retour article original

lundi 20 février 2017
Vous êtes ici Accueil Histoire Les révisionnistes de la Seconde guerre mondiale
Bocage, 18 juillet 2014

Histoire : Un rabbin raconte le rôle positif de Vichy

par Bocage


Emmanuel Ratier nous adresse deux informations particulièrement intéressantes et qui vont faire plaisir à beaucoup de révisionnistes (même si la question de l’Holocauste n’est pas abordée) : elles concernent toutes deux un livre publié dès 2012 par un professeur juif israélien, rabbin, le Pr Alain Michel, qui a pour titre "Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français".


Alain Michel

Il s’agit :

1) d’abord d’un compte rendu du livre, daté juin 2014, par Adrien Abauzit (*) ;

2) d’un complément à ce compte rendu signé du même auteur et daté juillet 2014.

Bocage

Adrien Abauzit

Voici ces deux pièces :

1) Cet ouvrage n¹a pas été écrit par un nostalgique de Vichy, mais par un historien israélien d’origine française, rabbin de son état. Pourquoi le préciser ? Le propos de l¹ouvrage ne se suffit-il pas à lui-même ? En théorie si... dans un monde normal. Mais nous ne vivons pas dans un monde normal.

L¹honnêteté intellectuelle est souvent déniée aux auteurs, suspectés d’orienter leurs travaux dans le sens de leur intérêt personnel et non de la vérité. En outre, des réflexes de Pavlov colonisent l¹esprit des Français victimes du lavage de cerveau de l¹idéologie dominante. La qualité d¹Alain Michel est donc un atout, car elle permet de court-circuiter ces travers.

L¹auteur de cette enquête n’apporte que peu de faits nouveaux. L’histoire du sauvetage des juifs français et des juifs étrangers présents en France durant la guerre avait déjà été écrite et dite par des historiens on ne peut plus académiques et prestigieux, français ou étrangers. Mais depuis plusieurs décennies, il a été interdit de dire une vérité qui pourtant fait honneur à la France.

Outre le rappel de ce que fut la politique de Vichy, l’intérêt de ce livre réside dans l’étude et la critique des travaux historiques qui font actuellement autorité sur ce sujet houleux.

L’exemple Poliakov

En 1940, il y avait en France 330000 juifs : 195000 juifs français et 135000 juifs étrangers, réfugiés politiques pour la plupart d¹entre eux. 13 % des juifs français ont été déportés. 37 % des juifs étrangers ont été déportés. 69000 juifs étrangers et 11000 juifs français sont morts durant le conflit. Au total, près de 75 % des juifs présents en France en 1940 ont échappé à la mort. Près de 95 % des juifs français et 57% des juifs étrangers ont survécu.

Comment expliquer le taux très élevé de survie des juifs français ? Plusieurs explications sont données avant les années 1970. Léon Poliakov, premier grand historien de la Shoah et auteur du célèbre "Bréviaire de la haine", donne son explication : "Du sort relativement plus clément des juifs de France, Vichy fut en fait le facteur prépondérant". Ainsi, contrairement à la thèse de Serge Klarsfeld, reprise stupidement par le bonnet d’âne Jacques Chirac en 1995, Poliakov affirme que les juifs de France ayant survécu doivent prioritairement leur salut à Vichy et non à la société civile. Pour Poliakov, l’existence d’une zone libre, l’affirmation des droits de souveraineté de Vichy, la politique de Laval et les refus de Pétain ont permis de sauver l’immense majorité des juifs français.

En 1989, dans un livre d¹entretiens, Poliakov maintient que Laval ne mérite pas sa triste "réputation".

Léon Poliakov

La doxa Paxton/Klarsfeld

A partir des années 1970, disions-nous, une doxa nouvelle s’est mise en place. Deux idées matricielles la constituent :

- La "négativité absolue" de Vichy. L’historien américain Robert Paxton conclut que par définition rien de bon ne peut venir de Vichy ;

- La survie des juifs de France est due à la population française. Vichy n’y est pour rien. Cette thèse est notamment développée par Serge Klarsfled.

