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lundi 27 mars 2017
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Le Courrier, 30 octobre 2014

Corruption : Les rois d’un pays avaricieux

par Philippe BACH


Le gouvernement genevois a lancé, mercredi 29 octobre 2014, un appel solennel en prenant officiellement position contre les deux initiatives –cantonale et fédérale– mises en votation le 30 novembre, qui visent à mettre fin au système des forfaits fiscaux.


Suisse

Ce genre de déclarations proclamatoires est réservé aux grandes occasions. Le Conseil d’Etat [exécutif cantonal] du bout du lac en avait usé contre l’initiative de l’UDC dite contre l’immigration de masse ou, tout récemment, contre le texte proposé par Ecopop.

Dans le cas d’espèce présenté mercredi 29 octobre 2014, on se demande bien quel intérêt supérieur le Conseil d’Etat –unanime ?– serait fondé d’invoquer. Le même exécutif qui annonce froidement qu’il va faire cadeau de 600 millions de francs aux entreprises dans le cadre de la prochaine baisse d’impôts programmée pousse des cris d’orfraie en prédisant –Nostradamus, nous voilà– un exil fiscal des quelque 700 super-riches au bénéfice de ce privilège, soit une perte maximale de 115 millions de francs. Et de brandir l’argument qui tue : « Nous serons obligés de baisser les prestations ». On rétorquera donc que ce même Conseil d’Etat n’a pas attendu la votation du 30 novembre pour taper sur les plus faibles, par exemple en coupant 150 francs –pourtant vitaux– dans le supplément dit d’intégration destiné aux personnes à l’assistance.

Par ailleurs, le culot n’ayant pas de limites, le Conseil d’Etat argumente que les forfaits fiscaux ne sont pas contestés par les autres pays, qui useraient de subterfuges similaires. Un argument digne d’une cour de récréation : c’est pas moi, maîtresse, c’est l’autre qui fait pire. On relève qu’au contraire, chaque fois qu’un Johnny s’achète un beau chalet là-haut sur la montage ou s’installe à Gstaad, la Suisse passe pour un paradis fiscal peuplé de rapaces avaricieux.

On n’est donc pas obligé, le doigt sur la couture, de gober la bonne parole gouvernementale. Oui, on peut estimer que l’opération de prédation des richesses de ces forfaits fiscaux est politiquement scandaleuse. Et, oui, parfois il vaut la peine de faire primer les principes supérieurs sur la realpolitik. C’est cela aussi, les valeurs supérieures qui font la grandeur d’un pays.

Philippe BACH

Les membres du Conseil d’Etat genevois : une clique de parvenus sans scrupules qui dépouillent les pauvres pour donner aux riches

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