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Le Courrier, 27 juin 2014

Corruption : Le gouvernement genevois s’en prend systématiquement aux plus démunis

Suivi d’un commentaire

par Mohamed MUSADAK


L’Hospice Général est le service social du canton de Genève

Le nouveau règlement d’exécution de la loi genevoise sur l’insertion et l’aide sociale (RIASI), qui n’a toujours pas été dévoilé dans son intégralité, réservera-t-il encore d’autres surprises ? Après avoir appris la baisse du montant du supplément d’intégration pour les personnes touchant l’aide sociale et cherchant un travail (nos éditions du 12 et 14 juin 2014), nous découvrons aujourd’hui que celles qui perçoivent une rente AVS [rertraite] ou invalidité verront également leur supplément d’intégration diminué. Il passera de 300 à 200 francs.


Suisse

« Nous parlons là d’une des populations les plus précarisée du canton », estime Jocelyne Haller, membre de Solidarités et députée d’Ensemble à gauche. « Les personnes dont la rente AVS ou invalidité ne suffit pas à vivre ou qui sont en attente d’une réponse du Service cantonal des prestations complémentaires sont contraintes de dépendre de l’aide sociale. Elles recevaient, au vu de leur situation, 300 francs de supplément d’intégration, sans contrepartie d’objectifs à atteindre comme c’est le cas pour les autres bénéficiaires de l’aide sociale », poursuit l’ancienne travailleuse sociale. Le nouveau règlement rabotera d’un tiers « cette prestation essentielle ».

Jocelyne Haller

« Faux », pour Mauro Poggia, conseiller d’Etat [ministre cantonal] en charge des Affaires sociales. « Nous n’allons pas diminuer les prestations sociales », s’agace-t-il pour « recadrer » les choses. « Comme son nom l’indique, nous diminuons un supplément, pas une prestation sociale ». Ressent-il une gêne à diminuer le revenu d’individus au bénéfice d’une rente AVS ou invalidité et qui n’ont presque aucune chance de retrouver du travail ? « S’ils n’ont aucune chance de retrouver du travail, on pourrait tout simplement leur retirer le supplément d’intégration prévu pour inciter les gens à en trouver. Nous ne le faisons pas », rétorque l’élu MCG. Et de poursuivre que « Genève est le canton le plus généreux de Suisse » et qu’il doit « se calquer sur les pratiques des autres cantons suisses ». Seule concession consentie par le conseiller d’Etat, le montant prévu par l’aide sociale pour payer le loyer (qui n’a pas été indexé depuis 2001) : « Mille cent francs pour une personne seule, c’est un peu juste pour payer un loyer à Genève. Il y a quelque chose à faire », reconnaît-il. En attendant, le nouveau règlement d’exécution de la loi sur l’insertion et l’aide sociale, qui permettra au canton de faire 9 millions de francs d’économie, entrera bien en vigueur « sauf si le Grand Conseil nous enjoint à faire autrement ».

Mauro Poggia

Pour inciter la classe politique à se saisir du sujet, diverses associations de lutte contre la précarité vont organiser une manifestation, vendredi 27 juin 2014, à 16h30, devant l’Hôtel-de-Ville ainsi qu’une assemblée des usagers de l’aide sociale, le soir même, à 20h00, à la Maison des associations (15, rue des Savoises).

Mohamed MUSADAK

Commentaire

Le blabla de Mauro Poggia exsude l’hypocrisie. Il feint de déterminer sa politique par rapport à la réalité locale, alors que son discours est purement idéologique. Au même moment, dans le monde entier, tous les politiciens néolibéraux passent leur temps à inventer des prétextes pour tailler dans les prestations sociales tout en stigmatisant les victimes de leur politique. Leurs « justifications » sont similaires à celles invoquées par Mauro Pioggia.

En Suisse, chaque année, les responsables cantonaux des services sociaux se réunissent et, invariablement, ils s’accordent pour estimer que les pauvres ne le sont pas assez. Chaque année, ils trouvent le moyen de raboter les prestations sociales. Le canton qui verse le moins aux plus démunis est cité comme un exemple à suivre, tandis que les autres sont présumés « trop généreux », et cela alors même qu’on parle de personnes dont le revenu représente « le minimum vital ». On mesure le cynisme de ces gens et leur absence de scrupules. Les mêmes ne voient aucun inconvénient à ce que leur propre salaire, déjà très confortable, soit régulièrement augmenté.

Mauro Pioggia pousse l’hypocrisie jusqu’à prétendre qu’il ne touche pas aux prestations sociales, mais seulement à un « supplément d’intégration ». Or, pour les personnes concernées, ce supplément fait bien partie de leur revenu et leur manquera pour payer leurs factures. Ce n’est pas avec du blabla hypocrite qu’ils vont pouvoir se loger, se nourrir et se vêtir. Quant à la prétendue « générosité » du canton de Genève en matière d’aide sociale, elle est d’autant plus relative que Genève est l’une des villes les plus chères du monde. En raison de la pénurie chronique de logement, il est quasiment impossible de trouver un appartement dont le loyer soit à la portée des plus démunis.

A Genève comme presque partout dans le monde, l’Etat est sous la coupe d’une oligarchie foncièrement malhonnête et corrompue, au sein de laquelle on se fréquente entre soi, on se distribue les places, les prébendes et les subventions, tout en prêchant « la rigueur » à une population traitée avec le plus complet mépris.

Frank BRUNNER

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