retour article original

lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil BD La création des aventures de Buck Danny

BD : La création des aventures de Buck Danny (5ème partie)


Menace au nord. C’est dans cette aventure que fit pour la première fois son apparition un personnage qui n’a cessé depuis de jouer un rôle de plus en plus important dans les aventures de Buck Danny : Lady X.

Façon de parler, d’ailleurs ! Car si son nom et son existence sont évoqués à maintes reprises dans le présent épisode, Lady X est un peu l’« Arlésienne ». A aucun moment, on ne la voit ! C’est seulement dans « Buck Danny contre Lady X » qu’elle révélera enfin son apparence physique et que cette espionne mystérieuse et diabolique prendra corps.


Le début de Menace au nord

Pour la très grosse majorité de nos lecteurs, Lady X est un personnage de pure fiction. Pourtant, rien n’est plus faux ! Lady X n’est pas née de ma seule imagination. Elle m’a été directement inspirée par quelqu’un de bien réel : la célèbre aviatrice nazie Hanna Reitsch, pilote d’essai et Flugkapitän (colonel) de la Luftwaffe durant la Seconde Guerre mondiale.

Hanna Reitsch, la vraie Lady X, était un minuscule bout de femme, haute d’un mètre cinquante et qui pesait quarante-cinq kilos. Mais elle était dévorée d’énergie et d’ambition. Et dotée d’une volonté et d’une opiniâtreté peu communes ; elle voulait devenir médecin-missionnaire. Le hasard en décida autrement.

Le hasard, c’est un stage qu’elle fit en 1931 dans une école de vol à voile à Grunau. Elle se passionna fanatiquement pour le vol sans moteur et révéla de tels dons de pilotage qu’elle participa à des tournées de démonstration en Amérique du Sud et battit plusieurs records du monde féminins de vol à voile, ce qui lui valut d’être recrutée en 1934 comme pilote d’essai par l’Institut supérieur de vol à voile de Darmstadt. Entre-temps, Htler avait pris le pouvoir et Hanna Reitsch devint une de ses ferventes admiratrices.

Hanna Reitsch

Ayant passé ses brevets de pilote d’avion à moteur, elle fut envoyée à l’Ecole de pilotage d’avions de transport de Stzattin. Ses brevets conquis, elle reprit son travail de pilote d’essai, mettant notamment au point les freins de piqué dont seront dotés tous les avions d’assaut de la Luftwaffe.

A la demande du fameux général Udet, c’est elle qui vient tester au Centre militaire de Rechlin les premiers chasseurs « Stuka » qui en seront équipés.

En 1937, elle est chargée du premier prototype allemand d’hélicoptère, le Focke-Hubschrauber FW 61. Sur l’ordre personnel de Goering, elle le présentera en vol, tous les soirs de février 1938, au cours d’un spectacle de cirque sous le gigantesque chapiteau de la Deutschlandhalle de Berlin.

Le Focke-Hubschrauber FW 61 piloté par Hanna Reitsch

En 1939, Hanna Reitsch fait partie de la délégation qui représente l’Allemagne aux célèbres meetings aériens de Cleveland aux Etats-Unis. Elle participe aussi à des vols expérimentaux en Libye. Toutes ces activités ne l’empêchent pas de battre plusieurs records du monde de vol à voile et de mettre au point les premiers planeurs de combat que l’Allemagne utilisera en mai 1940 lors de l’invasion de la Belgique et de la Hollande.

La guerre éclate. C’est Hanna Reitsch qui assume avec un plein succès les essais d’une barre de protection dont doivent être dotés les bombardiers de la Luftwaffe pour cisailler les câbles des barrages de ballons qui défendent les villes d’Angleterre contre les raids aériens allemands. A la suite d’un accident dont elle se tire miraculeusement, Hitler la décore personnellement de la Croix de Fer.

En 1942, Hanna Reitsch teste les premiers avions-fusées allemands, les Messerschmidt Me 163 A et B, qui grimpent à 800 km/h après avoir largué leur train au décollage et atterrissent sur le ventre à leur retour. Un très grave accident l’expédie pour plusieurs mois à l’hôpital.

Fin 1943, elle est enfin debout. On la désigne pour mettre au point les fameuses bombes volantes V1 qui, un an plus tard, sèmeront la terreur sur Londres, ainsi que Liège et Anvers en Belgique. Propèulsées par un stato-réacteur et dotées de gouvernes rudimentaires, ces ancêtres des actuels missiles de croisière décrochent à peine en vol et s’abattent sans que les ingénieurs puissent détecter les raisons de leurs défaillances. Ils imaginent alors de loger un pilote à la place de la charge explosive. L’espace disponible est si réduit qu’ils doivent faire appel à des jockeys entraînés à la hâte. Tous se tueront avant même d’avoir pu communiquer par radio leurs observations. Hanna Reitsch se porte volontaire. Sa taille menue lui permet de s’insérer sans problème dans l’étroit habitacle ménagé à l’avant de la bombe volante. C’est elle qui, au péril de sa vie, détectera la défectuosité du système giroscopique d’autoguidage du V1, qui a provoqué tous les accidents.

Ce vol lui donne l’idée de créer une escadrille de pilotes-suicides qui pourraient guider les V1 avec une totale précision sur des objectifs militaires précis. En février 1944, elle fait accepter son idée à Hitler. Un premier groupe de volontaires de la mort est créé, dont elle fait partie. Ces kamikazes allemands n’auront pas l’occasion d’opérer. Le Troisième Reich agonise.

Hanna Reitsch assumera une ultime mission extraordinaire : elle sera le dernier pilote allemand à se poser le 27 avril 1945 au milieu de Berlin déjà à moitié conquis par les Russes. A bord d’un Fieseler Storch, elle se pose sur une avenue prise sous le feu des canons soviétiques et amène le général Von Greim convoqué par Hitler. Son passager est blessé. Hanna Reitsch passera deux jours dans le bunker où se terrent Hitler et ses derniers fidèles. Elle redécolle le 29, pilotant le dernier avion qui quittera Berlin. La nuit suivante, Hitler se suicide. L’Allemagne capitule sept jours plus tard. Les Américains capturent Hanna Reitsch. Elle passera deux ans en prison.

C’est à partir de cette extraordinaire héroïne que j’ai créé le personnage de Lady X en imaginant ce qu’eût pu devenir ce pilote exceptionnel, nazie farouche, révoltée par sa captivité, si, au sortir de celle-ci, elle eût basculé dans la clandestinité au lieu d’opérer, comme ce fut le cas, un sensationnel rétablissement qui en fit à nouveau la détentrice de nombreux records du monde et lui rendit son grade et ses fonctions de pilote d’essai dans la nouvelle Armée de l’air allemande.

Jean-Michel CHARLIER

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source