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Le Courrier, 12 juin 2014

Corruption : Les habits neufs du conseil d’Etat genevois

Suivi d’un commentaire

par Philippe BACH


Vue de Genève

Le Conseil d’Etat genevois [exécutif cantonal] a présenté, mercredi 11 juin 2014, son programme de législature, la feuille de route qui guidera son action pour les quatre ans à venir. Au-delà de l’aspect convenu de l’exercice -pas d’annonces fracassantes-, ce document donne tout de même le la des politiques publiques qui seront mises en œuvre ces prochaines années.


Suisse

En l’occurrence, le gouvernement cantonal tente de faire du neuf avec du vieux. La stratégie mise en œuvre consiste surtout à contenir la croissance des charges à un taux plus bas que celle prévue pour les rentrées. En gros, un objectif aux alentours de 1,7 % est visé. Selon la bonne fée géométrie, grâce aux bonis ainsi mécaniquement générés, cela devrait permettre au canton de sortir de son manque chronique de revenus évalué à 300 millions de francs. C’est la tactique qui avait perdu le gouvernement monocolore ; c’est celle qui avait réussi à l’ancien grand argentier David Hiler qui surfait sur une vague de croissance.

Les membres du Conseil d’Etat genevois

Cela ne suffit pas à en faire une politique. Pour deux raisons. Tout d’abord, le Conseil d’Etat continue d’occulter les causes de l’impasse financière : les baisses d’impôt successives avoisinent aujourd’hui le milliard de francs de pertes pour les caisses publiques. Et cela n’est pas fini : 600 millions de francs vont se volatiliser lorsque le taux unique d’imposition du bénéfice des entreprises sera mis en œuvre ! Le creusement de la dette n’a rien d’une fatalité, il est la résultante d’une politique cynique.

En l’occurrence, ceux qui paieront la facture sont connus : la fonction publique, les usagers et le citoyen. La première va se prendre la nouvelle grille salariale dans les gencives. Le fameux projet Score. Quelque 65 millions étaient prévus pour financer cette refonte et compenser certains manques à gagner. Abracadabra : ils ont été escamotés mercredi 11 juin 2014. Comme dans la foulée l’Etat entend mieux payer ses cadres –ceux-ci bénéficient déjà d’un quatorzième salaire– ce qui leur sera donné sera ôté à d’autres.

Et les usagers des prestations publiques ont eux aussi du mouron à se faire. De fait, le ton a été donné hier. Un très discret communiqué –la nouvelle méthode du Conseil d’Etat ?– a annoncé, mercredi 11 juin 2014, dans la foulée, que les suppléments d’intégration de l’aide sociale passent de 300 à 150 francs par personne. Cette aide sociale au mérite au nom de laquelle, précisément, on avait mis au fin au Revenu minimum d’aide sociale est maintenant rabotée, au nom d’une prétendue harmonisation des normes suisses. Les 9 millions ainsi pris dans les poches de la population précarisée vont cruellement manquer lors des fins de mois. Et ils annoncent d’autres coupes claires qui rendront la vie plus difficile pour les revenus modestes qui subissent les premiers la crise.

Enfin, les citoyens vont eux aussi être perdants dans l’affaire, puisque le Conseil d’Etat annonce qu’il veut vendre les bijoux de famille : des actifs mobiliers –des actions de la Banque cantonale, voire une privatisation partielle des Services industriels !– ou mobiliers –certains immeubles de la vieille-ville. Du bien commun qui serait ainsi bradé au profit de quelques-uns.

Philippe BACH

vue de la cité des Avanchets, dans le canton de Genève

Commentaire

Le gouvernement genevois est incapable de concevoir une autre politique que la fuite en avant néolibérale, alors même que cette politique se résume à une vaste escroquerie au profit des plus riches.

Dans un premier temps, on accorde des cadeaux fiscaux aux multinationales, sous prétexte de créer des emplois ou sous prétexte de « sauver des emplois » qui disparaîtront de toute façon.

Comme ces cadeaux fiscaux sont un manque à gagner pour les finances publiques et qu’il en résulte un déficit, puis un endettement croissant impossible à résorber, on affecte de « lutter » contre le déficit en taillant dans les effectifs de fonctionnaires et les prestations sociales. Cette politique s’accompagne d’une campagne de calomnies, relayée avec complaisance par les médias, visant à dénigrer les victimes, afin de dissuader toute réaction de solidarité à leur égard. Ainsi, les fonctionnaires sont des paresseux, les chômeurs sont des fainéants, les retraités sont des parasites, les invalides sont des simulateurs, etc...

Ensuite, on invoque « la compétitivité internationale » pour consentir des cadeaux fiscaux supplémentaires aux multinationales, ce qui accroît le manque à gagner pour les finances publiques et aggrave l’endettement de l’Etat. Cette aggravation de la situation sert de prétexte pour davantage de licenciements de fonctionnaires et davantage de coupes dans les prestations sociales. Les victimes sont à nouveau calomniées par l’intermédiaire des mêmes médias complaisants.

En résumé, cette politique consiste à ruiner délibérément l’Etat et à paupériser une proportion sans cesse croissante de la population, au profit des actionnaires des multinationales, ces mêmes multinationales qui financent les campagnes électorales des partis de droite.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

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