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Le Monde, 26 décembre 2013

Corruption : Le gouvernement turc fait pression sur la justice


Vue d’Istanboul

Le procureur Muammar Akkar, chargé d’enquêter sur un vaste scandale de corruption qui ébranle depuis quelques jours le gouvernement islamo-conservateur turc, a été dessaisi, jeudi 26 décembre 2013, du dossier, après avoir dénoncé une tentative d’étouffement de l’enquête.


Turquie

L’annonce en a été faite par M. Akkar lui-même, qui en a profité pour livrer aux médias turcs ses quatre vérités dans un communiqué. « J’ai découvert aujourd’hui que j’ai été muté de ma juridiction sans qu’aucune raison ne soit donnée. Tous mes collègues ainsi que le public devraient savoir que, en tant que procureur, j’ai été empêché de lancer une enquête ». Il a notamment mis en cause la police, qui n’aurait pas exécuté les nouveaux mandats d’arrêt qu’il avait lancés à l’encontre d’une trentaine de personnes, dont des députés et des hommes d’affaires. « Par le moyen de la police, la justice a été soumise à des pressions directes, et l’exécution d’ordres donnés par les tribunaux a été entravée ». Pour justifier cette mutation, le procureur général d’Istanbul, Turhan Colakkadi, a expliqué que le magistrat n’avait pas respecté le code de procédure pénale. Selon lui, Muammar Akkar avait donné des informations aux médias et n’avait pas fourni à ses supérieurs des rapports réguliers sur l’avancement de son enquête. Lancée la semaine dernière, la vaste enquête anticorruption qu’il menait a provoqué la démission de trois ministres, dont les fils ont été inculpés. Elle a contraint, mercredi 25 décembre 2013 au soir, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, à procéder en urgence à un vaste remaniement ministériel.

Turhan Colakkadi

Cette enquête se déroule sur fond de guerre ouverte entre le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, et la confrérie du prédicateur musulman Fetullah Gülen, qui fut longtemps son alliée. M. Erdogan a accusé, sans la nommer, l’organisation de M. Gülen, très influente dans la police et la justice turques, de constituer un « Etat dans l’Etat » à l’origine d’un « complot » contre son gouvernement. Une accusation reprise en miroir par l’opposition, qui estime que M. Erdogan cherche à gouverner le pays par l’intermédiaire d’un « Etat parallèle », l’AKP.

Avec AFP et Reuters

Fetullah Gülen

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