisions avant le déclenchement de l’offensive soviétique, car la brèche était devenue trop large pour pouvoir être comblée.

Des soldats soviétiques à Cracovie, en Pologne, en janvier 1945

La plus grande partie de la Pologne occidentale est tellement découverte qu’elle donne à l’attaquant un avantage naturel facile à exploiter s’il possède une supériorité d’effectifs ou de mobilité lui permettant de profiter des vastes étendues. Les Allemands avaient profité de cet avantage en 1939. Maintenant qu’ils se retrouvaient sur la défensive, ils manquaient à la fois d’effectifs et de mobilité.

L’évacuation précipitée de la population civile des villes allemandes était un signe montrant que la rapidité de l’avance soviétique avait déjoué tous les calculs et contraint les forces allemandes à renoncer à défendre des positions intermédiaires qu’elles avaient espéré tenir.

Le 20 janvier 1945, les troupes du maréchal Koniev ont franchi la frontière de Silésie et sont entrées en territoire allemand. Le 26 janvier, les troupes du maréchal Rokossovsky atteignaient le golfe de Danzig, sur la côte Baltique, isolant du même coup toutes les forces allemandes de Prusse-Orientale. Les Allemands ont dû se replier sur Königsberg, où ils se sont retrouvés assiégés.

L’artillerie soviétique tire contre les positions allemandes de Danzig

Un canon allemand près de Königsberg

Des Volkssturm à Königsberg, en Allemagne, en janvier 1945

Un pillard pendu à Königsberg, en Allemagne, en février 1945

Le 22 janvier 1945, le maréchal Koniev avait atteint l’Oder sur un front de 65 kilomètres, au Nord de la zone industrielle de Haute-Silésie.

Les troupes soviétiques construisent un pont sur l’Oder, en Allemagne, en janvier 1945

A la fin de la deuxième semaine d’offensive, l’aile droite du maréchal Koniev avait franchi le cours supérieur de l’Oder en de nombreux points, sur une largeur de 100 kilomètres au Sud de Breslau. Toute cette zone était bardée de tranchées, de barbelés, de fossés antichars et de blockhaus, mais il n’y avait pas de forces allemandes pour défendre cette véritable forteresse. Les forces disponibles, ou en train d’arriver, étaient gênées par le flot des réfugiés civils. Les routes étaient bloquées par des épaves de véhicules et des meubles abandonnés.

Un fossé antichar, en Allemagne, en janvier 1945

Les rapports des aviateurs allemands décrivaient l’avance soviétique comme une pieuvre immense plongeant de longs tentacules dans les villes de Silésie. Ils faisaient mention de colonnes interminables de camions chargés de ravitaillement et de renforts et s’étendant à l’infini vers l’Est.

L’avance du maréchal Joukov, au centre, a pris des proportions encore plus menaçantes. Ses forces blindées se sont engouffrées dans le couloir séparant la Vistule de la Warta et, profitant de la surprise, elles ont pénétré dans la chaîne des lacs situés à l’Est de Gniezno, dans la partie la plus étroite de ce couloir, avant que les Allemands aient pu défendre les passages. Le 23 janvier 1945, les forces du maréchal Joukov entraient à Bydgoszcz. D’autres colonnes blindées approchaient de Poznan, où elles ont rencontré une résistance allemande plus vigoureuse. Contournant la forteresse, les forces du maréchal Joukov ont continué leur route vers l’Ouest et le Nord-Ouest. A la fin de la semaine, elles avaient atteint les frontières du Brandebourg et de la Poméranie, à moins de 150 kilomètres de Berlin.

Un canon antichar allemand

La troisième semaine de l’offensive soviétique s’est ouverte avec l’occupation de plusieurs grandes villes industrielles de Haute-Silésie par l’aile gauche du maréchal Koniev, tandis que son aile droite établissait une nouvelle tête de pont sur l’Oder, à Steinau.

