retour article original

mercredi 22 février 2017
Vous êtes ici Accueil BD La création des aventures de Buck Danny

BD : La création des aventures de Buck Danny (8ème partie)

par Jean-Michel CHARLIER


Top secret. C’est évidemment le fameux Wernher von Braun, père des armes secrètes allemandes et notamment du sinistre V2 qui ravage Londres et Anvers à la fin de la Seconde guerre mondiale, qui servit de modèle à Jean-Michel Charlier pour camper le personnage du savant Von Brantz, le mystérieux héros de cette histoire.


Les Allemands avaient pris une fantastique avance sur les Alliés en matière de fusées. Dès son adolescence, von Braun rêvait d’aller un jour sur la Lune. Bien avant la guerre, il passait le plus clair de son temps à lancer des engins qu’il inventait. Devenu ingénieur, il réussit à convaincre Goering, maréchal de l’Air du Troisième Reich, de lui donner les hommes et les moyens de doter l’Allemagne hitlérienne d’armes révolutionnaires.

A Peenemünde, en Prusse orientale, il créa un gigantesque centre d’essais où il mit au point une série de fusées balistiques dont une, le V3, eût été capable d’atteindre New York.

Wernher von Braun portant une maquette d’un missile V2

Par chance, début juin 1943, un avion de reconnaissance anglais photographia par hasard le site de Peenemünde. Epouvantés, les Alliés découvrirent à quel genre d’essais l’ennemi se livrait sur les bords désertiques de la Baltique. Le 29 juin de nuit, 571 bombardiers de la RAF anéantirent les installations de Peenemünde. Les nazis durent réorganiser la production de leurs armes spéciales dans des usines souterraines proches du camp de concentration de Nordhausen dont les déportés furent utilisés comme main d’œuvre. Beaucoup de ces malheureux furent exécutés à la suite de sabotages. Le considérable retard causé au programme de von Braun et de ses équipes par ces événements sauva le monde libre. Si, comme prévu, V1 et V2 eussent été opérationnels en quantités suffisantes quelques mois plus tôt, le débarquement n’aurait pas pu avoir lieu et les premiers missiles intercontinentaux n’eussent pas tardé à ravager les grandes villes de la côte est américaine.

Essai d’un V-2 sur la base allemande de Peenemünde

De même, un raid des résistants norvégiens aidés par des parachutistes réussit à anéantir en Norvège l’usine qui fabriquait l’eau lourde indispensable aux Allemands pour leur recherche de la bombe atomique. Si cette opération hasardeuse avait échoué, Hitler eût disposé du feu nucléaire dans les premiers mois de 1945. Dans la folie suicidaire qui l’habitait alors, il n’eût pas hésité à anéantir l’Europe.

Lorsque l’Allemagne déposa les armes en mai, von Braun et des centaines de savants et d’ingénieurs de ses équipes prirent le maquis dans les Alpes bavaroises et autrichiennes. Ils redoutaient d’être traités en criminels de guerre…

Mission vers la vallée perdue

Dès avant l’effondrement du Troisième Reich, Russes et Américains avaient parachuté ou infiltré en territoire allemand des agents secrets chargés de retrouver la piste de von Braun et de ses techniciens. Ils brûlaient de récupérer pour leur compte personnel les seuls savants au monde capables de lancer des fusées balistiques. C’est à une véritable course contre la montre qu’ils se livrèrent. Les Américains avaient baptisé leur opération « paper-clip ».

La capitulation allemande va créer des zones occupées par les divers vainqueurs. Elle surprend von Braun et son équipe dans les montagnes du Harz que les troupes françaises sont en train de nettoyer. A bord de leurs véhicules militaires allemands, profitant du désordre, les fuyards foncent jusqu’aux lignes américaines où ils négocient leur reddition. Ils y sont reçus comme des rois.

Persuadé que les Etats-Unis seront tôt ou tard en guerre contre l’URSS, von Braun et ses 180 compagnons savent qu’ils peuvent négocier à n’importe quel prix les secrets militaires inestimables qu’ils détiennent. Ils seront accueillis en hôtes prestigieux aux Etats-Unis, puis installés dans un centre de recherches secret, spécialement créé pour eux et doté d’énormes moyens financiers et techniques à White-Sands, sur la frontière mexicaine. La nationalité américaine leur est immédiatement accordée, ce qui les mettra définitivement à l’abri des poursuites pour crimes de guerre intentées contre eux par les Anglais, les Français et les Hollandais.

Un site de lancement de V-2 à White Sands, aux Etats-Unis, en 1947

En quelques années, ces anciens nazis doteront les Etats-Unis d’un prodigieux arsenal de fusées intercontinentales et spatiales. C’est grâce à von Braun que les Américains pourront débarquer sur la Lune. Von Braun, que tous les pays du monde ont couvert d’honneurs et de gloire, oubliant son triste passé, mourra d’un cancer en 1977.

De leur côté, les Soviétiques ne sont pas restés bredouilles. Ils ont raflé d’innombrables pièces détachées de V2, mais surtout 5000 techniciens allemands des fusées qui ont travaillé à Peenemünde et à Nordhausen. Mais ce sont des spécialistes de second plan. Le seul qui soit de très haut niveau est Helmut Gottrup, l’adjoint direct de von Braun. Il a préféré être le premier en URSS que le second aux USA. Il dotera lui aussi l’Union soviétique d’une gamme de fusées directement inspirées du V2, se vantant d’avoir ainsi rétabli l’équilibre entre les deux grands et évité l’écrasement de l’un par l’autre au cours d’une Troisième Guerre mondiale.

C’est de cette chasse aux cerveaux entre Américains et Soviétiques, pour récupérer von Braun et Gottrup, que s’est directement inspiré Charlier pour écrire les deux épisodes que vous êtes en train de lire.

Jean-Michel CHARLIER

Une scène de Mission vers la vallée perdue

AUTEURS 

  • Jean-Michel CHARLIER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source