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dimanche 23 avril 2017
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cadtm, 18 décembre 2014

Informations internationales : Les grandes banques privées dopées au LTRO

par Eric TOUSSAINT


Le siège de la BCE à Frankfurt, en Allemagne

À partir de 2012, les banques abreuvées de liquidités ont acheté massivement des titres de la dette publique de leur pays (la possession des titres de dette publique souveraine ne nécessite pas de fonds propres car ils sont considérés comme ne présentant aucun risque, cela permet de diminuer le capital en proportion du bilan total de la banque -ou des actifs totaux, ce qui revient au même |1| ).


Prenons l’exemple de l’Espagne. Les banques espagnoles ont emprunté à la Banque centrale européenne pour 300 milliards d’euros à 3 ans au taux de 1 % dans le cadre du LTRO |2|. Une partie de cette somme leur a permis d’augmenter leurs achats de titres de la dette émis par les autorités espagnoles. L’évolution est tout à fait frappante : fin 2006, les banques espagnoles détenaient des titres publics de leur pays pour seulement 16 milliards d’euros. En 2010, elles en détenaient pour 63 milliards. En 2011, elles ont poursuivi leurs achats, les titres espagnols en leur possession représentaient alors 94 milliards. Grâce au LTRO, leurs acquisitions explosent littéralement et le volume qu’elles détiennent double en quelques mois pour atteindre 184,5 milliards d’euros en juillet 2012 |3| . Il s’agit d’une opération très rentable pour elles : alors qu’elles ont emprunté à 1 %, elles ont pu acheter des titres espagnols à 10 ans avec un intérêt qui varie entre 5,5 % et 7,6 % au second semestre 2012. Début 2014, les banques espagnoles empruntaient à 0,25 % et prêtaient ensuite à l’État espagnol à environ 4 %. En juin 2014, elles empruntaient à 0,15 % et prêtaient à environ 3 %. En novembre 2014, elles empruntent à la Banque centrale européenne à 0,05 % et elles prêtent à environ 2,1 % à l’Espagne |4|.

Prenons ensuite l’exemple de l’Italie. Entre fin décembre 2011 et mars 2012, les banques italiennes ont emprunté à la Banque centrale européenne pour 255 milliards d’euros dans le cadre du LTRO |5|. Alors que fin 2010, les banques italiennes détenaient des titres publics de leur pays pour 208,3 milliards d’euros, ce montant passe à 224,1 milliards fin 2011, quelques jours après le début du LTRO. Ensuite, elles utilisent massivement les crédits qu’elles reçoivent de la Banque centrale européenne pour acheter des titres italiens. En septembre 2012, elles en détenaient pour 341,4 milliards d’euros |6|. Comme dans le cas espagnol, il s’agit d’une opération très rentable pour elles : elles ont emprunté à 1 % et, en achetant des titres italiens à 10 ans, elles obtiennent un intérêt qui varie entre 5 % et 6,6 % au second semestre 2012. En mars 2014, les banques italiennes empruntaient à 0,25 % à la Banque centrale européenne et prêtaient à l’État italien à 3,4 %. A partir de juin 2014, elles empruntaient à 0,15 % et prêtaient à environ 3 % à l’Italie. En novembre 2014, elles empruntent à la Banque centrale européenne à 0,05 % et prêtent à l’Italie à 2,3 % |7|.

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