retour article original

lundi 27 février 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales
swissinfo, 16 janvier 2015

Informations internationales : Le dilemme des humanitaires, entre sécurité et efficacité

par Abdelhafidh ABDELELI


Un bâtiment endommagé par un bombardement des pro-Kiev, à Donetsk, en Ukraine

Les organisations humanitaires tentent de trouver la parade face aux nombreuses attaques visant leurs personnels sur le terrain. Un difficile équilibre entre sécurité et efficacité.


Un convoi humanitaire russe à destination de l’Est de l’Ukraine

Syrie, Irak, Libye, Ukraine : en 2014, les travailleurs humanitaires ont à nouveau payé un lourd tribut dans l’accomplissement de leur mission, avec des cas qui ont particulièrement choqué comme l’exécution de l’otage américain Peter Kassig par les djihadistes de l’Etat islamique en Syrie. « La sécurité nous préoccupe beaucoup », reconnaît Peter Staudacher, de Caritas Suisse, organisation active dans plusieurs pays sinistrés ou en guerre. Selon lui, « la réalisation de projets et la sécurité des humanitaires dans les zones de conflits nécessitent une planification et un budget spéciaux ». Même écho du côté de Terre des hommes, organisation qui assure des services humanitaires aux Syriens et Irakiens réfugiés au Liban, en Jordanie et au Kurdistan (nord de l’Irak). A ce sujet, Zélie Schaller, chargée des relations médias, affirme : « En matière de sécurité, nous prenons des mesures qui nous permettent d’éviter les dommages aussi bien intentionnels qu’accidentels. Cette politique ne conduit pas forcément à l’élimination de tout danger, mais grâce à elle nous pouvons évaluer la situation sur le terrain, pour chacune de nos missions, et établir un plan sécuritaire destiné à protéger nos travailleurs ».

Peter Staudacher

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), actif dans plus de 80 pays pour aider les victimes de conflits armés, renforcer le respect du droit humanitaires ou visiter les prisonniers et faire valoir leurs droits, affronte lui aussi le défi sécuritaire. Sa porte-parole, Dibeh Fakhr, reconnaît : « Aujourd’hui, en Syrie, en Irak ou en Libye, les problèmes liés à la sécurité sont nombreux, ils concernent beaucoup de gens ».

Dibeh Fakhr

Il faut dire que dans le domaine humanitaire, assurer la protection des individus relève d’un exercice d’équilibriste. Protéger sans perdre de vue le résultat souhaité constitue en effet une équation difficile à résoudre. Celle-ci exige un calcul délicat permettant d’assurer la sécurité des humanitaires sans compromettre pour autant l’efficacité de leur travail sur le terrain. Peter Staudacher le sait. Il précise : « Il ne faut pas chercher à réaliser sur le terrain, coûte que coûte, l’objectif que l’on s’est fixé ; ce qui compte, c’est une évaluation constante de la situation permettant de faire le tri entre ce qui est nécessaire et ce qui l’est moins ». Respecter l’équilibre entre sécurité et efficacité n’est pas aisé, reconnaît, de son côté, Dibeh Fakhr. « Parler avec toutes les parties au conflit nous demande parfois beaucoup de temps et exige des négociations difficiles. Nous sommes souvent obligés de nous contenter d’un minimum de garanties si nous voulons secourir ceux qui ont besoin de nous ». Elle ajoute : « Il existe aujourd’hui plusieurs régions auxquelles nous n’avons pas accès faute d’autorisation. Plus problématique : nous ne disposons pas de notre liberté pour agir par nous-mêmes ».

page

AUTEURS 

  • Abdelhafidh ABDELELI

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source