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mardi 23 mai 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 60

Okinawa


Okinawa vu par satellite

Okinawa est une grande île, la plus grande de l’archipel de Riou-Kiou. Elle mesure 100 kilomètres de long pour une largeur moyenne de 13 kilomètres. Elle était donc assez grande pour fournir aux Américains une base terrestre et navale en vue d’une invasion du Japon.

Okinawa se trouvait située exactement à mi-chemin entre Formose et le Japon, à 550 kilomètres de l’un et de l’autre, et à 570 kilomètres de la côte chinoise. Une force établie sur Okinawa menaçait donc ces trois objectifs à la fois, tandis que les avions basés sur l’île étaient en mesure de dominer les approches de ces trois objectifs.

La surface de l’île d’Okinawa était accidentée et boisée, à l’exception de certaines parties du Sud où se trouvaient les aérodromes. Et, même là, il était facile de creuser dans les arêtes de calcaire. L’île d’Okinawa était donc dotée d’une capacité défensive naturelle, qui a été largement augmentée par le renforcement de la garnison, constituée par la 32ème armée du général Ushijima, dont les effectifs ont été portés aux environs de 77000 combattants et 20000 auxiliaires, soit au total près de 100000 hommes dotés d’une artillerie abondante, lourde et légère, et bien disposée dans des sites fortifiés.

Mitsuru Ushijima

Le haut commandement japonais était décidé à défendre Okinawa avec toutes les forces disponibles, et il a adopté une défense en profondeur, comme sur Iwo Jima, en évitant de se battre sur les plages où les navires de guerre américains pouvaient pulvériser les troupes japonaises. Pour la contre-offensive, le haut commandement japonais avait conservé plus de 2000 avions, rassemblés sur les aérodromes du Japon et de Formose, et il prévoyait de faire usage des kamikazes sur une échelle encore jamais vue.


Les derniers préparatifs américains en vue de l’attaque amphibie d’Okinawa -nommée « Opération Iceberg »- étaient en cours avant la fin de la conquête d’Iwo Jima. La date des débarquements avait été fixée au 1er avril 1945, soit à peine six semaines après ceux d’Iwo Jima.

Le haut commandement américain se rendait compte qu’Okinawa serait extrêmement difficile à conquérir, nécessitant le recours à une supériorité numérique écrasante qui impliquerait d’énormes problèmes logistiques. Les Américains prévoyaient d’y débarquer la 10ème armée, récemment constituée sous les ordres du général Simon Buckner, en employant 5 divisions et 116000 hommes dans l’attaque initiale ; 2 autres divisions pour l’exploitation et une huitième division en réserve. Au total, les forces d’assaut -3 divisions de Marines et 4 d’infanterie- représentaient quelque 170000 combattants et 115000 auxiliaires administratifs. En plus d’avoir à vaincre l’opposition de la puissante garnison japonaise, elles auraient à contrôler une population de près de 500000 habitants.

Simon Buckner

Dans le dessein de réduire la menace de la contre-offensive aérienne, l’amiral Mitscher -qui commandait la force de porte-avions rapides- a lancé, du 18 au 21 mars 1945, une semaine avant le débarquement d’Okinawa, une série de raids sur le Japon. Ses appareils ont abattu quelque 160 avions japonais et en ont détruit un grand nombre d’autres au sol, mais au prix de la perte de 3 porte-avions gravement endommagés par des attaques de kamikazes.

Le cuirassé USS Indiana attaqué par des kamikazes

Le porte-avions USS Franklin atteint par deux kamikazes, le 19 mars 1945

La semaine suivante, les Superforteresses B-29 de Guam ont été détournées de leurs attaques massives sur les villes japonaises pour frapper les aérodromes de Kyoushou, la principale île méridionale du Japon.

Un bombardier B-29

Le cuirassé USS Colorado bombarde Okinawa, le 29 mars 1945

Un autre préliminaire important a été l’occupation des îles de Kerama Retto, 25 kilomètres à l’Ouest d’Okinawa, dans l’intention de s’en servir comme base navale avancée, à l’initiative de l’amiral Kelly Turner. L’archipel a été occupé le 27 mars 1945, par une division américaine qui a rencontré peu d’opposition. Le lendemain, des pétroliers arrivaient pour mettre la rade en service.

