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lundi 27 février 2017
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BD : La création des aventures de Buck Danny (10ème partie)

par Jean-Michel CHARLIER


Le retour des Tigres Volants, les Tigres Volants à la rescousse. En juillet 1945, le général Claire Lee Chennault, le légendaire et prestigieux fondateur des « Tigres volants », est « démissionné » par le Pentagone pour… surdité ! Il est en fait victime d’un complot que le général « Vinegar » Stilllwell, limogé de son commandement en Chine pour incapacité, a ourdi contre lui. C’est la deuxième fois que la carrière militaire de Chennault est brisée pour le même motif ! La première fois, c’était en 1932, à l’époque où, simple capitaine, Chennault prônait les nouvelles tactiques du combat aérien qui allaient triompher en 1940, mais qui, huit ans plus tôt, faisaient l’unanimité de l’état-major de l’US Air Force contre lui. Cet ancien instituteur est devenu pilote presque par hasard. Il a depuis parcouru un chemin considérable.


Claire Lee Chennault

Début 1941, il a sauvé la Chine à la tête du groupe de pilotes américains volontaires baptisé « Les Tigres Volants » qu’il a amenés à Tchang Kaï-chek. Réintégré dans l’armée de l’air avec le grade de général en décembre 1941, il a bientôt pris le commandement de la puissante XIVe Air Force qui vole, elle aussi, sous l’insigne des « Tigres Volants ». Et au moment où, en pleine gloire, celui que les Chinois ont surnommé « Grande Vertu et Grande Bonté » est mis d’office à la retraite, Chennault est en Chine une sorte de proconsul qui règne en maître absolu sur les forces aériennes américaines et chinoises qui se battent sur le continent asiatique.

Ce serait mal connaître ce vieux tigre que de croire qu’il va digérer en silence l’affront qu’on lui a fait en ne l’invitant pas à la signature de la capitulation japonaise et aux fêtes de la Victoire en Chine. Un affront tel que le général MacArthur lui-même s’en offusquera et demandera haut et fort : « Mais qui où donc le général Chennault ?... ».

L’intéressé est déjà occupé à prendre sa revanche. Dès le début de 1946, son vieil ami Tchang-Kaï-check l’a chargé de réorganiser les lignes aériennes intérieures de la Chine. Chennault crée aussitôt la CAT, qui sera la première compagnie civile sino-américaine.

Le début du Retour des Tigres Volants

Mais, dès 1948, la guerre civile éclate entre les communistes de Mao Tsé-toung et les forces nationalistes. En 1949, Mao balaie du continent les dernières troupes de Tchang-Kaï-check. Les avions de la CAT assureront l’évacuation de centaines de milliers de personnes sur Taiwan et la CAT va devenir bientôt la « Flying Tigers Line », une nouvelle version de choc des vieux « Tigres Volants ».

Fin 1949, la tragédie chinoise s’achève ! Mao Tsé-toung et ses troupes occupent toute la Chine continentale. Les avions de transport civils se sont presque tous réfugiés à Hong Kong pour ne pas tomber entre les mains des communistes. Ces quatre-vingt-dix appareils, dont beaucoup appartiennent à la CAT, sont des cadeaux du gouvernement américain à Tchang Kaï-chek ou ont été achetés avec des fonds américains. Les Rouges les réclament, se considérant désormais comme le seul pouvoir légitime du pays. Désireux de maintenir Hong Kong à l’abri de toute menace d’invasion, les Anglais sont prêts à les céder au gouvernement de Pékin. Au point que des étoiles rouges ont déjà été peintes sur les fuselages et les plans des avions nationalistes chinois saisis par le gouvernement britannique.

Le sang de Chennault ne fait qu’un tour. Ces avions sont américains et ils le resteront. Il débarque à Hong Kong, remue ciel et terre, intente treize procès internationaux, assigne le gouverneur du territoire devant la Justice, fait jouer toutes ses relations à Washington et à Londres, bref : soulève un tel scandale que les Anglais font marche arrière. Tous les avions civils chinois bloqués à Hong Kong seront embarqués à bord d’un porte-avions américain accouru dare-dare. Une partie des appareils seront restitués à Tchang Kaï-chek. Le reste sera rapatrié aux Etats-Unis et constituera le noyau de la « Flying Tigers Line », une très mystérieuse compagnie de transports aériens contrôlée par d’anciens « Tigres Volants », qui fournissent également l’essentiel des équipages.