Il ressort que la doxa pose une culpabilité totale de Vichy interdisant tout réexamen de son contenu : "Les bonnes questions posées par les tenants de la réhabilitation de Vichy ne seront ainsi jamais examinées sérieusement par les historiens reconnus, de peur de se voir alors accusés eux-mêmes de servir leurs buts révisionnistes, ou encore d’appartenir à leurs milieux politiques souvent nauséabonds".

Robert Paxton

Le statut des juifs est fait sous pression allemande

Selon une légende tenace, colportée notamment par Robert Paxton, le régime de Vichy aurait fait adopter le statut des juifs en dehors de toute pression allemande. Un examen du déroulement des événements suffit à démontrer que cette assertion est un pur mensonge.

Le 7 septembre 1940, les Allemands annoncent au gouvernement qu’une ordonnance contre les juifs est en préparation. Le 10 septembre, pour la première fois, en Conseil des ministres, la question juive est alors abordée. Le 25 septembre, le ministre des Affaires étrangères, Paul Baudouin, adresse aux autorités occupantes une lettre de protestation contre l’adoption de l’ordonnance nazie. Les Allemands n’en ont cure et publient une ordonnance d’"aryanisation" le 27 septembre, c’est-à-dire de confiscation légale des biens des juifs.

Paul Baudouin

Le 1er octobre, en urgence, le Conseil des ministres adopte sa première loi sur le statut des juifs. Le 4 octobre, la loi est publiée. Ainsi, contrairement à ce qu’ose affirmer Paxton, le statut n’a été adopté que sous pression allemande et pour éviter que l’occupant ne soit seul à s’occuper de la question juive.

Le statut issu de la loi exclut les juifs de certains domaines d’activité : vie politique, justice, diplomatie, administration, éducation, armée, presse, monde du spectacle. Les anciens combattants juifs des deux guerres, ainsi que les juifs ayant rendu des services exceptionnels à la France sont exemptés de ces mesures.

Le statut instaure une discrimination qui paraîtra bien évidemment choquante à toute personne attachée à l’égalité devant la loi. Mais, comme l’auteur l’évoque, en aucun cas il n’y a dans cette loi la moindre intention meurtrière. Rattacher le statut à la Solution finale est donc une interprétation téléologique de l’histoire parfaitement malhonnête.

Le 4 octobre, une autre loi est votée : la loi sur l’internement des juifs étrangers. Ici, l’auteur révèle des faits nouveaux permettant de comprendre le réel objectif de cette loi : le régime de Vichy a tout fait pour faire émigrer les juifs étrangers en Amérique du Nord ou du Sud.

L’internement prévu par la loi avait vocation à être précaire. A titre d’exemple, le 30 janvier 1941 a lieu à Cieudad Trujillo, en République dominicaine, une réunion du comité intergouvernemental pour les réfugiés. La délégation française de la conférence fait savoir officiellement sa difficulté à pouvoir accueillir de nouveaux réfugiés, ainsi que son désir de voir les réfugiés actuellement internés en France être accueillis par d’autres pays. Hélas, les gouvernements d¹Amérique ont refusé cette émigration.

Philippe Pétain

Pétain, Laval et Darlan s’opposent au port de l’étoile jaune

L’information est peu connue, mais l’étoile jaune n’a été portée qu’en zone occupée. Pétain, Laval et Darlan ont toujours refusé le port de l’étoile jaune en zone libre, notamment parce qu’une telle mesure aurait visé les juifs français. Les images d’Epinal en souffrent, mais c¹est ainsi.

La politique de Laval

Le 4 mars et le 11 juin 1942, des conférences sont organisées à Berlin au siège de la Gestapo SS. Il y est décidé une accélération des déportations. Dannecker, représentant d’Eichmann et chef de la Gestapo chargé de la "question juive" en France, s’engage à assurer la déportation de 40000 juifs.

Début mai 1942, Karl Oberg devient chef suprême de la SS et de la police en France. Sitôt, assisté d’Helmut Knochen, commandant en chef de la sécurité interne à Paris, il engage des négociations avec René Bousquet, délégué à la police au gouvernement de Vichy.

