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23 août 2014

Histoire : Les crimes de guerre de la 2ème division blindée française


Un tank M4 Sherman du 12e régiment de chasseurs d’Afrique de la 2e division blindée française débarque d’un Landing Ship Tank, en Normandie, le 2 août 1944

En 1997 est paru « Le chemin le plus long », un ouvrage écrit par Pierre Quillet, ancien soldat de la 1ère compagnie du 501ème régiment de chars de combat de la 2ème division blindée du général Leclerc. Ce livre retrace l’épopée guerrière de cette compagnie, notamment depuis son débarquement en Normandie, le 31 juillet 1944 jusqu’à son arrivée à Berchtesgaden, le 5 mai 1945. Le livre est préfacé par le général Georges Buis, à l’époque capitaine à la tête de la 1ère compagnie du 501ème régiment de chars de combat. Robert Galley a servi dans cette compagnie comme lieutenant, à la tête de la 1ère section.


Robert Galley

Ce que décrit l’ouvrage de Pierre Quillet fait littéralement froid dans le dos…
Avec une absence totale de scrupule moral, et un cynisme désarmant, Pierre Quillet raconte plusieurs scènes de crimes de guerre commis par les officiers, sous-officiers et soldats de cette compagnie. Parmi ces crimes, les exécutions sommaires de plusieurs dizaines de soldats allemands. Le lieutenant Robert Galley ne fut pas en reste dans la commission de ces crimes.

Exemples : à Ecouché en Normandie, le 14 août 1944, les hommes de Robert Galley mettent la main sur un homme qui prétend être un prêtre. Ayant des doutes, Robert Galley ordonne « un interrogatoire musclé qui se déroule dans la sacristie », raconte Pierre Quillet. L’homme est donc tabassé à coup de poings. Soudain, les hommes de Robert Galley découvrent un tatouage sous le bras gauche du prêtre : c’est un Waffen SS qui se cache en se faisant passer pour un curé ! Robert Galley ordonne à ses hommes : « Débarrassez-nous de cette ordure » ! Le faux curé est donc mis à mort sommairement, en dehors de toute procédure légale. Mais ce que ne raconte pas Pierre Quillet, c’est le mode d’exécution. Selon certains témoignages recueillis par Daniel Guérain auprès d’anciens de la 2ème division blindée, le faux curé aurait été arrosé d’essence avant que les hommes de Robert Galley ne craquent une allumette. Le Waffen SS, transformé en torche humaine, est mort brûlé vif (1).

A Strasbourg le 24 novembre 1944, un civil alsacien vient voir Robert Galley et lui indique la présence d’un couple dans un appartement du voisinage. Ils sont suspectés d’être membres de l’Abwehr. Robert Galley envoie deux hommes chercher le couple qui se rend sans discussion. On découvre chez eux une grosse somme d’argent et une masse de documents qu’on n’a pas le temps de dépouiller. Robert Galley préfère interroger directement les deux prisonniers. Ceux-ci répondent insolemment. Pierre Quillet raconte que Robert Galley se saisit alors d’un fusil et les exécute lui-même froidement le long d’une voie ferrée.

Le 2 décembre 1944 se déroule la bataille d’Herbsheim, en Alsace. Le lieutenant Robert Galley y combat victorieusement. Le texte de la citation rédigée par le capitaine Buis ne tarit pas d’éloges : « Magnifique officier, doté des plus belles qualités d’hommes et du plus extraordinaire et intelligent courage du combattant, chef de section maintes fois cité, a conduit de façon magistrale l’attaque d’Herbsheim le 2 décembre 1944. N’a cessé de faire montre, dans les moments les plus critiques, d’un calme et d’une maîtrise impressionnants ». Ce que ne dit pas la citation mais que rapporte Pierre Quillet, c’est que Robert Galley et ses hommes ont, à l’issue des combats, massacré des prisonniers allemands. Selon Pierre Quillet, ont été rassemblés sur la petite place derrière l’église d’Herbsheim une cinquantaine de prisonniers. Pierre Quillet écrit : « Pour tous ceux qui portent les emblèmes SS, ou qui viennent de les arracher, tous ceux qui dissimulent leur grade ou, d’une manière ou d’une autre, cherchent à tromper les vainqueurs, pas de quartier. Il ne reste pas grand monde ». Pas grand monde ? En clair, sur la cinquantaine de prisonniers, au moins 30 à 40 ont été froidement massacrés.