Le 30 janvier 1945, les éléments avancés du maréchal Joukov sont entrés en Brandebourg et en Poméranie. Ils ont vaincu la résistance opposée par les Allemands sur l’Oder. Le 31 janvier, l’avant-garde du maréchal Joukov arrivait vers Kustrin, à 65 kilomètres des faubourgs de Berlin. Il ne restait plus qu’un espace de 600 kilomètres entre les forces soviétiques et celles de leurs alliés occidentaux.

Mais les lignes de communication soviétiques, étirées à l’extrême, ont diminué la pression que les troupes soviétiques pouvaient exercer sur l’Oder. Cette situation favorisait les Allemands et multipliait la capacité de résistance de l’amalgame de troupes régulières et de troupes territoriales de Volksturm que le commandement allemand avait rassemblé pour tenir cette ligne. La défense acharnée de Poznan a contribué à bloquer les routes par lesquelles les Soviétiques pouvaient faire parvenir des renforts et du ravitaillement à leurs éléments avancés.

Un canon allemand de 88 mm attend l’attaque soviétique

Février 1945

Au cours de la première semaine du mois de février 1945, un dégel a freiné l’avance des Soviétiques en transformant les routes en marécages. A la fin de la première semaine de février, les troupes du maréchal Joukov avaient atteint l’Oder sur un large front. Elles s’étaient emparées de points de traversée près de Kustrin et Francfort-sur-l’Oder. Mais elles n’avaient pas un poids suffisant pour exploiter la situation et ont dû se contenter d’étroites têtes de pont.

Le 9 février 1945, les forces du maréchal Koniev, agrandissant leurs têtes de pont au Nord de Breslau, ont fait irruption vers l’Ouest, puis obliqué vers le Nord-Ouest en descendant la rive gauche de l’Oder sur un large front. Le 13 février, elles étaient à 120 kilomètres de Berlin. Le même jour, la garnison allemande de Budapest a capitulé, laissant un total de 110000 prisonniers aux mains des Soviétiques.

Le 15 février 1945, les forces du maréchal Koniev atteignaient la Neisse près de sa jonction avec l’Oder et se retrouvaient au même niveau que les éléments avancés du maréchal Joukov.

Mais la défense allemande a à nouveau bénéficié du fait de se retrouver sur une ligne de défense plus courte et rectiligne formée par le cours inférieur de l’Oder et de la Neisse. Le front des Allemands n’avait plus que 320 kilomètres de long, de la mer Baltique aux montagnes de la Bohême. Cette importante réduction de l’espace à couvrir a contrebalancé, dans une large mesure, la réduction des forces allemandes. Derrière le front soviétique, Breslau résistait encore, freinant la progression du maréchal Koniev, comme la résistance de Poznan, enfin tombée le 23 février, avait auparavant freiné la progression du maréchal Joukov.

L’artillerie soviétique tire contre les positions allemandes près de Poznan, en Allemagne, en février 1945

Des soldats allemands dans une localité, en Allemagne, en février 1945

Le maréchal Koniev était arrêté sur la Neisse, tandis que le maréchal Joukov était bloqué sur l’Oder.

Stabilisation provisoire du front de l’Est

Au cours de la troisième semaine de février 1945, le front Est a été stabilisée, avec l’aide des renforts allemands venus du front Ouest et de l’intérieur du pays. Les Soviétiques ont été tenus en échec sur cette ligne jusqu’à ce que l’effondrement allemand sur le Rhin décide de l’issue finale.

Cependant, c’est la crise provoquée par la menace soviétique qui avait amené les Allemands à prendre la décision fatidique de sacrifier la défense du Rhin à celle de l’Oder afin de tenir les Soviétiques en respect. Tous les renforts que les Allemands pouvaient réunir étaient envoyés sur le front Est. Cela a facilité la tâche des alliés occidentaux pour atteindre le Rhin et le traverser.

Suite dans L’effondrement de l’Allemagne

Des soldats soviétiques au camp de concentration d’Auchwitz-Birkenau, en Pologne, le 27 janvier 1945

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source