La flotte britannique du Pacifique -2 cuirassés, 4 porte-avions, 6 croiseurs et 15 destroyers- de l’amiral Bruce Fraser, qui était arrivée sur les lieux à la mi-mars 1945, a été chargée de protéger la zone située au Sud-Ouest d’Okinawa.

Le débarquement

Le 1er avril 1945, après trois heures d’intense bombardement naval et aérien préparatoire, à 08h30 les principales opérations de débarquement ont été déclenchées. Les débarquements ont eu lieu dans la partie méridionale de la côte Ouest d’Okinawa, là où une courte avance permettait d’isoler l’extrémité Sud de l’île. Les Américains n’ont rencontré aucune opposition. A la grande surprise des Américains, à 11h00, les deux aérodromes situés dans la zone de 8 kilomètres de large où avaient lieu les débarquements ont été occupés sans que les Japonais se soient montrés. Le soir, la tête de pont américaine atteignait 15 kilomètres de large et plus de 60000 hommes avaient touché terre sans encombre.

Des soldats américains débarquent à Okinawa, le 1er avril 1945

Le premier jour du débarquement à Okinawa

La conquête de l’île

Les attaques de kamikazes ont commencé dès le début de l’offensive américaine.

Le 3 avril 1945, les Américains avaient traversé l’île. Le lendemain, la tête de pont a été élargie jusqu’à 25 kilomètres.

Du ravitaillement est débarqué à Okinawa, le 4 avril 1945

C’est seulement à partir du 4 avril 1945, lorsque les Américains se sont avancés vers le Sud, qu’ils ont commencé de rencontrer une opposition grandissante de la part des 2 divisions et demie japonaises qui défendaient la partie méridionale de l’île.

A partir du 6 avril 1945, les attaques de kamikazes se sont intensifiées. Ce jouir-là et le suivant, près de 700 avions japonais, dont la moitié de kamikazes, ont été envoyés sur Okinawa.

La fin du Yamato

La journée du 6 avril 1945 a été marquée par la plus remarquable action suicide de la marine japonaise. Le cuirassé géant Yamato a été envoyé à Okinawa avec une petite escorte navale, mais sans couverture aérienne, et avec juste assez de mazout pour son voyage aller. Son approche a été rapidement repérée et maintenue sous surveillance constante, pendant que les porte-avions de l’amiral Mitscher se préparaient à lancer 280 appareils à sa rencontre. Le 7 avril, à 12h30, le Yamato a été soumis à une violente attaque à l’aide de torpilles et de bombes. Il a coulé au bout de deux heures, entraînant d’immenses pertes en vies humaines. Comme le Tirpiz, le Yamato n’a jamais eu l’occasion de se servir de ses grosses pièces contre des cuirassés ennemis et son sort a apporté une confirmation supplémentaire de la fin de l’ère des cuirassés.

Le cuirassé japonais Yamato endommagé après une attaque aérienne américaine, le 7 avril 1945

Le cuirassé japonais Yamato est attaqué par l’aviation américaine, le 7 avril 1945

Le cuirassé japonais Yamato endommagé après une attaque aérienne américaine, le 7 avril 1945

Le cuirassé japonais Yamato explose, le 7 avril 1945

Le croiseur léger japonais Yahagi pendant une attaque aérienne américaine, le 7 avril 1945

Le cuirassé USS Missouri est attaqué par un kamikaze, le 11 avril 1945

Suite de la conquête d’Okinawa

La campagne terrestre a duré plus longtemps. Le 13 avril 1945, les Japonais du Sud d’Okinawa ont lancé une petite contre-offensive qui a été aisément repoussée.

Entre-temps, la 6ème division de US Marines avait facilement progressé vers le Nord, jusqu’à la péninsule rocheuse et boisée de Motobu, où elle a été momentanément arrêtée. Mais les forces japonaises de ce secteur ne comportaient que 2 bataillons et, le 17 avril 1945, leurs positions ont été enlevées. Des groupes ont continué de résister jusqu’au 6 mai, mais la balance penchait nettement en faveur des Américains. Les Japonais avaient eu quelque 2500 tués, contre moins de 250 Marines.

Un soldat américain devant un tank Sherman baptisé "le boucher"

Ces Marines ont cerné l’entrée d’une caverne japonaise et y font sauter une charge explosive

Un Marine attaque une casemate japonaise au lance-flamme

Le 13 avril 1945, un détachement de Marines a atteint l’extrémité Nord d’Okinawa, sans rencontrer d’opposition. Les petites îles voisines ont également été occupées pendant cette période, sans grande difficulté, à l’exception de l’île de Shima.

