retour article original

jeudi 30 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (9ème partie) : Août 2004
AFP, 6 août 2004

Irak : L’aviation américaine bombarde Najaf avec la complicité du gouvernement "irakien"

Suivi d’un commentaire


NAJAF (AFP) - L’aviation américaine bombardait de manière intense, vendredi 6 août 2004 au matin, des objectifs à Najaf, tirant des roquettes notamment sur le cimetière de la ville sainte irakienne où sont retranchés les résistants du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr.


Des colonnes de fumée noire s’élévaient dans le ciel. Les combattants chiites sont présents dans toutes les rues de la ville entièrement désertes en raison des combats et des bombardements.

Les combats opposant la Force multinationale (FMN) et la police irakienne aux résistants de Moqtada Al-Sadr ont également eu lieu, jeudi 5 août 2004, à Bassorah et Bagdad.

Les affrontements dans le quartier de Sadr City à Bagdad ont fait au moins 26 morts et 9O blessés, selon un bilan recueilli, vendredi 6 août 2004, auprès des quatre principaux hôpitaux du quartier. A l’hôpital général Sadr, le docteur Hassan Najem, du service des urgences, a affirmé avoir reçu 18 morts et 73 blessés, dont deux femmes et quatre enfants. A l’hôpital Al-Chouader, le docteur Khaled Jabbar Lafta a indiqué avoir reçu huit morts et 17 blessés. Des blessés se trouvaient dans les autres hôpitaux.

Par ailleurs, deux civils irakiens ont été tués et 13 blessés lors d’affrontements, jeudi 5 août 2004 au soir, entre forces américaines et insurgés à Samarra, au nord de Bagdad, où l’aviation américaine a tiré des roquettes sur une base de rebelles présumée.

Face à cette situation, le ministre irakien de l’Intérieur Falah al-Nakib a affirmé que le gouvernement ne négocierait pas avec les résistants chiites de Moqtada Al-Sadr. "Nous n’allons pas négocier. Nous allons combattre ces milices. Nous sommes assez forts pour les stopper et jeter ces gens hors du pays", a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse à Bagdad.

Sur le plan politique, la loi d’amnistie qui doit concerner ceux qui ont commis certains actes violents, et dont la mise en application a déjà été reportée plusieurs fois, devrait être annoncée samedi 7 août 2004, a-t-on appris jeudi des services du Premier ministre irakien Iyad Allaoui.

Dans le dossier des otages étrangers, un Jordanien détenu en Irak a été libéré par ses ravisseurs, selon sa famille, mais deux Turcs ont été enlevés, d’après l’agence de presse turque Anatolie.

Au lendemain de la libération, mercredi 4 août 2004, de six otages étrangers, dont quatre Jordaniens et deux Turcs, l’agence turque Anatolie a annoncé que selon leur employeur, deux autres camionneurs turcs avaient été enlevés par des hommes en armes non identifiés. L’information n’a été confirmée immédiatement ni par l’ambassade de Turquie à Bagdad ni par le ministère turc des affaires étrangères.

En revanche, un commerçant jordanien pris en otage en Irak le 28 juillet 2004, Adel Obeidallah, a été libéré par ses ravisseurs, contre une rançon de 100000 dollars, et a quitté Bagdad en avion pour se rendre à Amman, selon son frère.

Par ailleurs, selon une source proche de l’entreprise Kuwait and Gulf Link Transport company, il semblerait que cette société, dont sept de ses chauffeurs de camions sont retenus en otages en Irak, négocie avec les ravisseurs une rançon pour obtenir leur libération. La société est prête à payer une rançon pour la libération des sept otages, trois Indiens, trois Kényans et un Egyptien, capturés le 21 juillet.

Dans un texte adopté mercredi 4 août 2004, les 31 pays membres de la coalition dirigée par les Etats-Unis se sont engagés à rester fermes face aux prises d’otages et à refuser toute négociation avec les ravisseurs d’étrangers.

Enfin l’oléoduc entre Kirkouk, dans le nord de l’Irak, et le port turc de Ceyhan, a été à nouveau saboté, jeudi 5 août 2004, ainsi qu’un gazoduc alimentant une station électrique, ont affirmé des responsables de la Compagnie de pétrole du nord (NOC).

Agence France Presse

Commentaire

Ce qui est frappant, dans le discours du gouvernement américain et de son gouvernement potiche "irakien", c’est cette fuite en avant dans le mensonge. Ces gens refusent d’admettre les vérités les plus évidentes, et vivent dans une sorte de monde qui s’auto-intoxique de mensonges "rassurants".

On en a déjà eu un exemple avec le scandale des tortures. Le gouvernement américain a affecté de n’y voir que les initiatives subalternes de quelques moutons noirs isolés. La hiérarchie, soi-disant pétrie de grands principes humanistes, était censée avoir tout ignoré. En réalité, un véritable goulag intercontinental a été organisé et mis en oeuvre avec l’accord au moins tacite du président des Etats-Unis ; même s’il a préféré ignorer les détails gênants pour son image de bienfaiteur, tout comme il préférait ne pas lire les rapports de Human Rights Watch ou du Comité international de la croix-rouge.

