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jeudi 23 février 2017
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AFP, 3 août 2004

Irak : Moqtada Al-Sadr dénonce une nouvelle provocation de l’occupant

Suivi d’un commentaire


Un porte-parole de Moqtada Al-Sadr a qualifié, mardi 3 août 2004, d’"acte brutal et provocateur" les incidents la veille autour de la maison du chef radical chiite et les accrochages entre forces américaines et miliciens chiites dans la ville sainte chiite de Najaf.


"C’est un acte brutal et provocateur qui vise à plonger dans le chaos et l’insécurité la ville sainte et pacifique" de Najaf, a déclaré cheikh Ahmed al-Chaïbani, porte-parole du chef religieux. Selon lui, "les troupes américaines veulent arrêter Moqtada Al-Sadr car il représente le sommet de la résistance à l’occupation" de l’Irak par la force multinationale.

Il a également accusé les troupes américaines d’avoir tenté de pénétrer dans la résidence de Moqtada Al-Sadr à Najaf, alors que, selon lui, ce dernier était absent et se trouvait en lieu sûr. Les soldats américains ont tiré les premiers sur les résistants qui protégeaient la demeure du chef radical chiite, toujours selon le porte-parole pour qui les résistants n’ont fait que répondre aux tirs américains une heure et demie après. A la suite de ces accrochages, six résistants de Moqtada Al-Sadr ont été blessés, il n’y a pas eu de morts, a encore précisé cheikh Al-Chaïbani.

Lundi 2 août 2004, le correspondant de l’AFP avait constaté que les forces américaines avaient encerclé brièvement la maison de Moqtada Al-Sadr, entraînant des accrochages avec les résistants qui lui sont fidèles. Les combats ont causé la mort d’une femme alors que trois personnes ont été blessées, selon Jawad Kazem, directeur de l’hôpital Hakim.

Les militaires américains ont démenti avoir encerclé la demeure du responsable chiite et un porte-parole militaire américain a pour sa part indiqué que la patrouille avait seulement répondu à des tirs dirigés contre elle. "Les informations sur l’encerclement de la maison de Moqtada Al-Sadr sont fausses", a-t-il dit.

Pour sa part, Cheikh Sattar Al-Bahadli, un responsable du bureau de Moqtada Al-Sadr à Najaf a précisé que ce dernier ne se trouvait pas chez lui au moment de l’opération et que deux résistants avaient été blessés, mais il n’est pas clair s’ils font partie des trois blessés admis à l’hôpital Hakim. Il a précisé qu’il n’y avait que des femmes dans la maison et que les forces américaines n’avaient pas essayé d’y pénétrer.

Agence France Presse

Commentaire

Bien qu’ils aient toujours le mot "démocratie" à la bouche, les Américains préfèrent s’appuyer sur des dictateurs et des tortionnaires, selon leur habitude.

Dans la perspective d’élections en Irak, on peut s’attendre à ce que les Américains s’efforcent d’éliminer quiconque est susceptible de faire de l’ombre à leurs potiches.

Les Américains se rendent bien compte que, dans l’hypothèse où des élections auraient lieu, Moqtada Al-Sadr est sans doute le seul candidat susceptible de recueillir une forte proportion de suffrages dans toutes les régions de l’Irak, alors que les autres "leaders" doivent se contenter d’une clientèle ethnique, voire tribale. Ainsi, par exemple, si Massoud Barzani est assuré d’obtenir une majorité des suffrages au sein de l’électorat kurde, il ne peut guère en espérer dans le reste de l’électorat irakien. Il en va de même pour les éventuels candidats sunnites.

Le talon d’Achille de Moqtada Al-Sadr réside dans son attitude par rapport à la liberté religieuse. Il s’agit fondamentalement d’une question de tolérance. Si Moqtada Al-Sadr veut imposer ses conceptions religieuses aux Irakiens, il sera rejeté par eux. Par contre, s’il respecte la liberté d’opinion de chacun, il est assuré d’une écrasante victoire contre ses adversaires potentiels.

Du point de vue des Américains, la pire des hypothèses est celle de l’élection de Moqtada Al-Sadr à la tête d’un gouvernement authentiquement irakien, parce qu’ils ne parviendront pas à le corrompre et qu’il ne tolérera pas la poursuite de l’occupation.

Du point de vue des Américains, l’idéal serait d’organiser des élections après avoir fractionné l’opposition sur des critères tribaux et claniques, en sorte que chacun des candidats opposés à leurs potiches soit minorisé et que les potiches puissent s’incruster au pouvoir en jouant des rivalités entre leurs oposants.

On rappellera qu’à Haïti, les Américains prétendaient décider qui, parmi les Haïtiens, aurait le droit de se présenter aux élections ; et qu’avant la désignation de Gérard Latortue, comme Premier ministre intérimaire, par un "comité de sages" haïtiens, les Américains envisageaient de parachuter un sénateur de New-York à la tête du gouvernement haïtien.

De toute évidence, les Américains n’ont absolument aucun respect pour la volonté populaire, où que ce soit dans le monde, dès lors que cette volonté s’oppose aux intérêts de l’oligarchie américaine.

Le gouvernement des Etats-Unis s’efforce de persuader les Européens qu’ils auraient une obligation morale de s’aligner sur Washington, pour le motif que les Américains ont libéré l’Europe des nazis, pendant la Seconde guerre mondiale.

En réalité, le peuple Américain, de nos jours, n’est pas le même que celui de la Seconde guerre mondiale. Il s’agit d’une génération différente et d’une mentalité différente. Une différence comparable à celle qui existe entre un livre de John Steinbeck et l’indice Dow Jones. Les Allemands ne sont pas non plus le même peuple que celui qui a asservi l’Europe pendant la Seconde guerre mondiale. Il est tout aussi absurde de se montrer complaisant à l’égard des Etats-Unis sur la base des souvenirs de la Seconde guerre mondiale, que de vouloir discriminer les Allemands de nos jours sur la base de ces mêmes souvenirs.

De nos jours, les Etats-Unis constituent la plus grave menace à laquelle la démocratie est confrontée. En cherchant à imposer partout leur politique néolibérale, les dirigeants américains sont devenus les ennemis des peuples.

Lorsque les attentats du 11 septembre 2001 ont eu lieu, la plupart des Européens ont éprouvé un sentiment de solidarité à l’égard des Américains. Si ces attentats avaient lieu de nos jours, il est probable que le sentiment général se résumerait par : "Ils n’ont que ce qu’ils méritent".

Frank BRUNNER

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