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Le Courrier, 16 janvier 2015

Burkina Faso : Un orphelinat naît d’une trouvaille dans un tram

par Sylvia REVELLO


Vue de Bobo-Dioulasso

« Leur réalité te marque, elle te saute dessus ». Cette réalité, celle des enfants des rues de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, Alberto Malengila et Frédéric Duriaux n’ont pu se contenter de l’observer. A 26 ans, les deux Genevois viennent d’inaugurer la Maison Allody, un centre d’accueil qui héberge actuellement dix jeunes Burkinabé âgés de 6 à 16 ans. L’aboutissement d’un feuilleton aux multiples rebondissements : un petit pactole abandonné dans un tram puis rendu à son propriétaire qui a déclenché la générosité de donateurs prêts à financer le projet. L’histoire d’un rêve devenu réalité.


Burkina Faso

A l’origine, il y a l’association Allody (1), créée en juillet 2012 à la suite d’un voyage touristique effectué par Alberto Malengila au Burkina et qui fait figure d’électrochoc. Son but : venir en aide aux enfants livrés à eux-mêmes qui peuplent les rues de Bobo-Dioulasso, dans le sud-ouest du pays. « L’idée, l’envie d’agir, tout était là, raconte le jeune homme, de passage à Genève pour les fêtes. Seul le financement manquait ». Celui-ci ne tarde pas à se présenter, de manière inopinée. En avril 2014, le jeune greffier met la main sur 20000 francs oubliés dans un tram. Déposé aux objets trouvés puis restitué à son propriétaire, le petit trésor et son histoire, alors médiatisée par la Tribune de Genève, intéressent des donateurs qui proposent de soutenir le projet à hauteur égale.

Frédéric Duriaux et Alberto Malengila

Une fois les fonds réunis, le processus administratif se met en route. « Recherche du terrain, demandes d’autorisations, collaboration avec les autorités locales, constitution d’une équipe : les démarches ont pris plusieurs mois, témoigne Frédéric Duriaux, électricien de formation. On s’est rendu sur le terrain à plusieurs reprises. C’était l’effervescence ». Le terme du parcours fut un jour de novembre dont les deux amis, débordant de motivation, se souviennent avec émotion. « Les services sociaux de la ville nous ont annoncé l’arrivée des premiers enfants deux jours plus tôt que prévu, explique Alberto. On était partagés entre la joie et l’appréhension ».

Aujourd’hui, dix garçons vivent dans la Maison Allody. Encadrés par trois éducateurs et choyés par une voisine qui fait office de « maman de remplacement », tous sont inscrits à l’école du quartier. « L’équipe compte également une cuisinière, une femme de ménage et un gardien, précise Frédéric ». De la nourriture en suffisance, un lit où se reposer, des activités et une scolarité : autant de changements qui ont bouleversé le quotidien de ces « petits adultes », orphelins ou abandonnés, qui ont dû se débrouiller pour survivre seuls dans la rue. Parmi eux, Omar, 16 ans, le plus âgé du groupe qui effectue un apprentissage de menuisier. « Le voir heureux d’apprendre un métier, c’est la plus belle des récompenses, lancent les deux amis. Au-delà d’un abri, on veut leur donner un avenir ».

Malgré l’enthousiasme, les premières semaines se sont parfois révélées compliquées pour les deux amis qui ont longtemps animé des camps de vacances avec des jeunes. « Gérer un centre avec des enfants qui n’ont jamais connu d’autorité, ça ne s’improvise pas, souligne Alberto. Poser des règles et les faire respecter requiert de la patience et du temps ». Les fugues, les petits vols de nourriture ou l’addiction à la colle témoignent des stigmates laissés par la rue. « La colle de carrossier qu’ils inhalent les fait planer, les aide à oublier le quotidien, explique Frédéric. On confisque chaque pot qu’on trouve, mais lorsque le manque est trop fort, certains s’en vont pour une heure ou deux, parfois des jours avant de revenir ».

Un investissement au quotidien, parfois lourd à assumer psychologiquement pour les deux amis qui vivent sur place et subviennent à leurs besoins grâce aux dons. « Chaque enfant a son histoire et toutes te marquent, souffle Alberto. L’un des jeunes était incapable de respecter les femmes qui travaillaient avec nous. Plus tard, on a appris qu’il avait été maltraité par sa mère durant son enfance. Un autre avait tant souffert de la faim qu’il ne cessait de réclamer de la nourriture comme pour faire des réserves. Ces destins brisés te donnent la chair de poule ». Difficile toutefois de tirer un premier bilan en quelques mots. « Pas besoin de longs discours, il suffit de les regarder. Leur vie a changé. La nôtre aussi ».

Avant de repartir pour un nouveau séjour de trois mois, Alberto et Frédéric évoquent l’avenir. « A long terme, on souhaite développer la structure et accueillir davantage d’enfants. L’idée est aussi de consolider l’équipe sur place pour qu’elle soit autonome et puisse être gérée à distance ». A Genève, le comité d’Allody, tout récemment agrandi, planche donc sur la recherche de fonds. « Il nous reste de l’argent pour tenir encore trois mois environ, explique Domingos Mabanzas, membre du comité. Si on ne parvient pas à trouver de nouveaux partenariats ou donateurs d’ici là, l’activité d’Allody devra être suspendue. Ce serait terrible pour les enfants ».

Sylvia REVELLO

Domingos Mabanzas

Note :

(1) Informations, photos et vidéos sur le site internet : www.allody.ch/

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