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jeudi 23 février 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 56

Fin de la guerre en Italie


Des soldats américains à Prato, en 1945

Sur la carte de l’Italie, les positions d’hiver des Allemands avaient l’air désagréablement semblables à celles de l’année précédente, et presque aussi solides, malgré un recul de quelque 300 kilomètres vers le Nord.

Mais, pour les alliés, les facteurs favorables ne manquaient pas. A la fin de 1944, les alliés avaient franchi la Ligne Gothique. Ils n’avaient devant eux aucune position naturellement forte, ou fortifiée, et ils étaient dans de bien meilleures conditions pour lancer leur offensive du printemps 1945. D’autres facteurs importants contribuaient à rendre les armées alliées relativement beaucoup plus puissantes.


Dès le mois de février 1945, des négociations clandestines, en vue d’une capitulation du front italien, ont été entamées à l’initiative du général Karl Wolff, chef des troupes SS d’Italie. Du côté allié, ces négociations étaient menées par Allen W. Dulles, chef de l’Office of strategic services (OSS) en Suisse.

Allen Welsh Dulles

Les Soviétiques ont exigé de participer à ces négociations. Au mois de mars, elles avaient pris un tour encourageant. Mais début avril, Heinrich Himmler -chef suprême des SS- a mis un terme aux activités clandestines du général Wolff.

Karl Wolff

Le rapport de forces

En mars 1945, le maréchal Kesselring a été remplacé par le général Vietinghoff à la tête du Groupe d’armées.

Les Allemands disposaient de 23 divisions et 4 divisions « italiennes » que Benito Mussolini était parvenu à lever en Italie septentrionale depuis son sauvetage par les Allemands. Mais, en réalité, chacune de ses divisions représentait à peine plus qu’un groupe de combat. Les Allemands avaient 491000 hommes et leurs alliés les fascistes italiens 108000 hommes. Sur le total des troupes allemandes, 45000 hommes étaient des policiers ou du personnel de défense antiaérienne.

Du côté allié, la 5ème armée américaine et la 8ème armée britannique totalisaient environ 536000 soldats, sans compter 70000 Italiens. De plus, les alliés bénéficiaient de l’aide de quelque 60000 partisans qui semaient une grande confusion derrière les lignes allemandes et forçaient les Allemands à prélever des troupes sur le front pour réprimer leurs activités.

Un M10 Wolverine à Terminale, le 3 mars 1945

La maîtrise désormais absolue du ciel était un facteur encore plus important pour les alliés. Leur campagne de bombardement stratégique avait de tels effets paralysants que, même si Adolf Hitler l’avait ordonné, les divisions allemandes auraient eu le plus grand mal à quitter l’Italie pour se rendre sur d’autres théâtres d’opérations.

Cette situation était aggravée par la pénurie croissante de carburant dont souffraient les formations allemandes mécanisées et motorisées. Cette pénurie devenait telle que les Allemands n’étaient plus en mesure de se déplacer rapidement pour combler une brèche comme ils l’avaient fait dans le passé, ni même d’exécuter des mouvements de retardement. Mais Adolf Hitler refusait d’autoriser un repli stratégique, même lorsqu’il était encore possible de le tenter.

La pause de trois mois observée par les alliés, depuis la fin de l’offensive de l’automne 1944, avait amené de grands changements dans l’état d’esprit des troupes. Celles-ci avaient vu arriver une profusion d’armes nouvelles : chars amphibies ; véhicules blindés de transport de troupes Kangourou ; véhicules de débarquement à chenilles Fantail, tanks Churchill et Sherman dotés de canons plus lourds ; tanks lance-flammes ; et un compromis de tank et de bulldozer surnommé Tank-Dozer. Il était également arrivé une grande quantité de matériel pour la construction des ponts et d’énormes réserves de munitions.

Le but des alliés était de balayer les forces allemandes avant qu’elles puissent s’esquiver sur l’autre rive du Pô. Au début du mois de janvier, la 8ème armée britannique avait atteint le Senio, qui se jette dans le Reno près de la mer Adriatique. Il était possible de lancer une attaque blindée dans l’étendue plate d’une cinquantaine de kilomètres qui sépare le cours inférieur du Reno de celui du Pô. On espérait que la 8ème armée parviendrait à ouvrir la voie de la plaine en s’emparant de la zone Bastia-Argenta. La 5ème armée américaine devait attaquer quelques jours plus tard en direction de Bologne. La combinaison de ces deux attaques devait encercler les troupes allemandes en leur coupant la retraite. Le déclenchement de l’offensive alliée était prévu pour le 9 avril 1945.

La dernière offensive alliée en Italie

Les plans de la 8ème armée britannique étaient complexes. On a simulé les préparatifs d’un débarquement au Nord du Pô, afin d’attirer l’attention du général Vietinghoff dans cette direction. Pour renforcer cette impression, des commandos britanniques se sont emparés, début avril 1945, de la langue sablonneuse séparant le lac de Comacchio de la mer Adriatique. Quelques jours plus tard, les petites îles de ce lac étaient occupées.

