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mercredi 22 mars 2017
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AFP, 15 août 2004

Irak : Après avoir délibérément fait échouer la négociation pour un cesser-le-feu, l’occupant s’apprête à poursuivre le massacre de Najaf

Suivi d’un commentaire


Une Conférence nationale, censée lancer le processus politique démocratique en Irak, devait s’ouvrir, dimanche 15 août 2004, à Bagdad, alors la reprise de combats semblait imminente dans la ville sainte de Najaf après l’échec des négociations avec le chef chiite Moqtada Al-Sadr.


La Conférence nationale, prévue dans un premier temps le 31 juillet 2004, avait été reportée à la demande du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, qui avait dit souhaiter y associer plus de partis irakiens.La Conférence, qui se veut représentative des Irakiens, aura à désigner un conseil consultatif et de contrôle, le "Conseil national intérimaire". Cette instance, qui comprendra 100 membres, devra approuver le budget 2005, pourra mettre son veto à des décisions gouvernementales à la majorité des deux tiers et interroger les ministres, et sera consultée sur l’organisation des élections générales. Le représentant de M. Annan en Irak, Ashraf Jehangir Qazi, doit participer à la réunion à laquelle le mouvement de M. Al-Sadr avait déjà été invité. Selon les organisateurs, 1300 délégués, dont un quart de femmes, représentant des partis politiques, des groupes religieux et des organisations de la société civile, doivent être présents à la Conférence.

La réunion sera entourée de très importantes mesures de sécurité, dont la plus visible sera l’imposition d’un couvre-feu diurne dans le centre de la capitale irakienne.

Cette conférence s’ouvrira au lendemain de l’annonce par le gouvernement irakien de sa décision de reprendre les opérations militaires à Najaf où les négociations avec le mouvement de Moqtada Al-Sadr pour mettre fin à neuf jours de combats ont échoué. "Nous nous attendons à une reprise des combats et sommes prêts à cela", a affirmé aux journalistes Ali Soumeisim, le négociateur du mouvement de M. Al-Sadr.

Il a fait porter l’entière responsabilité de l’échec des négociations sur le Premier ministre irakien Iyad Allaoui. "Si Allaoui avait téléphoné deux minutes plus tard, (le négociateur du gouvernement, le conseiller pour la sécurité nationale Mouaffak al-Roubaï aurait signé l’accord, car nous étions d’accord sur tous les points et Moqtada Al-Sadr l’avait déjà signé", a-t-il dit. "Mais malheureusement, Roubaï a reçu un coup de téléphone d’Iyad Allaoui qui lui a ordonné de se retirer et d’en finir", a-t-il ajouté. "Peu après, les Américains ont pris position vers le cimetière (au nord) et à l’entrée sud de vieille ville, et ils se préparent à une très grande attaque pour tuer les habitants de Najaf, bien que la ville soit remplie de manifestants et de pèlerins", a-t-il encore dit.

Après de violents affrontements ayant opposé pendant neuf jours les miliciens de l’Armée du Mehdi de Moqtada Al-Sadr aux soldats américains et aux forces de sécurité irakiennes, le mouvement de Moqtada Al-Sadr avait annoncé, vendredi 13 août, avoir conclu une trêve pour "favoriser les négociations en cours". Ce cessez-le-feu avait été respecté, à Najaf, samedi 14 août 2004.

Pendant cette brève trêve, la violence a gagné d’autres villes d’Irak, notamment Samarra, à 125 km au nord de Bagdad, où l’armée américaine a affirmé avoir tué une cinquantaine de membres de la résistance.

Des combats ont aussi éclaté à Falloujah, où huit Irakiens ont été tués et 10 autres blessés, pour la plupart des femmes et des enfants, lors d’affrontements entre forces américaines et membres de la résistance, suivis de bombardements aériens, ont indiqué des sources hospitalières. Les raids aériens avaient été déclenchés après une attaque contre une position de US Marines.

A Hilla, ville majoritairement chiite située à 100 km au sud de Bagdad, les policiers irakiens ont repris le contrôle de deux commissariats occupés pendant plusieurs heures par les résistants de Moqtada Al-Sadr.

Par ailleurs, un groupe armé en Irak a menacé de "punir" un diplomate iranien, disparu le 4 août 2004, si la République islamique ne libère pas sous 48 heures 500 prisonniers irakiens de la guerre entre les deux pays. "L’Armée islamique en Irak", qui a déjà kidnappé et assassiné deux Pakistanais pour "coopération" avec les forces d’occupation dirigées par les Etats-Unis, a menacé de "punir" Fereydoun Jahani, dont elle a revendiqué l’enlèvement, si elle n’obtient pas satisfaction, a indiqué dimanche la chaîne de télévision satellitaire iranienne en arabe al-Alam.

Agence France Presse

Commentaire

Ce qu’il y a de particulièrement pathétique, dans la politique américaine en Irak, c’est qu’elle vise, au moyen de la terreur, à "se faire respecter", alors qu’elle ne parvient qu’à susciter un mépris grandissant, non seulement au sein de la population irakienne, mais parmi tous les peuples du monde.

Le gouvernement des Etats-Unis fait penser à un forcené qui passerait son temps à battre sa femme et terroriser ses enfants en leur reprochant simultanément de ne pas l’aimer assez. Au lieu de se réjouir de voir grandir ses enfants, il vit dans la hantise du jour où ils seront assez forts pour lui casser la figure.

Chaque fois que les Américains croient faire étalage de leur force, ils font étalage de leur lâcheté. Chaque fois qu’ils espèrent susciter l’admiration du public, ils suscitent son dégoût. Quiconque prend parti pour les Etats-Unis devient objet de mépris.

Les Américains se sont opposés à un cesser-le-feu à Najaf parce qu’il représentait, pour eux, sinon une défaite militaire, du moins une déroute politique. Ce cesser-le-feu était une éclatante victoire politique de la résistance face à l’occupant et à son gouvernement potiche. Il démontrait que le peuple irakien, contraint de choisir entre le gouvernement de la collaboration et la résistance, basculait en faveur de la résistance.

C’est cette évidence que les Américains s’efforcent de dissimuler, et qu’ils se nient sans doute à eux-mêmes tant ils sont intellectuellement malhonnêtes. Ils nient cette évidence en se livrant à une frénésie de bombardements et en affirmant ensuite, selon leur cynique habitude, que les victimes sont "des terroristes". En vérité, il n’y a pas, en Irak, de pires terroristes que les Américains.

Les Américains croient "gagner la guerre" en tuant des résistants, comme s’il n’y en avait qu’un nombre limité. En réalité, chaque fois que les Américains tuent un résistant, ils en suscitent dix ou cent autres. Chaque fois que les Américains bombardent une ville, ils accroissent, au sein de la population dans son ensemble, le sentiment d’identification à l’égard de la résistance.

Le fait qu’on refuse de l’admettre n’empêche pas la réalité d’être ce qu’elle est. Les Américains ont perdu la partie en Irak. Aucun gouvernement soutenu par eux n’aura jamais de réelle légitimité aux yeux des Irakiens. Aucun ne parviendra jamais à se maintenir au pouvoir autrement que par l’oppression, et tous entretiendront la résistance face à leur oppression.

Plus longtemps les Américains voudront se maintenir en Irak et plus écrasante sera leur défaite finale. Ils dilapideront toujours davantage de milliards, ils perdont toujours davantage de soldats, pour un résultat toujours plus contre-productif et, sur le plan politique, ils ne parviendront qu’à s’enfoncer toujours davantage dans le mépris universel.

Frank BRUNNER

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