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jeudi 27 avril 2017
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mondialisation.ca, 9 janvier 2014

Corruption : Comment Mikhail Khodorkovsky est devenu l’homme le plus riche de Russie

par Peter SCHWARTZ


Mikhail Khodorkovsky

L’oligarque Mikhail Khodorkovsky qui a été gracié, peu de temps avant Noël 2013, par le président russe, Vladimir Poutine, après avoir passé dix ans en prison, est fêté par les politiciens et les médias allemands comme étant un martyr de la démocratie.


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La politicienne des Verts, Marieluise Beck, a dit au micro de Deustchlandfunk que lorsqu’elle s’était pour la première fois entretenue avec Khodorkovsky à Berlin, c’était « un homme que j’avais accompagnée pendant plus de huit ans sur le plan émotionnel », et le fait de le serrer dans les bras « était vraiment très agréable ». Le président du parti La Gauche (Die Linke), Gregor Gysi, a écrit sur sa page Facebook, « Cette grâce est une mesure importante, attendue de longue date et absolument nécessaire ». Le député de Die Linke, Stefan Liebich, a aussi exprimé sa satisfaction quant à la libération de l’oligarque, en critiquant simplement qu’il avait « l’impression que le chef de l’Etat décide de qui va en prison et qui est libéré ». Le ministre des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, a dit au journal Frankfurter Allemeine Sonntagszeitung, « Je me réjouis que Mikhail Khodorkovsky soit en liberté en Allemagne. Tous ceux qui ont joué un rôle dans sa libération méritent des remerciements ». La chancelière Angela Merkel a également salué cette décision. L’enthousiasme qui règne dans les cercles dirigeants allemands à propos de Khodorkovsky en dit plus long sur l’état de la démocratie en Allemagne que sur la situation politique en Russie. L’ascension de ce quinquagénaire à la position d’homme le plus riche de Russie et qui avait pris fin avec son arrestation, en 2003, allait de pair avec des crimes passibles de peines selon la loi allemande.

Angela Merkel

Né en 1963, Mikhail Borrisovitch Khodorkovsky avait, tout comme ses parents, fait des études de chimie puis d’économie. Il avait jeté les bases de sa future fortune en URSS en devenant un responsable de l’organisation de la jeunesse communiste (Komsomol). Sous Gorbatchev, il était permis à des membres sélectionnés du Komsomol d’expérimenter avec le marché et le négoce. En tant que dirigeant de la société du Komsomol NTTM qui fonctionnait selon les principes du libre-marché, Khodorkovsky importait des ordinateurs, des jeans et du cognac bon marché qu’il revendait comme du Cognac cher. Il exportait entre autres des poupées russes. Par la suite, Khodorkovsky et un partenaire trouvèrent le moyen de transformer la monnaie industrielle qui circulait en Union soviétique en roubles. Selon le magazine Der Spiegel, ceci « ressemblait à une autorisation à produire de l’or ». En 1989, il prit la présidence de l’une des premières banques privées de Russie. Elle fut fondée dans le but de créer des réserves financières pour NTTM. En 1990, la banque racheta NTTM en la rebaptisant Menatep-Invest, avec Khodorkovsky comme son PDG. Après la dissolution de l’Union soviétique, à la fin de 1991, les relations de Khodorkovsky avec le président russe, Boris Eltsine, continuèrent de l’aider. En 1993, il fut nommé membre du conseil consultatif auprès du premier ministre, ministre adjoint du Pétrole et de l’Energie ainsi que membre du « conseil de politique industrielle » du gouvernement russe. Le credo du jeune homme alors âgé de 30 ans, date de cette époque : « Nous ne voulons pas cacher que nous sommes inspirés par la richesse. Nos objectifs sont clairs, la tâche a été déterminée : nous voulons devenir des milliardaires. Nous en avons raz le bol de vivre selon Lénine ! Notre idole c’est sa majesté l’argent ». En tant que membre du gouvernement, Khodorkovsky fut impliqué dans la vente d’entreprises, ce qui permit au banquier Khodorkovsky de s’enrichir. Il participa, en 1995, à la réunion ministérielle relative au programme « loans for shares » qui avait fourni le cadre de la privatisation de plusieurs sociétés pétrolières. C’est en 1995 que Khodorkovsky réussit son plus gros coup. Dans une vente aux enchères, Rosprom, une filiale de sa banque Menatep, avait acquis pour tout juste 309 millions de dollars la majorité des actions de la société pétrolière Ioukos, soit une fraction de sa valeur sur le marché. Les enchères étaient organisées par Menatep qui opérait déjà en tant que banque maison de Ioukos. Il s’agissait à plus d’un égard d’une opération d’initié. La valeur de Ioukos grimpa dans un très bref délai au centuple pour atteindre 30 milliards de dollars. En 1996, Khodorkovsky passa de directeur de Menatep à directeur de Ioukos. Tout comme d’autres oligarques, Khodorkovsky assura la réélection d’Eltsine grâce à un soutien financier massif. Ce dernier était devenu un pilier pour les oligarques en leur garantissant un enrichissement effréné grâce au pillage des ressources publiques.

Mikhail Khodorkovsky en compagnie de Boris Eltsine

L’ascension de Khodorkovsky n’était pas seulement fondée sur des liens, des opérations d’initiés et la corruption. A l’image des autres oligarques, il recourait à des méthodes plus brutales. En 2006, le chef de la sécurité de Ioukos fut condamné à 24 ans d’emprisonnement pour une série de meurtres. Poutine avait déclaré à la télévision être convaincu que ce dernier avait agi sur « ordre de son chef ». Néanmoins, les liens de Khodorkovsky avec les meurtres ne purent jamais être prouvés devant le tribunal. L’une des victimes non élucidées de Khodorkovsky fut le maire de la ville de Nefteyogansk. En 1998, en raison de faits de corruption présumée, Ioukos cessa de payer des impôts et versa directement l’argent à des hôpitaux et des institutions similaires. Lorsque le maire s’y opposa, il fut assassiné peu de temps après.

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source