René Bousquet

Le 2 juillet, un compromis est arrêté entre Oberg et Bousquet : "Vichy accepte d’effectuer les arrestations sur l’ensemble du territoire français en fonction du nombre fixé par les Allemands. De leur côté, les Allemands acceptent que seuls des juifs étrangers soient arrêtés. Il est admis que cet accord devra être confirmé par Laval deux jours plus tard, le samedi 4 juillet. Pourquoi Vichy accepte ce compromis ? C’est parce que cela lui permet de réaliser trois objectifs poursuivis depuis le début : se débarrasser des juifs étrangers, protéger les juifs français, et renforcer son autorité sur tout le territoire français, et pas seulement sur la zone libre".

Deux jours plus tard, l’accord est confirmé en même temps qu’il est réduit. Pétain et Laval n’acceptent que l’"évacuation" des juifs apatrides.

Les historiens Paxton et Marrus jugent sévèrement Laval, estimant qu’il n’a rien obtenu par ces accords. Pourtant, jusqu¹à la fin de l’été 1943, "il n’y a pratiquement pas de juifs français déportés, sauf, comme le disait Dannecker, dans un cadre de représailles, ou d’infraction à la législation antisémite". Alain Michel conclut donc que : "le regard de Marrus et Paxton est erroné, et [que] Laval a effectivement réussi à obtenir une concession de taille".

Lors de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet, 12000 juifs apatrides sont arrêtés en région parisienne par la police française.

Le vélodrome d’Hiver, à Paris, après la rafle des juifs, en 1942

Le 2 septembre, Laval demande à Oberg qu’on ne lui signifie plus de nouvelles exigences en matière de déportation. Grâce à cette intervention, une rafle de 5000 juifs prévue le 22 septembre par Röthke, nouveau délégué d’Eichmann, est finalement annulée. Selon Alain Michel : "Si aucun convoi de déportation ne quitte la France au mois d¹octobre 1942, on peut l’attribuer, au moins partiellement, à la stratégie de Laval, relayée par Bousquet et Leguay. On le voit, la collaboration de Vichy en matière d’antisémitisme est loin d¹être simple".

Pierre Laval

Pétain et Laval roulent les nazis dans la farine

Si les Allemands ont accepté que les juifs français échappent dans un premier temps aux déportations, c’est parce que Bousquet, puis Laval, leur laissent miroiter une future loi de dénaturalisation. Les juifs ainsi dénaturalisés deviendraient étrangers, voire apatrides, et par conséquent, "déportables" : "En septembre 1942, lorsque les nazis acceptent de ralentir la pression dans le domaine de la question juive, il est entendu qu’en échange le gouvernement de Vichy mettra au point une loi de dénaturalisation, afin d’élargir la catégorie de juifs qui peuvent être déportés".

Darquier de Pellepoix, que Pétain soit dit en passant qualifie publiquement de tortionnaire, s’occupe de la rédaction d’un premier projet. René Bousquet prend sa suite, en établissant un texte moins extrémiste. Ce texte prévoit la déchéance de nationalité de tous les juifs naturalisés depuis 1927. Fin juin 1943, la loi est prête. Pour la mi-juillet, Röthke prévoit une nouvelle rafle à Paris, dès le lendemain de la promulgation de la loi. La messe semble être dite. Mais fin août, à leur plus grande stupeur, les nazis apprennent que sur intervention de Pétain, la loi sur les dénaturalisations est abandonnée :

"Il est donc évident que le fait d’avoir mené les nazis par le bout du nez jusqu’en septembre 1943, en leur promettant de faire passer une loi de dénaturalisation -promesse qui conduit la Gestapo-SS à ne pas engager directement d’opérations d’arrestations-, ce fait, donc, a vraisemblablement évité l’arrestation de milliers de victimes juives supplémentaires".

Conscients d’avoir été "menés par le bout du nez", les nazis envoient alors Aloïs Brunner en France pour prendre en main la politique de déportation. L’automne 1943 va marquer un tournant dans l’histoire de la déportation des juifs de France. Les accords Oberg-Bousquet volent en éclats.