Le 6 mai 1945, la 1ère compagnie du 501ème régiment de chars de combat est à Bischofswiesen. En fouillant la ville, les hommes de Robert Galley mettent la main sur un suspect et sur plusieurs documents qui sont montrés à Robert Galley. L’examen de ces documents laisse apparaître que le suspect est un Obersturmführer-SS (lieutenant). Pierre Quillet raconte que toutes les preuves sont là , et même un télégramme adressé au suspect en Pologne, exactement à la Kommandantur de Katowice : O.S.F.S.S. Anton Haffner. Le texte du télégramme lui ordonne de rentrer au plus vite à Berchtesgaden. « Non. Ce n’est pas moi ! proteste le prisonnier. Je ne suis pas Anton Haffner ! J’habite Bischofswiesen. Ma femme et mes deux enfants sont ici, dans le village ». Robert Galley envoie donc un de ses hommes les chercher, accompagné du lieutenant SS, et les ramène. Il a bien dit la vérité. Puis on raccompagne la femme et les gosses en les rassurant. On ne fera aucun mal à leur mari et père. Cette promesse ne sera pas tenue. Pendant ce temps en effet, Robert Galley a fait venir le lieutenant Roger Touny et lui dit : « Roger, tu sais ce qu’ils ont fait à ton père à la prison d’Arras. Alors, c’est toi qui va t’occuper de ce SS. C’était plutôt un bureaucrate qu’un combattant, mais ça ne fait qu’aggraver son cas. Qu’a-t-il fait durant ces années terribles ? Surtout en Pologne ! Tu te rends compte ? Un fonctionnaire de l’enfer nazi en Pologne ! » Pierre Quillet ne dit pas précisément ce qui s’est ensuite passé, mais il n’y a aucun doute sur le sort du SS.

L’exécution sommaire de ce lieutenant est un crime de guerre, ce qui est déjà en soi moralement et juridiquement condamnable, mais ce qui choque tout autant, c’est la manière avec laquelle Robert Galley a incité un officier à exécuter sommairement un prisonnier, en jouant sur la corde sensible des sentiments (l’épisode du père à la prison d’Arras). Cette attitude, particulièrement perverse, est-elle vraiment digne d’un officier ? Tous ces faits sont rapportés par Pierre Quillet. Ils ne souffrent d’aucune contestation puisqu’ils ont été publiés dans un livre préfacé par le général Georges Buis en personne, lequel n’a rien trouvé à y redire.

Il est d’ailleurs légitime de s’interroger sur les responsabilités de Georges Buis dans tous ces crimes de guerre commis par Robert Galley, ainsi que dans ceux commis par d’autres sous-officiers et soldats de sa compagnie, et dont Pierre Quillet rend également compte dans son livre. Georges Buis ne pouvait pas ignorer ce qui se passait dans sa propre unité.

Précisons que Daniel Guérain, de son côté, a enquêté auprès d’anciens de la 2ème division blindée, notamment du régiment de marche du Tchad. Il rend compte, dans son livre « L’envers de la légende. Histoire d’une libération », de l’existence d’autres épisodes criminels dont se serait rendu coupable Robert Galley.

Ainsi celui où, dans un village, ont été faits prisonniers des soldats russes de l’Ostlegion : après avoir été entravés, ils sont brûlés vifs, car accusés d’avoir violé une jeune Française. L’exécution de violeurs en temps de guerre peut se comprendre, mais était-il besoin de les brûler vifs ? Daniel Guérain raconte également que, tout au long de la progression de la compagnie vers l’Allemagne, de multiples exécutions de prisonniers allemands se sont produites, simplement parce que ceux-ci devenaient encombrants et risquaient de retarder la progression de l’unité.

Il demeure une autre affaire ahurissante : celle du massacre d’Andelot, près de Chaumont, le 12 septembre 1944. Selon Daniel Guérain le lieutenant Robert Galley, après la prise de la ville par les Français, fit enfermer dans une grange des prisonniers allemands, avant de faire tirer au canon sur le bâtiment. Les blessés furent achevés à la mitrailleuse. Daniel Guérain parle de plusieurs centaines de morts. Le chiffre est manifestement très exagéré, voire aberrant. Mais l’historien Eric Lefèvre a pu écouter les enregistrements sonores réalisés par Daniel Guérain auprès d’anciens du régiment de marche du Tchad ou plus généralement de la 2ème division blindée, et pu aussi directement interroger certains d’entre eux : il y a bien eu des exécutions de plusieurs prisonniers à Andelot (2).

Précisons enfin que Daniel Guérain, pour mener son enquête concernant les crimes de guerre commis par Robert Galley, a interrogé plusieurs anciens de la 2ème division blindée. Parmi les témoins : deux Compagnons de la Libération, anciens officiers du régiment de marche du Tchad. Leurs noms sont cités en clair dans un livre en allemand : « Kriegsverbrechen in Europa und im Nahen Osten im 20. Jahrhundert », Franz Seidler, Alfred de Zayas, édition Mittler, 2002, page 213. »

L’insigne de la 2ème division blindée française

Notes :

(1) « L’envers de la légende. Histoire d’une libération », Daniel Guérain, 2002. Voir aussi : « Kriegsverbrechen in Europa und im Nahen Osten im 20. Jahrhundert », Franz Seidler, Alfred de Zayas, édition Mittler, 2002, page 213).

(2) Eric Lefèvre, « Bad Reichenhall, 8 mai 1945, un épisode tragique », 2010, page 283, note de bas de page n°2.

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source