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mercredi 26 avril 2017
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BD : La création des aventures de Buck Danny (11ème partie)

par Jean-Michel CHARLIER


Opération Mercury et Les voleurs de satelites. C’est la longue visite qu’il fit en 1962 aux principaux centres spatiaux des Etats-Unis qui inspira à Jean-Michel Charlier les trois premiers épisodes de cet album. Il séjourna à Cap Canaveral, qui ne s’appelait pas encore Cap Kennedy, et à Brooks AFB, près de San Antonio, où la NASA mettait au point les techniques de pilotage et de survie dans l’espace –voire même déjà sur la Lune- et entraînait ses premiers astronautes. Elle s’efforçait, dans l’ignorance totale des problèmes qu’allait rencontrer le colonel Glenn, choisi pour le premier vol spatial habité, d’improviser des solutions applicables à toutes les situations envisageables.


Le début d’Opération Mercury

L’entraînement, qui s’est beaucoup allégé depuis, était proprement hallucinant. Ainsi, pour habituer les astronautes au silence intersidéral, on les enfermait des heures dans de grandes chambres si bien insonorisées qu’on n’y percevait plus le son de sa propre voix. Les chiens y mouraient d’angoisse au bout d’une heure ! On cloîtrait un mois durant un équipage de trois hommes dans un caisson où ils ne pouvaient pratiquement pas bouger, mangeant d’horribles concentrés d’algues vertes et buvant leur sueur et leur urine, chimiquement retransformées en eau potable. On jetait les futurs astronautes dans une piscine dont le liquide équilibrait le poids du corps humain, après leur avoir aveuglé les yeux, bouché totalement les oreilles et sans qu’ils puissent avoir le moindre repère tactile. Ils y tombaient dans n’importe quelle position et, se basant uniquement sur leurs perceptions sensorielles profondes, devaient se remettre à la verticale dans un temps donné. Pour aiguiser les réflexes des futurs pilotes de capsules, on les ficelait chacun sur une planche basculant autour d’un axe dans un camion où régnait une obscurité absolue et qui tournait à toute vitesse sur une aire de béton pour créer artificiellement une certaine apesanteur. A intervalles irréguliers, un flash très bref s’allumait et, durant la seconde que durait cette brève illumination, les astronautes attachés sur leur planche mobile devaient tenter avec une aiguille à tricoter de piquer le centre d’une cible placée devant eux sur l’une des parois du camion.

Ce n’est qu’un bref aperçu des tortures quotidiennes infligées aux candidats pour l’espace. Et cela durait des mois !

Alerte à Cap Kennedy !

Au cours de son séjour à Cap Canaveral en 1962, Jean-Michel Charlier avait eu la primeur de la projection d’un film réalisé par la NASA et réunissant uniquement les images de lancements de fusées ratés. C’était hallucinant !

Certaines éclataient sur le « pad » de tir ; d’autres à quelques mètres du sol ; d’autres partaient en tire-bouchonnant avant d’exploser ; d’autres enfin, basculant cul par-dessus tête, revenaient percuter le sol à toute vitesse et finissaient dans un effroyable embrasement qui projetait leurs débris sur des kilomètres.

Le début d’Alerte à Cap Kennedy !

C’est ce film et l’étude du système complexe qui permettait de suivre la course des fusées et des capsules spatiales qui inspirèrent Charlier pour l’écriture de cet épisode. Il faut y ajouter l’affaire qui défrayait l’actualité de l’époque : l’installation de fusée soviétiques à Cuba. Découverte par des avions-espions américains, l’existence de ces bases de lancement russes à 140 kilomètres des côtes de Floride mit le monde au bord de la troisième guerre mondiale. Mais heureusement, la fermeté du président Kennedy fit plier les Russes, qui rembarquèrent leurs missiles. De là à imaginer qu’en plus de ces fusées une station de brouillage géante avait été installée dans une des innombrables îles des Caraïbes devenues indépendantes à l’époque, il n’y avait qu’un pas que Charlier franchit allègrement. De faits absolument réels naquit ainsi l’île d’Inagua -un nom inventé, évidemment- et ses inquiétants occupants.

Deux A-5A Vigilante sur le porte-avions USS Enterprise

A noter également que c’est dans cet épisode que Buck Danny et ses équipiers commencèrent à voler sur A-5A « Vigilante » qui comptaient à l’époque parmi les avions les plus récents et les plus performants en service dans l’US Navy. Quant aux chasseurs inaguayens, vous aurez sûrement reconnu d’emblée des « Migs » 21 d’origine soviétique.

Jean-Michel CHARLIER

Des Mig-21

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source