Aloïs Brunner

En conclusion

Alain Michel, au final, aboutit à des conclusions aux antipodes de la doxa Paxton/Klarsfeld.

Il reconnaît le rôle central de Vichy dans le sauvetage des juifs survivants. Il considère que Vichy a eu en ce domaine des "conséquences plus positives que négatives" :

"Vichy est certes criminel, mais il est l’élément principal qui explique comment 75 % des juifs de France ont survécu, même si, bien sûr, comme nous venons de le montrer, il n’est pas l’élément unique qui explique ce résultat".

"Finalement Vichy, à la fois complice des assassins et en même temps élément indispensable de l’ampleur du sauvetage, nous prouve qu’il est impossible d’écrire l’histoire de cette période en noir et blanc, dès lors que l¹on s’intéresse non aux extrémistes, mais aux dirigeants qui se sont retrouvés face à des décisions allemandes qu’ils n¹avaient pas prévues, auxquelles ils ont dû donner des réponses en fonction de ce qu’ils pensaient possible ou raisonnable de faire. Qu’ils aient commis des erreurs, et même des crimes, c’est certain. Mais que leur action ait eu finalement des conséquences plus positives que négatives, cela nous semble également une affirmation raisonnable".

2) "Un dernier mot sur Laval...", en complément de la chronique sur "Vichy et la Shoah"...

Suite à la mise en ligne de la chronique de Adrien Abauzit sur le livre "Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français" (d’Alain Michel), notre auteur a souhaité apporter quelques précisions concernant sa position sur Pierre Laval, afin qu’on ne lui reproche pas de faire dire à l’auteur du livre "ce qu’il ne dit pas"...

Par Adrien Abauzit. Juillet 2014.

Pierre Laval a commis de graves erreurs politiques. En décembre 1940, il a tenté de lancer les troupes de Vichy sur le Tchad, passé au gaullisme. Cet acte, contraire aux accords Pétain-Churchill d’octobre 1940 et aux accords Halifax-Chevalier de décembre 1940, aurait conduit à une déclaration de guerre de la France à l’Angleterre, ce qui eût été une catastrophe difficilement rattrapable.

Sa fameuse phrase : "Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce sans elle le bolchevisme s’installerait partout", dont il savait qu’elle était ressentie par le peuple français comme des "goutes d¹acide sulfurique", même si elle a été prononcée dans une logique de duperie, fait aujourd¹hui encore mal à l’honneur français : par définition, on ne souhaite pas la victoire de la nation qui oppresse son peuple, surtout quand à sa tête se trouve un déséquilibré comme Hitler.

Ceci posé, nous tenons à évoquer au lecteur un détail peu connu.

Lorsque les Américains ont débarqué en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, Hitler a sommé Laval de se rendre à Munich. Hitler souhaitait convaincre le président du Conseil de déclarer la guerre aux Alliés. Laval pressentait ce qu’on attendait de lui. Il craignait de se faire piéger à la manière d’un Schuschnigg quatre ans plus tôt. En conséquence, il partit pour Munich avec une ampoule de cyanure de potassium dans la poche. En d’autres termes, il préférait se suicider plutôt que de commettre un acte qu’il savait être contraire aux intérêts vitaux de la France.

Le moins que l¹on puisse dire, c¹est que l’on peinera à trouver dans la classe politique française actuelle quelqu’un capable d’une telle détermination et d’un tel sacrifice.

Pour ceux qui l’ignorent, Laval a noyé le poisson lors de son face à face avec Hitler. Ce dernier n’a pas réussi à obtenir de lui la co-belligérance. Le 13 novembre, Hitler adressa un nouvel ultimatum à Pétain. La France était sommée de déclarer la guerre aux Alliés. Pétain refusa et par un télégramme secret, il donna son approbation à Darlan qui, d’Alger, avait relancé l’empire français dans la guerre contre l’Axe.

* http://www.scriptoblog.com/index.php/notes-de-lecture/histoire/1497-vichy-et
- la-shoah-enquete-sur-le-paradoxe-francais-chronique-de-adrien-abauzit

AUTEURS 

  • Bocage

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source