L’attaque principale, sur l’autre rive du Senio, a été confiée aux Britanniques et aux Polonais. Les Britanniques devaient percer loin en amont, dans l’espoir de prendre les Allemands à revers, puis une partie de leurs éléments devait obliquer vers la droite, contre le bord du couloir de Bastia-Argenta -surnommé la « brèche d’Argenta »-, à l’Ouest du lac de Comacchio ; pendant qu’une autre partie se portait au Nord-Ouest, sur l’arrière de Bologne, pour couper les communications de cette ville avec le Nord du pays. Les Polonais devaient avancer le long de la route No 9, la Via Emilia, menant plus directement à Bologne. La brèche d’Argenta devait être enlevée au moyen d’un assaut direct associé à une manœuvre tournante des Fantail à travers le lac de Comacchio. L’aile gauche de la 8ème armée a commencé son avance vers le Nord en passant par Monte Battaglia.

A partir du 8 avril 1945, le général Vietinghoff a cherché un moyen de capituler, mais il n’y est pas parvenu assez vite pour empêcher le déclenchement de l’offensive alliée.

Dans l’après-midi du 9 avril 1945, un bombardement massif des lignes allemandes a été déclenché par quelque 800 bombardiers lourds et 1000 chasseurs bombardiers, tandis que 1500 canons ouvraient le feu pour une série de tirs concentrés.

A la tombée de la nuit, l’infanterie s’est mise à avancer, pendant que l’aviation tactique clouait les Allemands au sol. Les défenseurs étaient abasourdis par ce déluge de bombes et d’obus. Des tanks lance-flammes accompagnaient l’infanterie, ajoutant encore à l’effet terrifiant de l’ensemble.

Un B-24 atteint par la DCA allemande au-dessus de Lugo, le 10 avril 1945

Le 12 avril 1945, les Britanniques avaient franchi le Santerno et continuaient leur progression. Le 14 avril, les Britanniques prenaient le pont de Bastia avant qu’il ait pu être détruit. Le 18 avril, la brèche d’Argenta était franchie.

L’attaque de la 5ème armée américaine, retardée par le mauvais temps, s’est déclenchée ce même 14 avril 1945. La 5ème armée US devait franchir des arêtes montagneuses avant d’atteindre Bologne et la plaine. Le 15 avril, la progression de la 5ème armée US a été facilitée par le largage de 2300 tonnes de bombes sur les positions allemandes. Mais les Allemands ont continué, pendant deux jours, d’opposer une résistance vigoureuse. C’est seulement le 17 avril que les Américains ont réussi à percer les lignes allemandes et à foncer vers la route No 9.

Effondrement des Allemands

Le 19 avril 1945, tout le front allemand s’effondrait. Les Américains avaient atteint les faubourgs de Bologne et leurs éléments d’exploitation continuaient leur course jusqu’au Pô.

Un M24 Chaffee à Bologna, en avril 1945

La plupart des forces du général Vietinghoff avaient été engagées sur la ligne du front. Il ne disposait guère de réserves, et encore moins d’essence pour les déplacer et enrayer une progression alliée. Il ne pouvait ni stabiliser le front, ni dégager ses forces attaquées. Le seul espoir de les sauver résidait dans une longue retraite. Mais Adolf Hitler a rejeté la proposition consistant à adopter une défense élastique, en se repliant progressivement d’une rivière à l’autre.

Le 20 avril 1945, malgré le refus d’Adolf Hitler, le général Vietinghoff a pris la responsabilité d’ordonner lui-même la retraite à ses troupes. Il était beaucoup trop tard. Au moyen de deux rapides attaques, la plus grande partie des forces allemandes avait été encerclée par 3 divisions blindées alliées. De nombreux Allemands ont pu s’enfuir à la nage, à travers le Pô, mais ils n’étaient plus en mesure d’établir une nouvelle ligne de résistance.

Le 23 avril 1945, au cours d’une réunion, les généraux Vietinghoff et Wolff ont décidé d’ignorer les ordres de Berlin enjoignant de continuer la résistance, et de négocier une capitulation.

Le 25 avril 1945, les partisans italiens ont déclenché un soulèvement général derrière les lignes allemandes. Le général Wolff a ordonné aux SS de ne pas résister à ce soulèvement. Le maréchal Graziani a proposé la capitulation des dernières forces fascistes italiennes. A partir de cette date, les troupes alliées n’ont plus guère rencontré d’opposition à leur avance.

Le 26 avril 1945, les Américains prenaient Vérone.

Le 27 avril 1945, les Britanniques franchissaient l’Adige et pénétraient dans la ligne de défense qui protégeait Venise et Padoue.

Des troupes américaines à Genoa, le 27 avril 1945

Exécution de Benito Mussoline et Clara Petacci

Le 28 avril 1945, tous les cols alpins étaient bloqués par des partisans. Ce jour-là, Benito Mussolini et son amie Clara Petacci ont été arrêtés par un groupe de partisans, près du lac de Côme, puis fusillés.

Les cadavres de Benito Mussolini et Clara Petacci après leur exécution, à Giulino di Mezzegra, le 28 avril 1945

Les cadavres de Benito Mussolini et Clara Petacci pendus en public après leur transfert à Milano, le 28 avril 1945

Maintenant, les troupes allemandes capitulaient partout.

Le 29 avril 1945, les Néo-Zélandais entraient dans Venise. A 14h00, des émissaires allemands ont signé un document prévoyant une capitulation sans conditions le 2 mai à 14h00.

Le 2 mai, les Néo-Zélandais étaient à Trieste.

Bien que leurs succès militaires aient assuré les alliés de la victoire, cette négociation avec les forces allemandes en Italie a accéléré la fin de la guerre, épargnant ainsi des pertes en vies humaines et des destructions.

Une colonne blindée néo-zélandaise près de Trieste, début mai 1945

Des soldats néo-zélandais à Trieste, en mai 1945

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source