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vendredi 28 avril 2017
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BD : La création des aventures de Buck Danny (6ème partie)

par Jean-Michel CHARLIER


Alerte en Malaisie. A l’époque où fut écrit cet épisode, la Malaisie était en proie à l’anarchie. Des territoires entiers, certains même situés à proximité de la capitale de l’Indonésie, Djakarta, échappaient totalement au contrôle du gouvernement central et étaient dominés soit par des bandes communistes puissamment équipées, soit par des sultans, semblables à celui qui est décrit dans la présente histoire et qui, du fait de l’isolement de leur minuscule Etat (l’Indonésie comporte plusieurs milliers d’îles), s’y conduisaient en tyrans absolus.


Des Dayaks de Bornéo

Cette situation est d’ailleurs loin d’avoir disparu. Il y a moins de trois ans, plusieurs savants, dont des Américains, ont péri, massacrés par des coupeurs de têtes Dayaks à Bornéo ou encore par les pirates malais qui les avaient capturés.

La piraterie est un véritable fléau qui continue de régner dans ces mers chaudes, depuis les côtes de Chine et d’Indochine jusqu’à la pointe de la Birmanie et l’archipel des Philippines. Le détroit de Malacca, la mer des Célèbes et la mer de Sulu sont les coins les plus infestés aujourd’hui et l’île d’Amboine est un peu l’île de la Tortue des mers d’Extrême-Orient.

Des navires dans le détroit de Malacca

Parmi les victimes préférées de ces pirates qui opèrent par flottilles entières, les malheureux « boat people » échappés du Vietnam ou du Cambodge et qui cherchent notamment à gagner la Thaïlande ou Singapour avec les misérables biens qu’ils ont pu sauver. Mais les pirates n’hésitent pas non plus à s’attaquer aux cargos europérens, américains ou japonais, notamment ceux qui transportent du matériel radioélectrique ou des biens de consommation faciles à écouler.

L’immensité des zones à contrôler, l’impunité dont jouissent ces bandits, grâce aux innombrables repaires que leur offrent les côtes découpées et les jungles des îles, les espions dont ils truffent tous les ports et qui leur signalent les navires intéressants, ont contraint tous les gouvernements de cette zone d’insécurité, impuissants à extirper le chancre de la piraterie, à recourir au même système que les Alliés utilisaient dans l’Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Tous les navires circulant dans les secteurs menacés sont regroupés en convois, étroitement protégés par des navires de guerre et des avions patrouilleurs. Ils suivent des « rails » rigoureusement fixés, contrôlés en permanence par radar. Rien n’a changé depuis Le Tigre de Malaisie.

Le Tigre de Malaisie

Beaucoup de lecteurs nous ont demandé, à Victor Hubinon et moi-même, pourquoi Buck Danny n’avait jamais dépassé le grade de colonel. Tout simplement parce que, dans toutes les forces aériennes du monde, c’est le dernier grade où un officier supérieur ait encore à effectuer régulièrement des missions et à participer activement à des opérations de guerre.

Un général vole essentiellement derrière un bureau et s’il lui arrive encore de se mettre aux commandes d’un avion, c’est juste histoire de garder la main.

C’est pourquoi, d’aventure en aventure, Buck Danny a conquis l’aigle d’argent, qui est l’insigne de grade des colonels dans l’armée américaine, mais n’a jamais décroché sa première étoile de général.

De son côté, Tumbler a gagné ses galons de capitaine. Restait Sonny Tuckson qui, jusqu’à l’épisode que vous allez lire, était assez inexplicablement resté lieutenant. Sans doute à cause de ses excentricités répétées.

Une scène du Tigre de Malaisie

Nous n’imaginions pas que nos lecteurs eussent spécialement remarqué cette disparité de traitement entre nos trois héros et pussent la ressentir comme une véritable injustice commise vis-à-vis de notre rouquin texan.

C’est pourtant ce qui se produisit. Victor Hubinon et moi avons brusquement reçu une véritable avalanche de lettres nous demandant pourquoi Sonny Tuckson, qui prenait pourtant une part des risques et des dangers égale à celle qu’assumaient ses deux copains, n’avait fait l’objet d’aucune promotion depuis des années, alors que ses ailiers montaient en grade. Ce qui est extraordinaire, c’est que ces lettres de protestation nous tombèrent dessus en rafale, au même moment. Comme si en Belgique, en France, en Hollande, tous nos lecteurs s’étaient donné le mot. Et ils n’y allaient pas avec le dos de la cuiller… C’est un véritable ultimatum qu’ils nous adressaient !

En toute équité, ils avaient parfaitement raison et c’est pourquoi nous avons décidé de leur donner satisfaction. Par chance, Alerte en Malaisie et Le Tigre de Malaisie donnaient à Sonny Tuckson un rôle particulièrement héroïque. C’est donc de façon tout à fait plausible et logique qu’à la fin du second épisode, nous avons pu lui faire décerner, enfin, la double barrette d’argent de capitaine, aux applaudissements de centaines de lecteurs ravis.

Jean-Michel CHARLIER

Une scène du Tigre de Malaisie

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  • Jean-Michel CHARLIER

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source