retour article original

dimanche 23 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales
mondialisation, 27 août 2014

Informations internationales : Les aides massives des banques centrales aux grandes banques privées

par Eric TOUSSAINT


Le siège de la Federal Reserve, à Washington DC, aux Etats-Unis

Depuis l’éclatement de la crise bancaire en 2007, les banques centrales des pays les plus industrialisés prêtent massivement aux banques à des taux d’intérêt très bas afin d’éviter des faillites, permettant aux grandes banques qui en bénéficient d’économiser des sommes considérables en termes de remboursement des intérêts.


Le siège de la Banque centrale européenne, à Frankfurt, en Allemagne

La Fed achète massivement aux banques des États-Unis des produits structurés hypothécaires, la Banque centrale européenne n’achète pas jusqu’ici de produits structurés mais elle accepte que les banques les déposent comme collatéraux, autrement dit comme garantie, des prêts qu’elle leur octroie. Les gouvernements, quant à eux, apportent leurs garanties et injectent massivement des capitaux afin de recapitaliser les banques. Les banques systémiques savent qu’en cas de problème, du fait de leur taille et du risque que représenterait la faillite de l’une d’elles (« too big to fail »), elles pourront compter sur le soutien des États qui les renfloueront sans sourciller. Les gouvernements empruntent sur les marchés financiers en émettant des titres de la dette publique souveraine. Ils confient la vente de ces titres aux grandes banques privées. Les banques bénéficient par ailleurs de baisse d’impôts sur les bénéfices. De plus, au sein de la zone euro, les banques jouissent du monopole du crédit destiné au secteur public.

Le siège de la Bank of England, à Londres, en Grande-Bretagne

À partir de 2007, les gouvernements et les banques centrales des pays occidentaux les plus industrialisés plongés dans la plus grande crise économique depuis les années 1930 ont donné la priorité absolue au sauvetage des banques privées et au système financier qui les entoure (sociétés d’assurances, fonds de placement, fonds de pensions privés…) |1|. Le sauvetage des banques est réalisé aux dépens de l’écrasante majorité de la population (les 99 %). Les pouvoirs publics ont tout fait pour maintenir les principaux privilèges des banques privées et pour laisser intact leur pouvoir. Le coût du sauvetage est énorme : explosion de la dette publique, perte de recettes fiscales, forte restriction des prêts aux ménages et aux PME, poursuite des activités spéculatives et aventureuses qui, dans certains cas, ont nécessité de nouveaux sauvetages coûteux.

Le siège de la Banque nationale Suisse à Berne

Depuis l’éclatement de la crise bancaire, en 2007, les grandes banques centrales des pays les plus industrialisés (Banque centrale européenne, Banque d’Angleterre, Fed aux États-Unis, Banque nationale Suisse, Banque du Japon) prêtent massivement aux banques à des taux d’intérêt très bas, afin d’éviter des faillites. Sans cette ligne de crédit illimitée, une grande partie des banques serait en cessation de paiement car les sources habituelles de financement se sont taries, les prêts interbancaires ont fondu (car les banques se méfient les unes des autres), les ventes d’obligations bancaires sont très faibles, et les prêts au jour le jour assurés par les money market funds sont aléatoires. Le cumul des prêts des banques centrales aux banques privées depuis 2007 dépasse de loin la somme de 20000 milliards de dollars. Comme cette manne de crédits est prêtée à un taux d’intérêt très bas, cela permet aux grandes banques qui en bénéficient d’économiser des sommes considérables en termes de remboursement des intérêts.

Le siège de la Bank of Japan à Tokyo

Les Money Market Funds (MMF) sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très peu ou pas du tout contrôlées ni réglementées car elles n’ont pas de licence bancaire. Ils font partie du shadow banking, la banque de l’ombre. En théorie, les Money Market Funds mènent une politique prudente mais la réalité est bien différente. L’administration Obama envisage de les réglementer car, en cas de faillite d’un Money Market Funds, le risque de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver est très élevé. Les Money Market Funds suscitent beaucoup d’inquiétude vu les fonds considérables qu’ils gèrent et la chute depuis 2008 de leur marge de profit. En 2012, les Money Market Funds états-uniens maniaient 2700 milliards de dollars de fonds, contre 3 800 milliards en 2008. En tant que fonds d’investissement, les Money Market Funds collectent les capitaux des investisseurs (banques, fonds de pension…). Cette épargne est ensuite prêtée à très court terme, souvent au jour le jour, à des banques, des entreprises et des États. Dans les années 2000, le financement par les Money Market Funds est devenu une composante importante du financement à court terme des banques. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JP Morgan, qui gérait, en 2012, 115 milliards de dollars. La même année, Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gérait un Money Market Fund de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôlait un Money Market Fund de 25 milliards de dollars. Sur le marché des Money Market Funds en euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards) toujours pour l’année 2012. Certains Money Market Funds opèrent également avec des livres sterling. Bien que Michel Barnier, commissaire européen en charge des marchés financiers, ait annoncé vouloir réglementer le secteur, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été mis en place. Encore des déclarations d’intention qui ne sont pas suivies d’effet |2|.

page

AUTEURS 

  • Eric TOUSSAINT

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source