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Vous êtes ici Accueil Archives Archives Soudan (1ère partie) : Du 9 février 2004 au 31 août 2004
AP 11 août 2004

Soudan : Deux rapports mettent en évidence la mauvaise foi du gouvernement de Khartoum


KHARTOUM (AP) - Alors que le Soudan signait officiellement mardi un accord avec les Nations Unies pour créer dans les trente jours des zones de sécurité pour les populations du Darfour, deux rapports, publiés par Amnesty international et Human Rights Watch, viennent mettre en doute la bonne foi du gouvernement de Khartoum.


Amnesty International a affirmé, mardi 10 août 2004, que les autorités soudanaises tentent d’empêcher la population de signaler les violations des droits de l’homme au Darfour, et fait état de plusieurs arrestations.

L’organisation mentionne ainsi l’arrestation, depuis le 30 juin, d’au moins 49 résidents des camps du Darfour, "simplement pour avoir exprimé leur opinion sur la situation", en particulier à l’occasion de la visite dans les camps de diverses personnalités à cette période. Ainsi, au moins 15 hommes auraient été arrêtés dans le camp d’el-Fasher, dans le nord du Darfour, au lendemain de la visite sur place du Secrétaire d’Etat américain Colin Powell, le 30 juin. Cinq autres personnes du même camp auraient été arrêtées après la visite, le 27 juillet 2004, du ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier.

Toujours selon Amnesty, les autorités ont également arrêté des chefs tribaux qui mettaient en garde leur communauté déplacée contre un retour dans leurs villages avant que la sécurité n’y soit garantie. Quatre d’entre eux ont été relâché le 3 août 2004, ajoute Amnesty.

Dans le même sens, le porte parole de l’ONU à New York, Fred Eckardt, avait fait état lundi d’offres des autorités de Khartoum à des chefs tribaux, leur promettant jusqu’à 100000 dinars soudanais (315 euros) s’ils persuadaient leur population de rentrer dans leur zone d’origine. Or, ces zones sont loin d’être sûres actuellement.

A Genève, l’Office des Nations Unies pour la coordination de l’aide humanitaire (OCHA) a fait état d’une récente augmentation des viols commis par les milices arabes janjawids dans les camps de personnes déplacées lorsque le HCR ne s’y trouve pas. Une porte-parole de l’OCHA a même mentionné, mardi 2004, l’utilisation d’hélicoptères de combats.

Face aux pressions de la communauté internationale et aux menaces de sanctions, le gouvernement soudanais a accepté, dimanche 8 août, le "plan d’action pour le Darfour" négocié durant la semaine passée avec l’ONU. Ce plan a été officiellement signé, mardi 3 août 2004, par le ministre soudanais des Affaires étrangères Mustapha Osman Ismail et l’envoyé de l’ONU au Soudan, Jan Pronk.

L’accord prévoit notamment la création dans les 30 jours par les autorités soudanaises de "zones sûres" pour les déplacés, qui devraient être installés autour des actuels camps ou encore dans les villes et villages encore peuplés. Il s’agit de permettre aux populations d’avoir accès, dans ces zones, à l’aide humanitaire, sans risquer les attaques armées des janjawids, puisque toute opération militaire, que ce soit par ces milices, par les forces rebelles ou par les forces gouvernementales, y sera interdite.

En acceptant cet accord, le Soudan espère éviter l’adoption de sanctions par le Conseil de sécurité, qui doit réexaminer la situation au Darfour à la fin du mois. Déjà, le Secrétaire d’Etat Colin Powell a laissé espérer à Khartoum un assouplissement de la position américaine si l’accord est respecté.

Le Soudan est aussi sous la pression de l’Union européenne et d’organisations régionales comme la Ligue arabe et l’Union africaine. Le plan d’action signé avec l’ONU prévoit ainsi que le Soudan autorisera l’envoi de 300 observateurs militaires de pays membres de l’Union africaine. L’actuel président de celle-ci, le chef de l’Etat nigérian Olusegun Obasanjo, a proposé aux parties au conflit de se retrouver, le 23 août 2004, à Abuja pour des négociations. Khartoum a accepté l’offre ; les rebelles n’ont pas encore répondu.

Dès dimanche 8 août 2004, 154 soldats rwandais devraient arriver à Al-Fasher, au Nord-Darfour, convoyé par des avions néerlandais. Initialement chargés de protéger les observateurs militaires non armés, ces militaires ont reçu ensuite le mandat de "protéger la population si elle se révèle en danger", a déclaré le porte-parole des forces armées rwandaises. Le Rwanda ne veut pas que ses militaires assistent impuissants à des exactions, comme ce fut le cas des soldats de l’ONU lors du génocide rwandais en 1994.

le terme de génocide a été employé pour qualifier la situation au Darfour par quelques organisations humanitaires, mais aussi par le Congrès des Etats-Unis. En revanche, ni l’ONU, ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis n’ont utilisé le terme, qui les contraindraient pratiquement non seulement à imposer des sanctions, mais sans doute à une action militaire. Après la visite sur place d’une équipe civile et militaire européenne la semaine dernière, un responsable de l’Union européenne a encore estimé, mardi 10 août 2004, que c’est à l’ONU de dire si les atrocités commises au Darfour constituent un génocide.

En revanche, les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne ont déjà réclamé des poursuites et des sanctions contre les janjawids, que Khartoum avait promis de démanteler.

Or, dans un rapport, publié mercredi 4 août 2004, Human Rights Watch observe que le gouvernement soudanais semble faire marche arrière en cherchant à intégrer les janjawids dans sa police et ses forces de sécurité officielles. "Intégrer les milices dans les services de sécurité, puis les déployer dans les zones civiles sécurisées est le summum de l’absurdité", a affirmé Peter Takirambudde, le directeur de la division Afrique de l’organisation. Pour lui, "le gouvernement soudanais doit juger les criminels de guerre, et non les recruter".

Associated Press

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