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IPS, 16 septembre 2014

Egypte : Une santé à bout de souffle

par Cam MacGRATH


Une pharmacie au Caire

Depuis longtemps, Magda Ibrahim ressentait de fortes douleurs à la vessie, accompagnées de saignements anormaux. Quand cette veuve de 53 ans s’est décidé à consulter un médecin, le couperet est tombé : cancer de l’endomètre. Impossible pour cette Egyptienne, qui ne bénéficie d’aucune assurance-santé, de payer son traitement dans un hôpital du Caire.


Egypte

Magda Ibrahim s’est donc tournée vers ce qu’elle espérait être une thérapie rapide et à moindre frais. A coup d’incantations religieuses et d’un don adapté à son maigre porte-monnaie, un cheikh musulman lui a promis la guérison. Mais ses symptômes persistant, Magda s’est tournée vers un herboriste réputé dans son quartier, qui lui a prescrit de la wasfa, un élixir à base de plantes censé anéantir les tumeurs. « C’est vrai que je me suis sentie beaucoup mieux pendant quelques mois, et j’ai pensé que mon cancer était vaincu », raconte Magda. Et d’ajouter : « Mais ensuite, ça a été encore pire ». Quand elle est retournée à l’hôpital l’année suivante, non seulement la tumeur était toujours là, mais le cancer s’était aussi propagé à ses ganglions lymphatiques. En outre, la mixture herbacée qu’elle ingurgitait avait grandement affaibli ses reins.

De nombreux herbalistes et pharmaciens égyptiens prescrivent leurs propres wasfa (drogues secrètes et élixirs)

Une histoire pareille à celle de milliers d’autres malades égyptiens, d’après le docteur Ahmad Bakr. Pour ce pédiatre, « l’Egypte est un "champ miné" par la mauvaise médecine », et une réforme du système de soins est urgente. Selon lui, la faute incombe aux gouvernements successifs qui ont à la fois mal régulé le secteur médical, et mal assuré l’éducation du public sur les questions de santé. Ainsi, les Egyptiens qui n’ont pas de moyens financiers se retrouvent pris au piège d’un système de soins inégalitaires, où les plus vulnérables sont facilement la proie de charlatans. De nombreuses petites cliniques mobiles, où officient du personnel soignant peu formé et surtout peu scrupuleux, sillonnent les rues des villes comme des villages. Une clinique privée égyptienne sur cinq exercerait sans licence, tandis que des milliers de médecins utiliseraient de fausses références ou n’auraient pas reçu de formation officielle. Certains d’entre eux travailleraient dans des hôpitaux prestigieux, selon le Dr Bakr.

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source