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La Presse, 4 juillet 2014

Corruption : Un cas d’école à Châteauguay

par Vincent LAROUCHE


La corruption nue, sans maquillage et sans détour : un ancien conseiller municipal de Châteauguay a été condamné à 30 mois de prison, jeudi 3 juillet 2014, pour avoir tenté de corrompre sa mairesse, l’automne 2013, en rejouant certaines scènes déjà classiques de la commission [anticorruption] Charbonneau.


Canada

René Lafrance, agent immobilier de profession, a pris le chemin des cellules, jeudi 3 juillet 2014, immédiatement après s’être avoué coupable de complot et d’actes de corruption dans les affaires municipales. Ex-conseiller municipal de Châteauguay et candidat deux fois défait à la mairie, il avait été arrêté par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) il y a à peine six mois. Si son dossier s’est réglé aussi rapidement en cour, c’est principalement en raison de la preuve écrasante amassée par la mairesse de Châteauguay, Nathalie Simon, qui a dénoncé les suspects à la police et collaboré à l’enquête par la suite. Les procureurs du Bureau de lutte contre la corruption et la malversation, Richard Rougeau et Isabelle Roy, ont présenté à la cour, jeudi 3 juillet, les faits de cette enquête-éclair de l’UPAC.

Nathalie Simon

L’enquête avait débuté, le 16 septembre 2013, quand la mairesse Nathalie Simon avait appelé la police, après avoir été sollicitée par l’ancien conseiller municipal René Lafrance, qui lui aurait fait une offre de corruption peu subtile. Une opération a alors été mise en branle par l’UPAC. En collaboration avec les enquêteurs, Nathalie Simon a feint d’accepter l’offre de Lafrance, afin de découvrir quelles étaient ses visées. Mais lorsqu’elle le rencontrait, elle l’enregistrait à son insu pour le compte de la police. L’UPAC avait aussi placé sa ligne sur écoute électronique. Lafrance lui explique rapidement qu’il veut qu’elle le nomme à un poste stratégique au sein de la municipalité. Il fait preuve d’une grande franchise, ne se cache pas, malgré toute la publicité médiatique qui entoure les activités de l’UPAC et les travaux de la commission Charbonneau à ce moment-là. « René Lafrance voulait depuis fort longtemps être directeur du développement économique à la Ville de Châteauguay, et ce, pour diverses raisons obliques dont l’obtention d’avantages personnels et de cotes sur l’octroi de contrats », précise l’exposé des faits déposé en cour. Il souhaitait obtenir cette nomination pour ensuite faire bénéficier ses amis Jacques Roy et Michel Bergevin de divers avantages comme des mandats municipaux, des contrats de travail, des informations privilégiées sur des contrats et l’obtention de terrains à des conditions avantageuses. Roy et Bergevin ont été arrêtés, mais ils n’ont pas encore été jugés. Le 14 novembre 2013, Lafrance rencontre la mairesse dans le stationnement du Quartier DIX30. Celle-ci enregistre ses propos à son insu. Il lui explique qu’elle aura besoin d’argent pour sa campagne électorale et « qu’elle doit comme tout le monde embarquer dans le système ». Si elle ne donne pas quelque chose à « ses chums », elle ne « fera pas long feu ». Il lui expose sa proposition en détail. En gros, il la financera grassement, si elle lui laisse les coudées franches comme directeur du développement économique. Il insiste : il doit avoir le poste, sinon « il n’y aura pas un gars qui va lui donner de l’argent ». Quelques jours plus tard, il tente de démontrer son sérieux à la mairesse. Il la fait monter dans son Chevrolet Silverado et dépose sur ses genoux une enveloppe contenant 30000 dollars. Il la prévient qu’elle ne peut pas déposer ça n’importe où et lui donne un sac d’épicerie pour qu’elle y cache le magot. Il promet de continuer à lui amasser de l’argent, mais seulement après qu’elle l’aura nommé directeur. Il ne lui indique pas d’où vient l’argent, mais prévient qu’un jour, il lui fera « un signe » pour qu’elle fasse quelque chose pour cette personne. La mairesse a remis immédiatement l’argent à la police. Avant d’avoir le temps de faire quelque signe que ce soit, Lafrance a vu la police débarquer chez lui pour lui passer les menottes.

René Lafrance

La proposition de René Lafrance

Il propose à Nathalie Simon 30000 dollars pour lui rembourser sa marge de crédit et 200000 dollars pour financer sa prochaine campagne électorale. Il sera son homme de confiance. Elle aura de l’argent amassé « sans que ça passe par elle », promet-il. Elle devra, en échange, le nommer directeur du développement économique. Elle n’aura pas à savoir à qui il donnera les contrats municipaux. Il veut que sa fille Anick soit candidate aux prochaines élections municipales dans le district 1.

Vincent LAROUCHE

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