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lundi 27 février 2017
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Reuters, 4 août 2004

Les Etats-Unis accusés de torture par d’ex-détenus à Guantanamo

par Andrew CAWTHORNE


LONDRES (Reuters) - Trois anciens prisonniers britanniques de Guantanamo ont présenté, mercredi 4 août 2004, un dossier dans lequel ils affirment avoir été torturés et humiliés durant leur détention sur la base navale américaine à Cuba.


Ces accusations du "trio de Tipton", du nom de la ville du centre de l’Angleterre dont sont originaires ces trois jeunes musulmans arrêtés en Afghanistan en 2002, sont les dernières d’une série d’accusations de maltraitance portées à l’encontre de l’armée américaine à Guantanamo. Le dossier a été officiellement rendu public à New York au cours d’une conférence de presse où l’avocat Michael Ratner, président du Centre pour les droits constitutionnels, a affirmé que les mauvais traitements infligés aux trois anciens détenus allaient "au-delà de tout en termes de légalité".

Selon Michael Ratner et d’autres défenseurs des droits de l’homme, il n’existe toutefois aucune preuve que l’armée américaine utilise à Guantanamo des techniques d’interrogatoires similaires à celles employées dans la prison d’Abou Ghraïb, près de Bagdad, où des prisonniers irakiens ont été torturés et humiliés. Les avocats ont ajouté que les méthodes d’interrogatoire appliquées à Guantanamo étaient inhumaines et portaient préjudice à l’image de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis dans le monde musulman.

A Washington, un porte-parole du Pentagone a refusé de répondre précisément à ces accusations. "Les Etats-Unis interdisent et n’excusent d’aucune façon les mauvais traitements contre des prisonniers", a affirmé Michael Shavers, commandant de l’Air Force. Il a ajouté que l’armée "gérait une installation professionnelle de détention à Guantanamo qui fournissait de précieuses informations dans la guerre contre le terrorisme".

Interrogatoire sous la menace d’une arme

Michael Ratner, dont le Centre pour les droits constitutionnels a remporté une victoire juridique pour les détenus de Guantanamo lorsque la Cour suprême leur a accordé, en juin 2004, l’accès au système judiciaire américain, a accusé les personnes qui mènent les interrogatoires d’avoir obligé des détenus à avouer des liens avec le réseau islamiste Al Qaïda. "Nous parlons ici de faux indices, de faux aveus et de personnes auxquelles on s’en prend à tort, toutes choses qui produisent de mauvaises informations", a dit Michael Ratner. "Si l’on veut vraiment aller au fond du terrorisme, il faut obtenir de vraies informations."

Dans le dossier de 115 pages que Reuters a pu se procurer avant publication, l’un des trois anciens prisonniers dit avoir été interrogé pendant trois heures en Afghanistan sous la menace d’une arme. "Un soldat américain lui pointait un pistolet sur la tête et on lui a dit que s’il bougeait, on lui tirerait dessus", lit-on dans le rapport. Cette menace a été proférée en présence d’un interrogateur britannique de l’unité d’élite du SAS, qui exigeait de Rhuhel Ahmed qu’il reconnaisse s’être rendu en Afghanistan pour la guerre sainte, ajoute le document.

A Londres, le ministère britannique des Affaires étrangères a affirmé dans un communiqué qu’aucun des trois hommes ne s’était plaint de mauvais traitements au cours d’une visite de responsables britanniques, ce que contestent les trois anciens détenus libérés en mars 2004. L’un d’eux, Asif Iqbal, assure même qu’un diplomate britannique a recueilli deux pages de témoignages. Le ministère ajoute que les accusations des anciens détenus sont examinées à la demande de Londres. Le communiqué affirme que les services de sécurité britanniques ont interrogé ces hommes à Guantanamo avec le souci constant de "remplir le double objectif de poursuivre la lutte contre le terrorisme international en garantissant les droits des citoyens britanniques emprisonnés à l’étranger".

Faux aveux

En Afghanistan et à Guantanamo, Rhuhel Ahmed, Asif Iqbal et l’autre membre du trio, Shafiq Rasul, disent avoir été régulièrement battus, enchaînés dans des positions douloureuses, privés de sommeil, soumis à des fouilles anales et photographiés nus.

Tous trois disent avoir cédé et avoué malgré eux des liens avec Al Qaïda et des activités terroristes. "On m’a mis dans une pièce sous une lumière stroboscopique et avec une musique très forte. C’était un morceau d’Eminem", accuse Asif Iqbal. Lors d’un autre interrogatoire, un soldat lui aurait dit : "Tu as tué ma famille dans les tours (du World Trade Center) et maintenant c’est à ton tour de payer." S’ils disent ne pas avoir été eux-mêmes agressés sexuellement, ces trois Britanniques affirment que d’autres prisonniers l’ont été.

Quelque 600 prisonniers sont détenus sur la base de Guantanamo. Selon les trois hommes, des centaines ont tenté de se suicider et au moins une centaine souffrent de troubles psychologiques.

Andrew CAWTHORNE

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