A l’exemple de son maître américain, le gouvernement potiche irakien affecte hypocritement de croire que les résistants seraient "des étrangers" et qu’en s’attaquant à la résistance il ne s’en prendrait donc nullement à la population irakienne. Bien au contraire, en bombardant de manière routinière les villes irakiennes avec la bénédiction du gouvernement potiche, les Américains sont censés "assurer la sécurité de la population", "lutter contre la violence", etc...

De même, les victimes des bombardements américains et des tirs de mitrailleuses ne sont pas censées être victimes de l’occupant. Elles sont censées être victimes des "violences", c’est-à-dire d’un phénomène abstrait dans lequel l’occupant n’aurait aucune part et dont la résistance est le bouc émissaire désigné.

On relèvera que les Américains, tout comme leurs potiches "irakiennes", se contredisent en soutenant que les résistants seraient "des terroristes étrangers", et en qualifiant simultanément de "villes rebelles" des localités de plusieurs centaines de milliers d’habitants, comme si chacun de ces habitants était "un terroriste étranger".

Le gouvernement américain et le gouvernement potiche "irakien" se comportent, à l’égard du peuple irakien, d’une manière similaire à celle du gouvernement israélien par rapport aux Palestiniens. C’est le même cynisme tranquille, la même brutalité aveugle, la même hypocrisie.

A vrai dire, les Israéliens sont moins hypocrites. Quand ils attaquent une localité palestinienne, ils ne prétendent pas être venus pour assurer la sécurité des Palestiniens. Et ils ne prétendent pas agir au nom des Palestiniens eux-mêmes.

Sous couvert de lutte contre "les terroristes étrangers", les Américains et leur gouvernement potiche se livrent, de facto, à une sorte de guerre civile, puisqu’ils provoquent délibérément des affrontements entre Irakiens.

Il est évident que la résistance irakienne compte, en son sein, les éléments les plus patriotes, les plus intègres et les plus désintéressés de la société irakienne, puisque les résistants s’opposent à l’armée la plus puissante du monde et qu’ils le font avec des moyens relativement dérisoires. Leur arme principale est la foi religieuse. A contrario, le milieu de la collaboration représente un concentré de ce qu’il y a de plus corrompu et de plus opportuniste dans la société irakienne. On trouvera des exceptions dans chaque camp, mais telle est la logique interne déterminante propre à chacun de ces camps.

Par rapport à la résistance, le gouvernement potiche irakien -prétendument souverain- aurait pu adopter une attitude neutraliste. Il aurait pu s’opposer à ce que l’armée et la police irakiennes soient engagées au service de l’occupant pour attaquer des résistants.

Un gouvernement réellement soucieux de l’intérêt général du peuple irakien se serait efforcé d’organiser une collaboration entre les forces de l’ordre et les résistants, afin d’assurer la sécurité de la population et éviter d’exposer des victimes innocentes. Cet accord de sécurité aurait lui-même pu servir d’argument pour réclamer le départ des troupes d’occupation, ou du moins leur retrait dans les bases. Même si un tel accord n’aurait pas empêché tous les attentats, il aurait considérablement contribué à une "normalisation" de la vie quotidienne des Irakiens.

En choisissant d’engager l’armée et la police irakiennes au service de l’occupant, le gouvernement potiche savait fort bien que les policiers et les soldats irakiens seraient pris pour cibles par les résistants, et cela au seul profit de l’occupant. Le gouvernement potiche savait fort bien que sa décision envoyait à la mort des centaines de soldats, policiers et résistants irakiens, dans une lutte fratricide dont seul l’occupant bénéficierait.

Les Américains et leurs potiches comptaient précisément sur ces combats fratricides, délibérément provoqués, pour susciter un esprit de haine entre policiers-soldats et résistants irakiens. Cette haine permet de manipuler l’armée et la police irakiennes en créant l’illusion que celles-ci défendent leur propre cause en traquant les résistants au profit de l’occupant.

Le gouvernement potiche irakien ne se comporte pas du tout comme on serait en droit de s’y attendre de la part d’une équipe de transition, désignée sous la responsabilité du Conseil de sécurité de l’ONU et étant censée avoir pour priorité de préparer l’élection d’un gouvernement légitime. Le gouvernement potiche irakien ne se comporte pas comme on serait en droit de s’y attendre de la part d’une équipe responsable d’un peuple traumatisé, paupérisé, mutilé, massivement emprisonné et quotidiennement humilié par l’occupant.

Le gouvernement potiche irakien se comporte comme une équipe déterminée à demeurer au pouvoir, déterminée à s’imposer par la terreur et les bombardements. Ses membres calculent que le désespoir de la population, tout comme la haine des soldats et des policiers, se retourneront contre la résistance, c’est-à-dire les prétendus "terroristes étrangers".

Le peuple irakien est purement et simplement considéré comme de la chair à canon qu’on sacrifie sans scrupule, afin d’imposer la poursuite de l’occupation et se maintenir soi-même au pouvoir. Sous couvert de "lutte contre le terrorisme", en livrant une guerre civile à la résistance, ce sont des adversaires politiques qu’on s’efforce d’éliminer.

Frank BRUNNER

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source