Des Marines observent un bombardement d’artillerie sur une position japonaise, à Okinawa, le 14 avril 1945

Le porte-avions USS Intrepid en feu après une attaque de kamikaze, le 16 avril 1945

Le 19 avril 1945, 3 divisions américaines d’infanterie ont lancé une attaque contre les positions japonaises situées au Sud d’Okinawa. Mais l’intense bombardement préparatoire, naval, aérien et terrestre, a eu peu d’effet sur les défenses souterraines japonaises. L’avance a été minime et les pertes importantes, même après l’arrivée en première ligne de la 6ème division de Marines.

Un F4U Corsair bombarde au napalm une position japonaise à Okinawa

Un howitzer M1 tire contre les positions japonaises, à Okinawa, le 19 avril 1945

Les carcasses de deux M4 Shermans détruits par l’artillerie japonaise, à Okinawa, le 20 avril 1945

Un Marine vise un sniper japonais

Des observateurs américains dirigent un tir d’artillerie sur une position japonaise, à Okinawa

Cependant, début mai 1945, avec un dédain caractéristique pour l’action défensive, aussi profitable soit-elle, les chefs japonais locaux ont décidé de lancer une contre-offensive, en conjonction avec une nouvelle attaque de kamikazes. Malgré une pénétration des lignes américaines en certains points, la contre-offensive japonaise a été repoussée avec de très lourdes pertes : quelque 5000 morts.

Des Marines avancent sur une colline, à Okinawa

Un M4 Sherman avance sur une route d’Okinawa

Des soldats américains apprennent, à la radio, la nouvelle de la capitulation de l’Allemagne, à Okinawa, le 8 mai 1945

Le porte-avions HMS Victorious en feu après une attaque de kamikaze, le 9 mai 1945

Fin de la résistance japonaise à Okinawa

Le 10 mai 1945, l’offensive américaine a repris, mais ses progrès ont été arrêtés la semaine suivante, par de fortes pluies prolongées.

Le cuirassé USS New Mexico atteint par un kamikaze, le 12 mai 1945

Dans l’intervalle, les Japonais se sont repliés du secteur de Shuri -qui protégeait Naha, la capitale de l’île- pour gagner des positions situées plus au Sud.

Un Marine plante le drapeau américain sur le château de Shuri, à Okinawa, le 29 mai 1945

Début juin 1945, les Américains ont repris leur avance, malgré la boue.

Un Marine court pour échapper aux mitrailleuses japonaises, à Okinawa, le 7 juin 1945

Un Marine dans les ruines de Naha, à Okinawa, le 13 juin 1945

Un F4U Corsair tire ses roquettes contre une position japonaise, à Okinawa, en juin 1945

Vers le milieu du mois, les Japonais avaient été repoussés dans l’extrême Sud de l’île. Là, le 17 juin, leur position fortement défendue, le long de l’escarpement de Yaeju-Dake, a été enlevée grâce à l’emploi de lance-flammes. Le général Ushijima et son état-major se sont suicidés, imités par de nombreux Japonais. Mais, au cours des opérations de nettoyage qui ont suivi, 7400 hommes se sont rendus.

Des soldats américains avec une mitrailleuse Browning M1917A1, à Okinawa, le 18 juin 1945

Un M4 Sherman lance-flamme incendie une grotte tenue par des Japonais

Le total des pertes japonaises a été estimé à 110000 hommes, y compris des habitants d’Okinawa enrôlés par l’armée japonaise. Les Américains ont perdu 49000 hommes, dont 12500 tués, ce qui représente leurs plus lourdes pertes au cours de toute la guerre du Pacifique.

Pendant les trois mois qu’a duré la campagne d’Okinawa, l’aviation japonaise a lancé dix attaques massives de kamikazes. Ces raids ont totalisé plus de 1500 attaques individuelles. D’autres avions ont lancé un nombre presque équivalent d’attaques suicides. En tout, 34 navires ont été coulés et 368 endommagés, la plupart par des kamikazes.

Cette douloureuse expérience a fait naître bien des appréhensions quant à ce qui se passerait lors de l’invasion du Japon proprement dit, et elle a contribué à la décision, prise en juillet 1945, de faire usage de la bombe atomique contre le Japon.

Des soldats japonais capturés par les Américains, à Okinawa

Suite dans La bombe atomique et la capitulation du Japon

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source