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dimanche 30 avril 2017
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BD : La création des aventures de Buck Danny (12ème partie)

par Jean-Michel CHARLIER


Le mystère des avions fantômes. Tout au début des années 1960, une étrange histoire commença à circuler aux Etats-Unis dans les milieux aéronautiques et fut bientôt reprise par la presse. Des pilotes de compagnies aériennes reliant l’est du pays à la côte du Pacifique affirmaient avoir fugitivement aperçu un avion énorme et d’un type totalement inconnu qui leur coupait la route ou les dépassait à une vitesse absolument stupéfiante : double, au moins, de la vitesse des chasseurs les plus rapides existant alors dans le monde. Sans immatriculation, ces appareils d’un noir d’encre apparaissaient puis disparaissaient comme l’éclair. Ces rencontres insolites s’étaient déroulées au-dessus des déserts montagneux qui constituent l’essentiel des territoires du Nevada, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique.


Le début du Mystère des avions fantômes

On commença par accuser d’hallucinations les témoins de ces vols fulgurants toujours effectués de nuit. Puis, les observations se multipliant, les hypothèses les plus folles furent échafaudées : engins venus d’un autre monde, appareils soviétiques d’un type révolutionnaire, etc…

C’est seulement en février 1964 que le Président Johnson se décida à révéler la vérité : une vérité d’ailleurs mitigée de mensonge. Il avoua que l’US Air Force avait mis au point un avion de combat révolutionnaire, l’A-12, capable de voler à quatre fois la vitesse du son et à une altitude jamais atteinte jusqu’alors.

Un Lockheed A-12

Charlier n’en connaissait guère plus quand cette révélation lui donna l’idée d’écrire une histoire consacrée à ce mystérieux avion, sur lequel un secret absolu avait pesé pendant quatre ans ! Comme tout le monde, à l’époque, il ignorait alors que l’A-12 était en fait un avion-espion, commandé par la CIA pour survoler le territoire soviétique en restant hors d’atteinte de n’importe quel chasseur ou missile anti-aérien adverses. Ce que lui permettait son altitude de croisière de 25 kilomètres, ses formes fuyantes et son revêtement de titane difficilement détectable par les radars.

Depuis l’A-12, devenu le YF-12, puis le SR-71, long de 32 m 74, pesant 77 tonnes et baptisé « Black Bird » (oiseau noir), a encore amélioré ses performances. En 1974, un SR-71 reliait New-York à Londres en 1 h 55. Plus récemment et malgré plusieurs ravitaillements, un autre a effectué un tour et quart du globe en 10 h 30 ! Mais les initiés prétendent que les performances réelles du SR-71 sont tenues secrètes et officiellement très minorées. Il serait capable d’atteindre les 30 kilomètres d’altitude et de frôler Mach 5 !

Un SR-71

Toutes choses que Victor Hubinon et Jean-Michel Charlier ignoraient quand ils réalisèrent, à partir de quelques photos et de données imprécises, « Le mystère des avions fantômes ». Ils étaient les premiers à traiter le sujet en dehors de quelques rares spécialistes. Mais on dit que l’un des prochains Buck Danny de Charlier et Bergèse sera consacré aux SR-71 toujours en service.

Alerte atomique

C’est un fait réel qui inspira à Jean-Michel Charlier les deux premiers épisodes de cet album.

Au début des années 1960, un bombardier américain, basé en Europe, perdit accidentellement une bombe atomique dans les eaux territoriales espagnoles, au large de Palomarès. L’incident eut un retentissement considérable. Craignant une pollution nucléaire, l’Espagne, soutenue par plusieurs pays limitrophe de la Méditerranée, protesta violemment, et les Américains, qui craignaient que leur bombe fût récupérée par d’indésirables et discrets bâtiments soviétiques, dépensèrent des millions de dollars pour la repêcher.

Une scène d’Alerte atomique

C’est aussi l’époque où des pays même de taille modeste s’efforçaient par tous les moyens d’accéder à la puissance nucléaire, d’Israël à la Chine, en passant par l’Afrique du Sud, l’Inde, le Brésil et bien d’autres. Et la possession d’une seule bombe atomique pouvait être un extraordinaire moyen de chantage et de menace.

Quant à la récupération d’un pilote au sol au moyen d’un ballon tendant un filin que croche un C-130, elle n’a rien d’imaginaire. Les Américains avaient mis au point cette technique qu’ils utilisèrent notamment au Viêt-nam.

L’escadrille de la mort

Cet épisode comporte un certain nombre de choses qu’il paraît important de souligner.
Tout d’abord, le système de visée, inspiré à Tumbler par la Lune brillant entre les arbres, n’a rien d’une fiction et ne doit rien à l’imagination fertile de Jean-Michel Charlier. En fait, ce viseur de fortune –mais qui se révéla parfaitement efficace- fut inventé par l’officier bombardier de l’un des quadrimoteurs anglais chargés d’attaquer les barrages de la Ruhr, en 1944, avec d’énormes bombes de rupture, fabriquées pour la circonstance et qui pesaient dix tonnes. Aucun des systèmes classiques de visée ne pouvaient permettre de les larguer avec suffisamment de précision pour qu’au bout de leur trajectoire et après avoir ricoché sur l’eau, elles frappent le pied des barrages. Après s’être torturé l’esprit, le responsable de la conduite du bombardement trouva la solution que le scénariste a reprise ici (voir page 66).

Le début de l’Escadrille de la mort

De même que l’acrobatie à laquelle Sonny Tuckson est forcé de se livrer pour libérer la bombe, restée à moitié accrochée dans la soute, n’a rien d’imaginaire. Cette opération hautement périlleuse fut accomplie à plusieurs reprises durant la dernière guerre par des équipages de bombardier, dont l’appareil avait été endommagé par la DCA ennemie et qui risquaient d’exploser en tentant d’atterrir avec des bombes armées et non larguées.

A signaler au passage que les chasseurs utilisés par les rebelles sont de vieux Saab suédois, surnommés « Le tonneau » à cause de leur forme.

Enfin, seuls les vrais experts remarqueront sans doute, sans qu’on ait besoin de leur signaler, que les pages 78 à 88 n’ont pas été dessinées par Victor Hubinon. Pour éviter que la publication de l’épisode s’interrompe dans Spirou, le dessinateur malade avait dû se faire remplacer par un collègue français, nommé Pascal, qui, au pied levé, réussit à reprendre la série avec une fidélité quasi totale au dessin original.

Jean-Michel CHARLIER

Le début de l’Escadrille de la mort

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source