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dimanche 23 juillet 2017
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La Presse, 20 février 2014

Canada : Des syndicats mafieux


Normand Pedneault

Normand Pedneault est le PDG de l’entreprise Paul Pedneault, une compagnie du Saguenay qui soumissionne exclusivement sur des contrats publics dans le domaine du génie civil (trottoirs, structures, ponts et viaducs). Il a éclaté en sanglots, mercredi 19 février 2014 au matin, à la Commission Charbonneau, en racontant un épisode où ses frères Benoit et Daniel se sont fait passer à tabac par des fiers-à-bras qu’il a associé à la FTQ-Construction sur un chantier de la Côte-Nord.


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« Ils ont une fierté qui a été brisée en dedans d’eux », a-t-il douloureusement relaté. « Ce sont des pères de famille. Ce sont des travailleurs de la construction. Ce n’est pas des mauviettes ! Même aujourd’hui, ils ne veulent pas en parler. Le lendemain, ils ne voulaient même pas nous montrer leurs ecchymoses ». Cette affaire s’est produite en octobre 2005 sur le chantier Longue-Rive, où l’entreprise de Normand Pedneault avait remporté un contrat du MTQ pour le remplacement d’urgence d’un ponceau. La raison de cette attaque : il avait embauché des travailleurs de la FTQ-Construction, mais pas ceux « référencés » par le syndicat. La veille, Normand Pedneault avait d’ailleurs reçu un appel d’« avertissement » de la part de Michel Bezeau, représentant du local 791 des AMI (manoeuvres Inter-Provinciaux), affilié à la FTQ-Construction. « Si vous ne changez rien, il va neiger, la tempête va passer », aurait-il menacé. Normand Pedneault n’était pas dans la région le jour de l’attaque. Ses frères, qui sont chargés de projet, dirigeaient les travaux. Entre 40 et 50 hommes se sont présentés sur le chantier. Les employés des Pedneault ont encerclé la machinerie, afin de la protéger du vandalisme. Ils se sont fait sortir à coups de « claques » et de « coups de pieds », a témoigné Pedneault. La cinquantaine d’hommes s’est ensuite dirigée dans la roulotte où se trouvaient ses frères. « Ils étaient accotés dans le coin. Un homme de 300 livres, qui empestait le fond de tonne a brandi son poing à deux pouces de la face de mon frère », a-t-il relaté. « Il a dit : tu n’as pas écouté ce qu’on a dit ». Ils ont été « molestés » a déclaré Pedneault, qui associe cette affaire à la « gang » du dirigeant syndical Bernard « Rambo » Gautier et de son collègue Michel Bezeau. « Ce n’est pas les gens de la Côte-Nord qui sont le problème.C’est une petite gang de pourris qui veulent garder le contrôle », a-t-il conclu avant la pause du diner.

Michel Bezeau en compagnie de Bernard Gautier

Avant de raconter cette histoire bouleversante, l’entrepreneur a étalé d’autres cas d’intimidation et de harcèlement syndical survenus sur la Côte-Nord. Selon Pedneault, « l’effet Côte-Nord » a un impact bien réel sur le coût de réalisation des travaux publics dans la région. « La convention collective s’arrête à Baie-Comeau. Après, elle n’est pas écrite. Tu la discutes », a-t-il témoigné, mercredi 19 février 2014 au matin. « Quand on va sur la Côte-Nord, on sait que ça va coûter plus cher », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas notre premier choix ». L’entrepreneur affirme avoir connu son premier épisode de harcèlement syndical à Sept-Îles, en 1997, alors qu’il dirigeait le chantier d’une station de pompage. Il avait fait venir ses employés réguliers pour réaliser les travaux, un geste que le « comité de chômeurs » du secteur n’avait pas digéré. « Le soir, les gars ne pouvaient pas aller loger dans les hôtels, ils allaient dans les pensions, ils se faisaient trop écoeurer », a-t-il relaté. Devant la pression, Pedneault avait fini par embaucher des travailleurs de Sept-Îles en sous-traitance. Il ne se souvient toutefois pas si un syndicat en particulier était derrière cette campagne de chantage. L’entreprise de Pedneault a remporté quatre contrats sur la Côte-Nord en 2005. Lors d’un contrat de réfection du pont sur la rivière Magpie, il reçoit la visite du syndicaliste Michel Bezeau, de la FTQ. Ce dernier était mécontent du fait que l’un des travailleurs était affilié à la CSN et non à la FTQ. « Ç’a brassé fort », se souvient le témoin. Au printemps 2005, il contacte le dirigeant syndical Bernard « Rambo » Gautier pour lui dire qu’il veut embaucher des ouvriers de la région pour la réalisation d’un contrat de trottoirs. Ne faisant pas affaire avec ses propres travailleurs expérimentés, il a été obligé de doubler la quantité de main d’oeuvre. On lui a aussi imposé un opérateur de pelle qui vivait à 100 km du chantier et qui devait être formé pour opérer la machinerie, en plus de payer son transport. « Rambo m’a dit : c’est nous autres qui placent les gars icitte », dit Pedneault. À trois reprises, des ouvriers ont mis un antigel dans le réservoir à essence. « C’est sûr que c’était intentionnel », pense-t-il. Résultat des manigances syndicales : « Ç’a fait en sorte que sur un contrat où l’on pensait faire 100000 dollars, on a perdu 100000 dollars ». Selon le témoin : « Bezeau et Rambo, ils runnent toute dans le coin ».

Normand Pedneault n’est pas le premier témoin de la commission à faire état du climat de peur qui régnait sur la Côte-Nord. Mardi 18 février 2014, l’entrepreneur Rock Savard, PDG de l’entreprise Construction J & R, a raconté à la commission Charbonneau un épisode de brasse-camarade qui visait à lui faire comprendre que ses ouvriers venus du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’étaient pas les bienvenus dans la région. La semaine dernière, l’enquêteur de la commission, Michel Comeau, a expliqué à quel point il pouvait être pénible pour des travailleurs et entrepreneurs de l’extérieur de la Côte-Nord d’y travailler. Un entrepreneur a raconté avoir été passé à tabac devant 40 personnes après avoir été congédié par cinq employeurs de la FTQ-Construction.

La table est donc mise pour la venue de Bernard « Rambo » Gautier, qui pourrait venir témoigner sous peu, vraisemblablement la semaine prochaine.

Daphné CAMERON

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source