Un Douglas DC-3 de la Flying Tigers Line

En quelques années, cette compagnie deviendra l’entreprise de « charters » la plus puissante du monde. La plus discrète aussi. La plupart des vols qu’elle effectue à la commande sont des transports militaires très particuliers dont ne peut se charger le très officiel « Military Air Transport » de l’US Air Force.

Les « Flying Tigers » nouvelle version joueront un rôle considérable –mais toujours en coulisses- pendant toute la guerre de Corée. Et surtout, ils interviendront durant la guerre d’Indochine pour le compte des Français. Basés à Haiphong et dotés d’équipages mercenaires exclusivement américains, les avions des « Flying Tigers », plus puissants et dotés d’une autonomie plus grande que les rares avions de transport militaire français, effectueront un nombre considérable de missions sur les arrières viêts pour approvisionner en munitions les maquis anti-Viêt-cong des hauts plateaux. Ils seront aussi les derniers à ravitailler par air, sous un feu d’enfer et jusqu’au dernier jour, le camp retranché de Diên-Biên-Phu, cerné et assiégé par le général communiste Giap.

Le début des Tigres Volants à la rescousse

Chennault rêve de faire encore mieux : créer une force d’intervention privée, l’International Volunteer Group, calquée sur son American Volunteer Group de 1940. Dotée d’une centaine d’avions de combat de tous types, recrutant ses pilotes volontaires parmi les as américains, anglais, allemands, tchèques, polonais voire japonais de la Seconde guerre mondiale, cette IVG interviendrait sur simple demande dans tous les pays menacés par le communisme. Le projet était déjà très avancé quand, le 27 juillet 1958, un cancer de la gorge emporta le vieux baroudeur en quelques semaines.

Tigres volants contre pirates

C’est en s’inspirant à la fois des aventures occultes de la « Flying Tigers Line » et du projet du général Chennault de créer un « International Volunteer Group » que Jean-Michel Charlier a écrit la série de trois albums.

Comme les nouveaux « Tigres Volants » dont rêvait celui que ses pilotes surnommaient affectueusement « Old man » (le vieil homme), Buck Danny et ses pilotes ont ici troqué leurs uniformes américains pour des uniformes de fantaisie et ne sont plus que des mercenaires mis à la disposition d’un roitelet asiatique pour l’aider à consolider un trône branlant, menacé à la fois de l’intérieur et de l’extérieur.

Quant au pays où est censée se dérouler l’action, il est transparent : Vien-tân est à peu de choses près l’anagramme du Viet-nam. Charlier, à qui la censure avait formellement interdit l’Indochine comme décor de ses héros américains, Charlier donc s’est ici fait plaisir et a pris une mince revanche sur sa frustration. Car la guerre d’Indochine eût été pour lui l’amorce d’une série de scénarios dont il dit lui-même qu’ils eussent été parmi les meilleurs de la longue saga de son trio de pilotes. Il suffit de voir d’ailleurs ce que les auteurs américains en ont tiré dans des films comme « Apocalypse Now », « Deer Hunter » et autres « Rambo ».

Une scène de Tigres Volants contre pirates

Certaines des autres péripéties de cette trilogie consacrée aux nouveaux « Tigres Volants » s’inspirent également de faits réels. Ainsi, l’attaque de temple où sont détenus Sonny Tuckson et le sergent Stirling est calquée, du moins pour sa première partie, sur la fameuse « Opération Jéricho » menée par des bombardiers anglais Mosquito durant la dernière guerre, en liaison avec la Résistance française, pour délivrer de la prison d’Amiens de nombreux résistants promis à une proche fusillade. Opération qui fut couronnée de succès. C’est à rapprocher aussi de l’attaque d’un pilote belge solitaire qui mitrailla le siège de la Gestapo bruxelloise, à l’avenue Louise.

Quant aux rapports difficiles entre les Américains volontaires et des Vientanais, ils s’inspirent directement de ceux qui, jusqu’en 1944, opposèrent les aviateurs américains en Chine à l’état-major arrogant et totalement corrompu de Tchang Kaï-chek, qui escamotait à son profit, et pour les revendre au marché noir, une grande partie des maigres fournitures militaires acheminées à grand péril et à grands frais depuis l’Inde pour ravitailler les forces alliées en Chine.

Jean-Michel CHARLIER

Une scène de Tigres Volants contre pirates

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source