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mondialisation, 24 décembre 2014

Cameroun : Le régime autoritaire cherche à intimider la population et augmente la dette

par Eric TOUSSAINT


Yaoundé

La loi « antiterroriste », adoptée début décembre 2014 par le Parlement au Cameroun et qui instaure la peine de mort, provoque une levée de boucliers chez les opposants et les mouvements sociaux locaux. Les opposants à la loi dénoncent en particulier l’article 2, qui déclare passible de la peine de mort quiconque « commet tout acte ou menace susceptible de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages de ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine culturel ». Le code pénal camerounais prévoit déjà la peine capitale pour les coupables de meurtres et d’assassinats, le texte de la loi y ajoute donc désormais les personnes qui ne commettent qu’une menace… On mesure la latitude que se donne le pouvoir pour renforcer brutalement la répression et criminaliser la protestation sociale.


Cameroun

C’est ainsi que mercredi 10 décembre 2014, des associations citoyennes et des mouvements sociaux ont manifesté à Yaoundé pour exiger du président Biya qu’il ne promulgue pas cette loi |1|, qui « criminalise les réunions et manifestations publiques », selon le collectif Dynamique citoyenne, qui regroupe une centaine d’associations et qui est animée notamment par des membres de la Plate-forme d’information et d’action contre la dette (membre du CADTM international).

L’hémicycle de l’Assemblée nationale, à Yaoundé

Dynamique citoyenne explicite la dénonciation : « vous serez considéré comme terroriste si, par exemple, lors d’une manifestation publique organisée pour exiger l’amélioration du code électoral, pour dénoncer l’incurie des gouvernants en place, pour revendiquer la revalorisation des salaires ou l’harmonisation de l’âge de départ à la retraite à 60 ans pour tous, votre action peut, selon les humeurs des tenants du pouvoir, tomber sous le coup de « tout acte ou menace d’acte susceptible de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique [si en défendant vos droits vous résistez à Abraham ou Mamiwata et aux forces du désordre], d’occasionner des dommages corporels ou matériels [si vous cassez les kiosques du PMU], des dommages aux ressources naturelles, à l’environnement [si vous brûlez les pneus en polluant l’atmosphère] ou au patrimoine culturel [si vous vous en prenez à la statue de Charles Atangana ou au monument Leclerc]  » |2|. « Si M. Biya promulgue cette loi, nous allons l’assimiler à une déclaration de guerre et nous n’entendons pas nous laisser faire », prévient Jean-Marc Bikoko |3|, porte-parole de Dynamique citoyenne, dirigeant syndical bien connu et membre actif du CADTM international.

Jean-Marc Bikoko

Manifestement, le pouvoir fort veut se prémunir contre d’éventuels troubles avant l’élection présidentielle de 2018. Président depuis 1982, Paul Biya, 81 ans, entretient le mystère sur ses intentions, mais il est clair qu’il est tenté de prolonger une fois encore son mandat. Ce texte apparaît manifestement comme sa réponse au soulèvement populaire qui a entraîné la chute du régime dans divers pays africains et en particulier au Burkina Faso en novembre 2014 : il cherche à terroriser les mouvements sociaux et la jeunesse pour les empêcher de sortir en masse dans la rue, même si le dispositif légal pour réprimer la protestation sociale est déjà très grave avant même l’entrée en vigueur de cette loi. Le pouvoir en use et abuse. Par exemple, la garde à vue est d’une durée de quinze jours renouvelables.

Paul Biya

En-dehors des activités organisées par le parti au pouvoir et ses satellites, toute manifestation ayant trait à la protestation, à la dénonciation ou à la revendication se heurte toujours à l’abus d’autorité et à l’excès de zèle de l’administration qui crée sciemment l’amalgame entre « déclaration » et « autorisation », et pour qui ces réunions et manifestations sont toujours susceptibles de troubler l’ordre public.

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