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Le Monde diplomatique, 22 avril 2014

Informations internationales : Espionnage électronique, quinze ans d’inertie

par Nicky HAGER


Annulation d’une rencontre entre M. Barack Obama et M. Vladimir Poutine, pressions du gouvernement britannique sur un journaliste du « Guardian » : les informations livrées par M. Edward Snowden sur le système d’espionnage électronique américain n’en finissent pas de faire des vagues. Quinze ans plus tôt, un scandale analogue avait éclaté sans que les gouvernements en tirent de conséquences pratiques.


Edward Snowden

Initiateur de l’une des fuites les plus retentissantes de notre époque, M. Edward Snowden restera dans l’histoire comme celui qui a révélé au monde la surveillance implacable et absolue qui s’exerce sur Internet. En l’espace d’une nuit, des mots comme « métadonnées » (informations sur les données personnelles) ou « Prism » (nom du programme de surveillance) sont entrés dans le langage courant.

Ce n’est pas la première fois que les « grandes oreilles » de l’Agence de sécurité nationale des Etats-Unis (National Security Agency, NSA) défraient la chronique. Il y a quinze ans, elles provoquaient déjà la consternation aux quatre coins du globe après la publication d’une étude du Parlement européen indiquant que « toutes les communications électroniques, téléphoniques et par fax [étaient] quotidiennement interceptées (1) ». Médusé, le grand public découvrait l’existence d’un programme de surveillance mondial baptisé « Echelon » (2). L’affaire fit les gros titres de la presse. On accusa le Royaume-Uni d’utiliser le Quartier général des communications du gouvernement (GCHQ) pour espionner ses voisins européens ; Microsoft fut mis en cause pour sa collaboration avec la NSA. L’affaire culmina avec la création par le Parlement européen d’une commission temporaire d’enquête.

Le siège du GCHQ

L’existence d’Echelon avait été rendue publique dès 1988 par le journaliste britannique Duncan Campbell (3). Son article décrivait un dispositif capable de capter un nombre inouï de communications à travers le monde et de repérer à l’aide de mots-clés les messages susceptibles d’intéresser les services de renseignement : la surveillance à l’échelle industrielle. Paru en 1996, mon livre Secret Power prolongeait ce travail. Mais un article isolé et un ouvrage publié dans la lointaine Nouvelle-Zélande ne suffisent pas à retenir l’attention du grand public. C’est deux ans seulement après la parution du livre qu’un membre du Parlement européen relaya l’information et qu’Echelon fit irruption dans le débat public. Dans ses conclusions de 2001, la commission d’enquête sur Echelon avançait quelques propositions concrètes en vue de protéger l’Europe contre l’espionnage anglo-saxon. Les pays membres de l’Union européenne se voyaient notamment invités à « promouvoir, développer et produire une technologie de chiffrement » accessible à tous leurs citoyens et institutions (4). Le moment paraissait historique : pour la première fois se profilait une action politique d’envergure pour assurer la sauvegarde de la vie privée à l’ère de la surveillance globale. Mais cet espoir se brisa sur une funeste coïncidence : présenté au Parlement européen le 5 septembre 2001, le rapport final de la commission d’enquête fut balayé six jours plus tard par les attentats de New York et Washington.

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