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mardi 27 juin 2017
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InfoSud, 9 octobre 2014

Corruption : Alejandra Ancheita dénonce la situation au Mexique

par Carole VANN


Des enquêteurs sur le lieu d’une fosse commune près d’Iguala, en octobre 2014

Rarement une distinction dédiée aux droits de l’homme aura résonné aussi crûment avec l’actualité. A Genève, une jeune Mexicaine s’est vu décerner le prestigieux prix Martin Ennals, tandis qu’une onde de choc traverse son pays : des fosses clandestines à l’intérieur desquelles se trouvent des restes de 28 personnes ont été découvertes, samedi 4 octobre 2014, près d’une colline, aux environs d’Iguala dans l’Etat de Guerrero au sud du pays. Une semaine plus tôt, 43 étudiants disparaissaient dans le même coin après une attaque de policiers et d’hommes armés appartenant à un groupe local de narcotrafiquants. Selon le procureur de l’Etat de Guerrero, Deux membres du gang des « Guerreros Unidos » ont avoué le meurtre de 17 des 43 étudiants disparus le 26 septembre 2014. « Nous sommes tous suspendus aux nouvelles, des recherches ADN sont en cours pour savoir si ce sont les cadavres des étudiants qui se trouvent dans les charniers », raconte Alejandra Ancheita encore sous le coup de sa nomination.


Mexique

« Un tel prix permet d’attirer l’attention du monde sur l’extrême gravité des violences là-bas. La disparition des étudiants n’est malheureusement pas un cas isolé, poursuit-elle. Le gouvernement nous doit des réponses, non seulement aux familles des disparus, mais à toute la société mexicaine. Les responsables doivent être identifiés et punis. Le laxisme des autorités mexicaines dans cette affaire va au-delà de l’imaginable et montre la gravité de la situation ». Comme le rappelle Amnesty international, « au Mexique, la violence est omniprésente. Chaque année, des milliers de personnes sont tuées ou enlevées par des bandes criminelles (les gangs de narcotrafiquants, ndlr). Les membres de l’armée et de la police, déployées pour lutter contre ces gangs, commettent aussi de graves violations des droits humains ».

Alejandra Ancheita

Fondatrice et directrice de l’organisation ProDESC (Projet des droits économiques, culturels, sociaux), Alejandra Ancheita, avocate de formation, lutte, avec son équipe, pour les droits des migrants, des travailleurs, des communautés autochtones, ainsi que des femmes. Son père, lui-même avocat au service des plus démunis, est mort dans des conditions suspectes alors qu’ Alejandra n’était qu’une enfant. Les membres de ProDESC s’évertuent à mener des campagnes visant à protéger les droits des personnes les plus marginalisées du Mexique. Ils ont ainsi obtenu de la part de grandes multinationales une amélioration des conditions de vie pour les travailleurs, notamment des logements décents, le droit aux soins gratuits, des salaires équitables et une éducation pour les enfants. Plusieurs fois menacée de mort, Alejandra a perdu des collègues et amis, plus particulièrement des femmes qui remettaient en question le système patriarcal, très présent au Mexique. En 2013, une campagne de dénigrement la qualifiait d’« avocate du diable ». Les bureaux de son organisation ont alors été saccagés.

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