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AFP, 31 octobre 2014

Burkina Faso : Blaise Compaoré quitte le pouvoir

par Romaric Ollo HIEN


Des manifestants, à Ougadougou, le 31 octobre 2014

Chassé par la rue, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a quitté le pouvoir, vendredi 31 octobre 2014, après 27 ans de règne, et le chef d’état-major s’est aussitôt proclamé chef de l’État.


Burkina Faso

« Révolution » populaire ou « coup d’État » militaire ? La chute de M. Compaoré plonge ce petit pays pauvre du Sahel dans une période d’incertitudes. Elle est aussi un énorme coup de semonce pour les présidents africains qui seraient tentés, comme lui, de retoucher la Constitution pour rester indéfiniment dans leur palais.

Arrivé en 1987 au pouvoir par un putsch qui s’était soldé par la mort de Thomas Sankara, icône du panafricanisme, M. Compaoré, qui fut longtemps l’un des hommes forts d’Afrique de l’Ouest, a été contraint de tirer piteusement sa révérence. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (...), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition », a déclaré M. Compaoré dans un communiqué lu à la mi-journée par une journaliste à la télévision privée BF1. Cette transition devra « aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a-t-il ajouté.

Blaise Compaoré

« Nous avons accompli notre mission : le grand baobab est tombé, terrassé par la population », exultait Jacques Zongo, fonctionnaire âgé de 33 ans coiffé d’un chapeau aux couleurs du Bukina.

Selon la diplomatie française, celui qui n’est désormais plus qu’ex-président du « pays des hommes intègres » est parti « vers le sud » du Burkina, en direction de Pô, une ville proche de la frontière avec le Ghana.

Dans la foulée de la démission de M. Compaoré, le chef d’état-major de l’armée, le général Nabéré Honoré Traoré, a annoncé qu’il assumerait les « responsabilités de chef de l’État ». Assurant « agir conformément » à la Constitution, il s’est engagé à « procéder sans délai à des consultations avec toutes les forces vives de la Nation » en vue du « retour à une vie constitutionnelle normale ».

Nabéré Honoré Traoré

Cette annonce va à l’encontre de la volonté de dizaines de milliers de manifestants qui, massés, vendredi 31 octobre 2014 au matin, sur la place de la Nation, devant l’état-major, pour réclamer l’aide de l’armée, s’étaient formellement prononcés contre le général Traoré. Pour eux, il est en effet trop proche de l’ancien président. Le slogan « Honoré Traoré démission » alternait ainsi avec celui de « Blaise dégage » et surtout « Kouamé Lougué au pouvoir », du nom d’un général en retraite, ancien ministre de la Défense et ex-chef d’état-major, qui jouit d’une bonne image au sein de la population. « Nous ne souhaitons pas que le général Traoré soit aux affaires. Il faut quelqu’un de valable. Traoré est l’homme de main de Blaise Compaoré », avait accusé Monou Tapsoaba, un militant du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP -opposition). À l’inverse, le général Lougué, dont le nom avait déjà été scandé par une foule importante jeudi 30 octobre, est « un homme intègre », « qui ne mâche pas ses mots », un « homme exemplaire au plan militaire », avait estimé M. Tapsoaba. Kouamé Lougué, qui a rencontré, jeudi 30 octobre, les plus hauts gradés de l’armée, aurait été écarté par ces derniers, ont indiqué des sources militaires.

Pillage de la villa du frère de Blaise Compaoré, à Ouagadougou, le 31 octobre 2014

Du côté de la France, ex-puissance coloniale et partenaire-clé du Burkina, on a immédiatement souligné le problème de la légitimité du nouvel homme fort du pays. Si l’annonce du général Traoré devait être confirmée par le Conseil constitutionnel, il s’agirait d’un « coup d’État » qui entraînerait une « mécanique de sanctions », selon une source diplomatique française. La Constitution prévoit en cas de démission du président un intérim par le président de l’Assemblée nationale. Or le Parlement a été dissous par l’armée, jeudi 30 octobre 2014, après avoir été incendié par les émeutiers, et le sort du chef des députés reste inconnu. Paris espère que la médiation tripartite ONU-Union africaine-Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) permettra « aux différents acteurs de se parler ».

C’est l’annonce d’un projet de révision constitutionnelle, qui aurait permis à Blaise Compaoré -arrivée au pouvoir lors d’un putsch en 1987, élu pour deux septennats puis deux quinquennats- de se représenter à la présidentielle en 2015, qui a jeté des centaines de milliers de Burkinabè refusant un « président à vie » dans la rue. Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d’assaut, violences en province, appels à la démission du président : le Burkina s’est enflammé jeudi 30 octobre 2014. Cette crise a provoqué l’intervention des militaires, puis du président Compaoré dans la nuit, créant la confusion. Le général Traoré, dans un communiqué lu par un officier, avait dans un premier temps annoncé la création d’un « organe de transition », chargé des pouvoirs exécutifs et législatifs, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel « dans un délai de douze mois ». Le président, Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1987, s’était ensuite exprimé sur une télévision privée dans la nuit, assurant avoir « compris » le message de la population, mais excluant toute démission. Il évoquait simplement sa disponibilité pour « ouvrir des pourparlers » pour « une période de transition » à l’issue de laquelle il « (transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu ».

Le bilan des troubles reste pour le moment incertain. Deux opposants ont fait état d’une trentaine de morts et plus de 100 blessés. L’AFP n’a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d’un renversement du régime, longtemps considéré comme l’un des plus stables de la région. Un « printemps noir au Burkina Faso, à l’image du printemps arabe », lançait, mercredi 29 octobre 2014, l’opposant Émile Pargui Paré, au lendemain de manifestations monstres qui avaient vu des centaines de milliers de personnes -un million, selon l’opposition- descendre dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un « coup d’État constitutionnel ».

Romaric Ollo HIEN

Des manifestants devant le QG de l’armée, à Ouagadougou, le 31 octobre 2014

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