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La Presse, 17 avril 2014

Corruption : Le cabinet de Normandeau est au coeur d’une conspiration criminelle, selon l’UPAC

par Vincent LAROUCHE


Sous le gouvernement Charest, le cabinet de la ministre Nathalie Normandeau était au coeur d’une vaste conspiration criminelle qui a permis à de grandes entreprises comme Roche et ses partenaires de s’acheter les faveurs du gouvernement en inondant le Parti libéral de contributions illégales, croit l’Unité permanente anticorruption (UPAC). C’est ce qui ressort des déclarations assermentées d’enquêteurs de l’Escouade Marteau, le bras armé de l’UPAC, rédigées pour obtenir des mandats de perquisition à la permanence du PLQ en juillet 2013. Elles étaient jusqu’ici frappées d’un interdit de publication, mais un juge vient d’autoriser leur dévoilement à la suite de démarches initiées par plusieurs médias, dont La Presse. Elles ne contiennent que des allégations, qui n’ont pas été testées en cour. Personne n’est accusé dans ce dossier pour l’instant. Les documents révèlent que beaucoup de gens sont passés à table. Un grand nombre d’entrepreneurs, ingénieurs, politiciens, fonctionnaires et membres du personnel politique libéral ont fait des déclarations aux policiers, parfois brèves, parfois très longues. Ensemble, ils ont révélé les dessous du stratagème allégué.


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Dans le cade d’une enquête baptisée Lierre, les enquêteurs se concentrent surtout sur l’octroi d’une subvention de 11 M$ par le Ministère des Affaires municipales à la municipalité de Boisbriand, afin que Roche et Infrabec y construisent une nouvelle usine de filtration des eaux. Mais dans le cadre d’une enquête parallèle baptisée Joug, les policiers lèvent aussi le voile sur le fonctionnement du système de financement politique utilisé par Roche et d’autres firmes de génie-conseil. La Presse a déjà révélé, le 26 mars 2014, que le projet Joug s’intéressera aussi à des dons versés au Parti Québécois. Les documents obtenus aujourd’hui révèlent notamment que selon la police :

- La ministre Nathalie Normandeau et au moins un autre décideur politique ont enfreint les règles d’octroi de subventions dans le dossier de l’usine de Boisbriand.

- L’octroi de la subvention de 11 M$, que les fonctionnaires avaient jugé inadmissible, est « le résultat d’un financement politique soutenu depuis 2005 et d’un exercice d’influence politique par différents intervenants auprès de la ministre Nathalie Normandeau et du Parti libéral du Québec ».

- La subvention du MAMROT était conditionnelle au fait que la Ville de Boisbriand utilise la technologie proposée par la firme Roche, pas celle du concurrent BPR.

- Un fonctionnaire est allé au bureau de Roche et en présence d’élus de Boisbriand pour arranger la subvention à la demande du cabinet de Nathalie Normandeau, ce qui est contraire aux pratiques normales.

- Les objectifs de financement imposés aux ministres par le Parti libéral auraient forcé le recours aux dons de la part d’entreprises, ce qui est interdit par la loi.

- Des gens au PLQ auraient tenu une double comptabilité puisque les rapports déposés au Directeur général des élections ne correspondent qu’à une fraction des sommes vraiment amassées.

- Outre le financement politique organisé dans les 125 circonscriptions, la permanence du PLQ avait imaginé un « 127e comté » virtuel où elle comptabilisait l’argent collecté auprès des entreprises de certains secteurs d’activités.

- Une ancienne adjointe administrative du MAMROT a déclaré à la police que tous les employés autour d’elle devaient verser 200 $ par année au PLQ.

- Des preuves relatives à une lucrative activité de financement de Nathalie Normandeau au restaurant Louis-Hébert de Québec sont mystérieusement disparues.

- L’entrepreneur Lino Zambito a payé des billets de cocktails de financement libéraux pour les maires et mairesses de Boisbriand (Sylvie St-Jean), St-Joseph-du-Lac (Alain Guindon), Rosemère (Hélène Daneault) et Catherine Collin (Sainte-Anne-des-Plaines).

- Nathalie Normandeau et un représentant de son cabinet ont profité de ces activités de financement pour remettre aux maires et mairesses des enveloppes confirmant l’octroi de subventions dans leurs municipalités respectives.

- Un ancien chef de cabinet de Nathalie Normandeau a déclaré que la ministre savait que les entreprises s’occupaient de son financement politique.

- Un employé du développement des affaires chez Roche a expliqué que sa firme versait des dons au PLQ à travers Violette Trepanier et au PQ à travers Ginette Boivin. Toutes deux étaient responsables du financement dans leur parti respectif.

- Les dons politiques faisaient partie du modèle d’affaire de Roche et ses dirigeants s’arrangeaient pour détruire les preuves incriminantes à ce sujet, car ils savaient la manoeuvre illégale.

- L’ancien directeur général du PLQ de 1999 à 2003, Joël Gauthier, a avoué que le parti se livrait à ce qu’il appelle du « financement corporatif ».

Certaines de ces informations avaient déjà été mises à jour par l’émission Enquête de Radio-Canada ou évoquées en partie devant la Commission Charbonneau, mais la police a amassé beaucoup de preuve additionnelle dans son enquête, ce qui lui a permis de réunir tous les morceaux du casse-tête.

Vincent LAROUCHE

Nathalie Normandeau

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